septembre 2006


marebitohaut.jpg

Si le cinéma fantastique contemporain a retrouvé ces lettres de noblesse et par là même, un second souffle, il peut aisément en remercier une poignée de réalisateurs japonais. Hideo Nakata auteur de la trilogie Ring et du sublime Dark Water, ou Takeshi Shimizu, qui nous intéresse aujourd’hui, virent ainsi leurs films faire l’objet de remakes américains (plus ou moins réussis).

Réalisateur atypique, Takeshi Shimizu s’est fait connaître avec Ju-On. Une œuvre qu’il tourna d’abord en vidéo, puis en 35 millimètres et enfin en version américaine (plus édulcorée), sous le titre de The Grudge.

Entre temps, il réalisa, en 2004, un film ovni, entièrement tourné en DV et ce, en un temps records : Marebito. C’est cette œuvre, que l’on peut aisément qualifier d’underground, que TFI Video a décidé, contre toute attente, de sortir en DVD, fin février 2006.

Masuoka, cameraman pour la télévision, est obsédé par les phénomènes de peur. Retranché chez lui, derrière un mur d’écrans, il se passe et repasse les images qu’il a filmées, dans le couloir du métro. Des images qui l’obsèdent : le suicide particulièrement violent, d’un homme, dont le regard était rempli d’effroi. Il n’a de cesse alors, de comprendre, les raisons de cette terreur. Pire il veut la ressentir à son tour. Caméra en main il arpente alors les rues et les sous-sols de Tokyo, à l’affût du moindre indice, du plus petit élément de compréhension. Egaré, hébété, il découvre un monde souterrain inquiétant, berceau des légendes urbaines japonaises. De ces labyrinthes, Masuoka remonte une jeune fille, « F », qu’il découvre nue, enchaînée et laissée à l’état sauvage.

Relecture trash de L’enfant Sauvage de François Truffaut, Morebito, n’est pas un film fantastique banal, dont le but premier serait de nous faire sursauter. Plus subtile, plus vicieux, Takeshi Shimizu nous installe, petit à petit dans une atmosphère dense, oppressante où l’effroi vient vous lécher l’échine. Le grain du DV et l’utilisation récurrente de plans caméras subjectives accentuent nettement cette sensation d’étouffement et d’aliénation. Une technique raffinée au service d’un scénario tordu et touffu, composé par le génial Chiaki Konaka scénariste entre autre, de l’énigmatique série animée Serial Experiment Lain de Ryutaro Nakamura. On y retrouve d’ailleurs cette fascination pour la technologie, la dépendance qu’elle engendre et les dérives schizophrènes qu’elle génère.

Trahi par ses propres images, Masuoka prend conscience d’un réalité « autre », parallèle à son monde. Et, comme chez Howard Philips Lovecraft, et sa quête mythique de Cthulhu, aucun retour en arrière n’est possible. Errant entre réalité et univers fantasmé, Masuoka s’enferme dans une folie dévastatrice et une schizophrénie naissante. Il filme, scrute, éduque et nourrit « F » jeune fille prostrée, muette et animale. Mais est-elle, comme il s’en persuade, la clé de ses recherches ou la source de sa démence ?

Shinta Tsukamoto, réalisateur phare du cinéma indépendant japonais, auteur des torturés Tokyo Fist, Gemini ou Tetsuo, campe magnifiquement, ce personnage rongé par ses propres démons.

Plus qu’une œuvre énigmatique et dérangeante, Marebito qui signifie « être venu d’ailleurs » est une expérience visuelle, difficilement oubliable.

Respectant le concept de film underground à l’initiative du projet, TFI Video n’offre ni plage VF, ni Bonus.

Prix : 19,99 €

moinesacrilegehaut.jpg

Pour cette nouvelle chronique cinéma, on reste sur le format DVD et on s’envole de nouveau, du côté du Japon. Au programme, la 3ème et dernière parution du dernier trimestre 2005 des éditions HK Video, à savoir, Le Moine Sacrilège de Kiyoshi Saeki.

Si ni le film, et encore moins son auteur ne vous sont familiers, rassurez-vous, ceci est tout à fait normal. En effet, après le superbe coffret Hideo Gosha, HK Video, s’essaye de nouveau, avec succès, à la restauration du patrimoine cinématographique japonais.

Magnifiquement restauré, Le Moine Sacrilège est tout bonnement le 1er film du réalisateur à traverser nos frontières. Il est aussi son film le plus connu en occident. Longtemps remarqué pour ses films de Yakuza, Le Moine Sacrilège oscille plus franchement en direction du Kung Fu. Un genre loin de faire le bonheur du public japonais plus enclin à préférer le Chambara et le bruit des armes à feu. Le film marqua, malgré tout, son époque avec son personnage de moine peu conventionnel.

Shinkai, moine hédoniste, bâtit comme un ours, aime le jeu, les femmes, la boisson et la bonne chaire. Amoral, bagarreur, provocateur et indiscipliné, il devient très vite un embarras à la fois pour son temple et pour le clan Kito, heureux possesseurs de maisons de jeux et de prostitution où notre moine passe le plus clair de son temps. Mais, tout bascule lorsque, débordé par sa débauche, notre moine sacripant, décide de mettre un terme aux exactions du clan Kito, envers les femmes.

Sortie en 1968, Le Moine Sacrilège, est bien loin d’être un film anecdotique. Historiquement, il constitue l’une des premières apparitions marquantes de Tomisaburo Wakayama, sur grand écran, dans le rôle de ce moine peu orthodoxe, après plus de 200 rôles secondaires. Un acteur qui accéda à la postérité en interprétant, Itto Ogami, le « loup solitaire à l’enfant », héros redoutable de la série Baby Cart (dont le premier volume de cette saga : Le Sabre de la Vengeance fut réalisé par Kenji Misumi en 1972). Déjà vu en France et disponible en DVD (chez HK Video & fraîchement réédité chez Wild Side avant noël), la série Baby Cart, imposait à Tomisaburo Wakayama un jeu d’acteur plus statique, plus lourd, faisant référence à un passé difficile et un code d’honneur samouraï qui ne l’entrave plus dans Le Moine Sacrilège. Quel étonnement et quel plaisir de le voir jouer tant de facettes d’un personnage. Sadique, pervers (il faut le voir séduire une jeune veuve venue le consulter pour un simple réconfort moral), comique mais aussi dramatique. Il donne magnifiquement vie à un personnage attachant, un incontournable de l’univers fantasmagorique du cinéma. Il devient d’ailleurs difficile de ne pas remarquer les liens consanguins entre ce moine excessif et les personnages interprétés par Bud Spencer en Italie au moment où les westerns glissaient insidieusement vers la comédie. A commencer par cette dextérité, hors du commun, à aligner des baffes sur ses adversaires.

Mais heureusement, tout ne repose pas sur cet acteur. Bien au contraire, c’est la construction même du film et le talent du réalisateur qui permettent ces changements de rythmes et d’ambiance. On passe ainsi en un clin d’œil du rire aux larmes, du burlesque au scènes de combat les plus maîtrisées. Cette capacité, tout bonnement hallucinante de la part du cinéaste Kiyoshi Saeki à mélanger les genres, et la formidable utilisation des personnages secondaires, font de se film un œuvre de référence pour le cinéma de genre, et le cinéma Japonais dans son ensemble.

1 DVD (HK Video)

Langues : VO sous titrée uniquement

Bonus : Bande annonce originale (fort endommagée), Filmographie et biographie de Kioshi Saeki et Tomisaburo Wakayama qui est mort en 1992, à l’âge de 62 ans.
La simple vue du nombre d’œuvres qui n’ont pas dépassée les frontières japonaises a de quoi rendre malade.

Suppléments : Un texte, sur feuillet cartonné, analyse les particularités de ce film et le replace dans un contexte historique.

Prix : 20 €

uneballedanslatetehaut612b.jpg

Film de guerre anti-héros, radical et pessimiste, Une Balle Dans La Tête est l’œuvre la plus personnelle de John Woo.

Réalisé en 1990 et porté par un casting d’exception (Tony Leung, Jacky Cheung et Waise Lee), ce film nous mène à Hong-Kong en 1967. Trois amis inséparables : Ben, Frank et Paul, se voient contraints de quitter la ville au plus tôt. Une rixe entre bandes rivales qui tourne court, une dette d’honneur lavée dans le sang et les voilà contraints de trouver refuge au sein du l’enfer vietnamien. Décidés à faire fortune au plus vite, notre trio profite de son entrée dans Saigon pour se lancer dans un trafic juteux avec une triade locale. Un coût de poker risqué que les tourments de la guerre transforment en odyssée tragique. Rapidement, notre trio, moins unis qu’il n’y semblait, se désagrège sous la pression. Mû par une cupidité sans borne, Paul, le plus lâche du groupe, n’hésitera pas à mettre un terme à cette amitié sans prix.

N’y allons pas par quatre chemins, Une Balle Dans La Tête est un film très violent. Son titre est d’ailleurs on ne peut plus explicite. Pourtant, ce dédordement d’hémoglobine n’est pas gratuit. Il faut voir en effet dans cette balle qui ronge peu à peu le cortex de Jackie Cheung une métaphore de toute cette violence qu’il à intégrée au fil de sa vie. Est-ce le métal que le conduit à cet état végétative ou la mort qu’il a semée et côtoyée, sans vraiment l’assumer au fil de ce voyage à travers la guerre.

Grand pacifiste devant l’éternel, la guerre tient un rôle déterminant dans la vie et l’oeuvre de John Woo. Au cours d’une récente interview offerte en bonus : John Woo et la guerre (34 mn), le cinéaste revient sur sa trilogie guerrière : Les Larmes d’un Héros (1983), Une Balle dans la Tête (1990), et Windtalkers (2002), et nous explique pourquoi cette œuvre est humaniste.

Son premier film de guerre, Les Larmes d’un Héros, aussi brouillon soit-il est l’occasion de découvrir ce mélange hasardeux entre action et sentiments qui allait poser les bases de son cinéma à venir (A Toute Epreuve, Volte Face …)

Malheureusement, cette histoire de mercenaires poursuivis par l’armée Vietnamienne, après avoir enlevé un baron de la drogue, s’est vue partiellement défigurée par ses producteurs. Déçu des apports idéologiques apportés de force par John Woo et qui plombaient l’ambiance génale du film, ils décidèrent de pimenter l’intrigue de quelques scènes de sexe et de comique troupier. Document historique, plus que film culte, Les Larmes d’un Héros, permet d’apprécier le jeu d’acteur d’Eddy Ko et Lam Ching-Ying tout en savourant l’apport du western et des films de sabres à ce cinéma de genre.

John Woo montre déjà une certaine maîtrise esthétique qui n’échappera par à Tsui Hark, premier producteur à confier au maître l’entière responsabilité pour monter Le Syndicat Du Crime. Ces deux fortes têtes du cinéma hongkongais, réunis au sein de la Film Workshop Compagnie, allaient naturellement réussir à se brouiller. De cette séparation allait enfin naître ce projet cher au cœur de Woo : Une Balle Dans la Tête. Une situation sur laquelle revient le producteur Terence Chang au cours d’une interview (9mn).

Au final, HK réalise là une copie sublime de ce chef d’œuvre, qui on l’espère, remportera sur format DVD, le succès public qu’il n’a pas connu lors de sa sortie en salle.

2DVD (HK Video)

Langues : Français Dolby Digital 5.1 / Cantonais Dolby Mono d’origine
Durée : 246 minutes
Public : Interdit au moins de 16 ans
Bonus : Le film LES LARMES D’UN HEROS, 2 Interviews (John Woo & Terence Chang), Filmographies, Bande-annonces, galerie de photos, liens internet.
Date de sortie : 27 Octobre 2004
Prix : 29,99 €

gunmenz2hk9.jpg

Produit par Tsui Hark au sein sa propre compagnie: la Film Workshop, Gunmen est un film emblématique pour qui s’intéresse au cinéma de Hong Kong. En effet, réalisé à un moment où la Film Workshop cherche à diversifier ces productions, Gunmen renouvelle le genre du film d’action classique hongkongais en installant l’intrigue au cœur du Shanghai des années 30.

Un univers urbain dans lequel évolue le jeune Ding fraîchement rentré de la guerre pour s’engager dans la police. Intègre et animé d’un sentiment de justice sans équivoque, il n’hésite pas à appliquer ses propres règles pour s’opposer à la pègre locale. L’assassinat de son supérieur par un tueur, ancien tortionnaire zélé durant la guerre civile chinoise, l’anime d’un esprit de vengeance sans égal. Bien décidé à éradiquer le trafic d’opium à Shanghai, il décide de faire appel à ses anciens compagnons d’armes pour mener à bien sa croisade. La ville s’embrasse, les cadavres s’amoncellent.

Rien d’étonnant si l’histoire vous semble un tantinet déjà vue, car Gunmen n’est ni plus ni moins qu’une relecture, par la houlette du western américain, du film de Brian De Palma Les Incorruptibles. Un télescopage culturel jouissif où l’on traverse la rue principale côte à côte, fusil en main, vêtu de la panoplie du cow-boy version Clint Eastwood pour s’acheminer vers un combat de rue apocalyptique digne de Peckinpah en plein Shanghai. On regrettera seulement la reprise un peu poussive et répétitive des compositions de Ennio Morricone par un proche parent asiatique de Charlie Hollègue.

Visuellement, le film va vite, trop peut être, au point de rendre le début difficilement compréhensible : trop de scènes débutent en même temps pour n’aboutir qu’à une impasse narrative. Un écueil du au manque chronique d’argent pour finir ce tournage dont s’extirpe avec génie Kirk Wong. Preuve de son talent : passée cette première demi heure, les personnages prennent de l’épaisseur, l’intrigue s’étoffe et les scènes d’actions réalisées avec maestria nous accrochent littéralement au siège.

Même si on est loin des sommets de la compagnie (Le Syndicat du Crime, The Killer…), Gunmen, distille fraîcheur, maîtrise et adrénaline, ce qui ne dément en rien son statut de film d’action majeur.

Au niveau des bonus, le 2nd DVD offre filmographies et biographies ainsi que deux reportages indispensables: Gunmen revisité composé d’une interview croisée de Kirk Wong et David Wu (acteur et monteur du film) ainsi que L’atelier du film, un documentaire en voix-off française sur la création et la décadence de la Film Workshop Compagnie.

Mais la plus grande surprise provient du bonus caché de ce même DVD, à savoir le film complet et en Vost Shanghai Grand de Man Kit Poon (1997). Oeuvre ambitieuse, Shanghai Grand est sans doute l’une des productions les plus aboutie de Tsui Hark. Ce film trop peu connu se permet d’ailleurs le luxe de surpasser Gunmen. Ce supplément caché est à ce jour la seule édition DVD de ce film disponible en France.

Une surprise de taille qui mérite largement l’acquisition de ce DVD collector.

2DVD (HK Video)

Langues : Français Mono / Cantonais Dolby Mono
Durée : 1H 28
Son : 5.1 Dolby Digital
Bonus : 2nd DVD avec 2 Documentaires, Filmographies, Shanghai Grand, Bande-annonces, liens internet
Date de sortie : 23 sep 2004
Prix : 29 €