novembre 2006


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La Queue du Scorpion (1971) - Sergio Martino
[La coda dello scorpione]

La Queue du Scorpion, est réalisé par Sergio Martino en 1971, c’est-à-dire en plein avènement du genre en Italie. En effet, c’est cette même année que Dario Argento popularise le giallo en achevant sa trilogie animale, et qu’en parallèle, le père du genre, Mario Bava, vient de sortir sur les écrans La baie sanglante. C’est donc avec curiosité qu’on découvre ce giallo de la grande époque, signé Sergio Martino, l’homme à qui l’on doit ses images inoubliables de ce singes au regard désespéré se faisant avaler par un énorme boa, ou Ursula Andress ligotée et nue offerte à la tribu des Pukas, dans La Montagne du Dieu Cannibale (1977). Un talent inégalé donc à peindre le sadisme et la sensualité à l’écran qui s’exprimait déjà à merveille dans La Queue du Scorpion.

En trouvant la mort dans un accident d’avion, Kurt Bauman, un riche homme d’affaires, laisse à sa femme, Liza, une assurance vie d’un million de dollars. Une somme considérable qu’elle doit retirer en Grèce, pays où son mari avait contracté la police d’assurance. La jeune femme s’y rend donc prestement et décide étrangement d’encaisser le magot en liquide. L’argent en main, elle s’apprête à prendre l’avion pour Tokyo, lorsqu’elle se fait sauvagement poignarder dans sa chambre d’hôtel. Bien sûr l’argent a disparu. La police locale, un agent d’assurance et une journaliste française (la sublime Anita Strendberg) à l’affût du scoop de sa vie se chargent alors de résoudre l’enquête.

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Derrière ce scénario classique pourtant bourré de rebondissements, on retrouve, une nouvelle fois, Ernesto Gastaldi, en très grande forme. Mais l’intrigue, solide, est ici servie par une mise en scène efficace, appuyée par une photo audacieuse signée Emilio Foriscot, et remarquablement rythmé par les compositions musicales de Bruno Nicolai. Fruit d’une collaboration de gens talentueux, La Queue du Scorpion est un classique remarquable.

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Réalisé de main de maître par un Sergio Martino très en forme, La Queue du Scorpion, est un giallo sec, nerveux qui happe littéralement le spectateur. Son montage au scalpel, d’une précision remarquable, proche de l’épilepsie, illustre et rythme merveilleusement ces meurtres d’une rare violence. Les victimes, majoritairement féminines, tombent comme des mouches. La lame de l’assassin pique, coupe, mains et gorges dans un déchaînement visuel grand-guignolesque. La cruauté de certaines séquences est si soignée, si léchée, qu’elle servit inévitablement de cas d’école pour quelques cinéastes comme l’espagnol Jaume Balaguero ou Quantin Tarantino. Citons ainsi le meurtre de Janine Reynaud laissant échapper son dernier souffle, le visage coincé contre une vitre ou la délirante agression nocturne de la jeune journaliste dans son appartement baigné d’une somptueuse lumière verte. Un jeu sur les couleurs et leurs contrastes, inscrit ce film dans un univers baroque et par la même accroît la paranoïa du spectateur. Un spectateur déjà mis à mal par l’utilisation judicieuse du zoom, de la caméra subjective et de ses nombreuses prises de vue en contre plongée, qui dissipent tout au long du récit un sentiment de malaise et d’angoisse.

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Quant au scorpion, animal redouté, susceptible de s’injecter son propre venin en cas de danger, il est ici uniquement présent dans le titre du long métrage, comme symbole de danger et de mort.

Très bien interprété (George Hilton et Anita Strinberg sont bleuffants), La Queue du Scorpion, distille, avec efficacité, suspens, sensualité, voyeurisme et domination.

C’est donc avec plaisir que l’on découvre ce giallo (tourné essentiellement en Grèce) enfin disponible en DVD.

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Quant à la qualité d’image, elle est tout bonnement exceptionnel, ce qui est plus que notable pour un film d’exploitation, réalisé en 1971. Le film est présenté dans son format cinémascope d’origine et en version intégrale. Neo Publishing, brille une nouvelle fois par le sérieux de son travail d’édition !

1DVD Neo Publishing
Langues : Version française 2.0 et version italienne 2.0 sous titrée
Durée : 91 min
Bonus :
- Commentaire audio du scénariste Ernesto Gastaldi et Frederico Caddeo (journaliste), qui constitue un témoignage remarquable sur cette période faste du cinéma italien.
- Sergio Martino sur La coda dello scorpione (19’’), réalisé par Daniel Gouyette, constitue un document passionnant sur tout ce qui entoura la préparation et la sortie du film.
- Film annonce
- Galerie photos
- Filmographie
- Fiche technique
Prix : 19,99€

(Film interdit aux moins de 12 ans)

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L’homme sans Mémoire (1974) - Duccio Tessari
[L’uomo senz memoria]

L’homme sans Mémoire, est un giallo atypique, brillement écrit par Ernesto Castaldi et réalisé par Duccio Tessari en 1974.

Cinéaste touche à tout, Duccio Tessari, sut judicieusement passer d’un genre cinématographique à l’autre, en fonction des modes et des goûts du public. Artisan sérieux, il est l’auteur éclairé et talentueux du film Le procès des Doges (1963). Moins mémorable, mais sans fausse note pour autant, sa plongée dans le western, se concrétise par le réalisation de deux films mettant en scène le personnage de mythique de Ringo : à savoir, Le retour de Ringo (1967), relecture audacieuse du retour d’Ulysse à Ithaque, avec la star Giullama Gemma alias Montgomery Wood et le comico-cynique Un pistolet pour Ringo (1967) [tout deux disponibles en DVD chez Seven7]. Plus proche de nous, il est aussi l’auteur d’une très agréable version de Zorro (1975), avec Alain Delon. C’est donc sans étonnement que l’on trouve Duccio Tessari s’essayer au giallo, un genre alors en pleine explosion. Pourtant à bien y regarder, on peut se demander si L’homme sans Mémoire, est vraiment un giallo, ou un simple polar reprenant les codes du genre à sa guise.

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Après un long séjour hospitalier en Angleterre, un jeune italien, retrouve les siens. Du moins c’est qu’on lui explique, puisque Edward, ou plutôt Ted, pour les intimes est devenu amnésique, suite à son accident. Il rejoint son épouse en Italie et s’apprête à vivre une vie rangée, lorsque son passé refait violement surface. Qui est-il vraiment ? Qui sont ces hommes qui le harcèlent lui et son épouse tout en doutant ardemment de sa perte de mémoire ?

Construit comme un puzzle, L’homme sans mémoire, étonne et détonne dans l’univers du giallo. Les puristes ont du certainement grincer des dents, et à raison, mais il serait trop facile de bouder ce film, qui se joue des codes du genre avec brio et ingéniosité. Car tous les éléments ou presque y sont. Seulement, l’auteur les distille, les cache, dans cette trame de polar. Un part pris d’autant plus audacieux, que Duccio Tessari, n’hésite pas à jeter aux orties un des archétypes fondamentaux du giallo : les traditionnelles victimes féminines et l’érotisme qu’elles dégagent. Relecture totale du genre, L’homme sans mémoire apparaît alors comme un huit clos, dont l’intrigue se noue au coeur d’un appartement italien cossu, niché aux confins d’un dédale de ruelles étroites et sinueuses. Une géographie labyrinthique, métaphore de la mémoire de notre amnésique, seul détenteur de la vérité, perdue quelque part dans les tréfonds de ses souvenirs. Ici tous les protagonistes voient leur sort lié aux capacités de Ted à retrouver la mémoire au plus vite.

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Le rythme de la narration en est ainsi ralenti pour exploser dans un final captivant, graphiquement superbe. Si les morts ne s’amoncellent pas et n’arrivent qu’a la fin de l’intrigue, l’acharnement sadique de l’assassin envers sa victime n’est plus à démontrer. Seulement, il intervient crescendo, par petites touches. C’est donc une violence psychologique qui ronge tous les personnages du film. L’assassin joue avec ses victimes comme le chat avec une souris. La tension est telle que seule la mort d’un des personnages viendra y mettre un terme, dans un déchaînement de violence final brillant. La rapidité d’exécution du mouvement et l’utilisation judicieuse des ralentis, font de cette scène un des points d’orgue du film.

Ernesto Castaldi et Duccio Tessari s’amuse tout au long du film avec les codes du genre et les nerfs du cinéphile. Il montre ainsi la main gantée de cuir noir, le rasoir prêt à agir - objets symboliques du giallo - mais rien ne se passe, le sang ne coule pas, du moins pas immédiatement. Le geste est repoussé. Il en va ainsi de cette tronçonneuse, trônant, magistralement, sur la table de la cuisine, donc qui n’est certainement pas là par hasard, mais qui ne servira pourtant pas de suite. En revanche, elle sera l’occasion d’une scène mémorable, qui a sans doute inspirée Eli Roth pour Hostel (2005), ou malchance et maladresse seront fatale à l’assassin.

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De même, ils intègrent, dans la narration, des personnages secondaires, a priori anodins, comme ce personnage féminin fugace interprété par Anita Strindberg ou comme ce jeune garçon étonnant, tout droit sortie d’un film de Dario Argento, armé d’un appareil photo, qui perturbent la narration linéaire du film et augmente le suspens, à la manière d’un polar.

Sous son apparente légèreté, L’homme sans mémoire est un film complexe, ludique et extrêmement bien réalisé qui se découvre avec bonheur et se revoit avec un plaisir décuplé.

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A noter enfin que le film bénéficie d’une qualité d’image impeccable. Beau travail encore une fois de l’éditeur !

1DVD Neo Publishing
Langues : Version française 2.0 et version italienne 2.0 sous titrée
Durée : 88 min
Bonus :
- Voglio entrare nel cinema (23’), un portrait riche en anecdotes et passionnant du scénariste Ernesto Gastaldi.
- Portrait, un peu mou, de l’acteur français Luc Merenda, réalisé par Daniel Gouyette (14′)
- Galerie photos
- Filmographie
- Fiche technique
Prix : 19,99€

(Film interdit aux moins de 12 ans)

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Voilà maintenant quelques semaines, je vous proposais de découvrir, une toute jeune société d’édition DVD : Neo Publishing. Spécialisée dans le cinéma de genres, avec une préférence notable pour le cinéma bis italien, Neo Publishing se plait à thématiser chacune de ses sorties DVD.
Ainsi, en Mai dernier, après les Collections Cannibales, Gothique ou Lucio Fulci, son directeur, Olivier Scamps, nous proposait de découvrir ou de redécouvrir un nouveau pan de la cinématographie transalpine avec la Collection Giallo. La Queue du Scorpion (1971) de Sergio Martino et L’homme sans Mémoire (1974) de Duccio Tessari inauguraient, en toute beauté, cette nouvelle niche.
Le 9 Octobre dernier, 2 nouveaux titres, et pas des moindres, venaient étoffer cette collection : Le Tueur à l’Orchidée (1972) de Umberto Lenzi et Mais qu’avez-vous fait à Solange ? (1972) de Massimo Dallamano.
La qualité et l’originalité des ces 4 publications étaient l’occasion pour nous, de revenir sur un genre cinématographique qui marqua durablement, des générations de cinéphiles et de réalisateurs: le giallo.

Le Giallo : de la littérature au cinéma

Avant d’être reconnu comme genre cinématographique à part entière, le giallo (« jaune en italien), désignait d’abord une collection de romans policiers populaires, à la couverture jaune, que publièrent les éditions Mandadori de 1929 jusqu’aux années 1960. Avec cette collection, équivalent transalpin de la « série noire » française, le jaune « giallo » devint, en Italie, la couleur du mystère, des énigmes à résoudre et des enquêtes policières.
Ces romans furent si populaires, que les œuvres d’auteurs étrangers réputés comme Agatha Christie ou Georges Simenon, sortirent sous cette forme lors de leur publication en Italie.
Ce qui amena certains à considérer, la célèbre nouvelle d’Edgar Allan Poe : Murders in the rue Morgue [Double assassinat dans la rue Morgue in Histoires extraordinaires] comme l’œuvre fondatrice du giallo. Le terme giallo désigne alors un genre littéraire ayant pour centre d’intérêt, un crime mystérieux non résolu.
L’écrivain anglais Sir Arthur Conan Doyle, père de Sherlock Holmes, le plus célèbre détective de l’histoire de la littérature, mais aussi Agatha Christie (et ses héros Hercule Poirot ou Miss Marple), Ellery Queen, John Dickson Carr, Erle Stanley Gardner ou encore Edgar Wallace, entreraient alors dans cette définition du giallo.

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Car derrière ses couvertures jaunes se cachaient des romans et des nouvelles majoritairement anglo-saxons, traduits en italien, de type « whodunit » (dérivation de l’anglais « Who has done it ?» Qui l’a fait ?). Une question fondamentale du récit à suspense et donc par extension du giallo cinéphilique : résoudre l’énigme, dévoiler le coupable, après nombre de rebondissements, dans les dernières pages du livre ou les dernières minutes du film. Une enquête souvent menée par un amateur excentrique ou un détective semi–professionnel.

Le giallo au cinéma

Typiquement italien, le giallo est donc un genre cinématographique très codifié, découlant directement de cette collection de romans de gare, dont il tira son nom.
A la frontière entre le policier, l’horreur et l’érotisme, le giallo connaît son apogée, en Italie, dans les années 1960-1980.
Il se caractérise par la présence d’un criminel mystérieux et sadique, des scènes de meurtres particulièrement sanglantes, un jeu de caméra stylisé, et une musique soignée. Rappelez vous les compositions fabuleuses signée Riz Ortolani, les Gobelins ou Ennio Morricone pour ce cinéma de genre.

Historique

La fille qui en savait trop [La ragazza che sapeva troppo] (1963) de Mario Bava est considérée comme les premiers prémices du genre. Son titre, clin d’œil à L’homme qui en savait trop (1956) d’Alfred Hitchcock montre les liens qui unissaient encore étroitement la culture italienne, à la culture anglo-saxonne. Or, l’année suivante, Mario Bava, signe l’acte fondateur du giallo en réalisant une œuvre radicale au style personnel : 6 femmes pour l’assassin [Sei donne per l’assassino] (1964). Ce film élégant, violent, morbide, surprenant et extrêmement stylisé pose les éléments emblématiques du genre : un meurtrier masqué dont l’identité constitue l’enjeu narratif du film, une main gantée de cuir noir, une arme blanche, et de jolies victimes féminines jetées en pâture à l’assassin. Avec ces deux films, le giallo devient un genre à part entière, avec ses règles et ses codes.

Pourtant, les débuts du genre sont modestes. Le public ne suit pas. Il faut attendre 1970, et le premier film d’un jeune scénariste : Dario Argento, disciple de Mario Bava, pour que le giallo emporte l’adhésion des foules. Sa trilogie animale avec L’oiseau au plumage de Cristal (1970) [L’ucello dalle piume], Le chat à neuf queues (1971) [Il gatto a nove code] et Quatre mouches de velours gris (1972) [Quattro mosche di velluto grigio] popularisa le giallo au-delà des frontières italiennes.

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Dès lors, le giallo devient un genre de prédilection par les plus grands réalisateurs du cinéma bis italien, le temps d’un ou plusieurs films : Sergio Martino (L’alliance invisible, La queue du scorpion), Umberto Lenzi (Le tueur à l’Orchidée, Si douces, si perverses), voire un temps Lucio Fulci (La longue nuit de l’exorciste, L’emmurée vivante, La Machination), Aldo Lado (Je suis vivant !), Antonio Bido (Ombres sanguinaires), Massimo Dellamano (Mais qu’avez-vous fait à Solange ?), Duccio Tessari (L’homme sans mémoire, Cran d’arrêt)…

En 1975, Dario Argento réalisa son ultime giallo: Les frissons de l’angoisse [Profondo Roso]. Ce chef d’oeuvre incontesté de l’auteur, pousse le genre hors de ses frontières, en le teintant de fantastique. L’idée de faire évoluer ses personnages dans une réalité où la figure du Mal semble dominer, accroît prodigieusement, cette sensation d’inquiétude et d’effroi. Son univers esthétique, avec ses couleurs criardes qui explosent à l’écran, ses éclairages irréalistes, ses cadrages inhabituels (tels ce gros plan sur l’intérieur de la bouche d’une victime), sa sauvagerie, ainsi que la complexité et la subtilité de son scénario font de ce film un monument du giallo, difficile à égaler. En fait, il se joue des codes du genre, les intellectualise, pour produire une œuvre personnelle, loin devant le simple produit d’exploitation. Ainsi, dans Suspiria (1975) et Inferno (1979), il n’hésite pas à mettre en image les crimes, à la manière d’un giallo, bien que l’on soit déjà dans un film d’horreur.

Les codes du giallo

Dans le cinéma, le giallo est donc un genre aux codes bien définis, possédant des éléments récurrents et une construction qui respecte presque toujours un schéma pré-établi. Le comprendre permet ainsi de mieux apprécier le travail du réalisateur et du scénariste. Car comprenons le bien, il s’agit ici de film de genre, avec ses contraintes et ses passages obligés. Le public paye sa place pour assister à des figures de style, un peu à l’image du patinage artistique, à destination d’un public d’hommes. L’originalité de tel ou tel film vient donc de ses capacités à jouer avec ses codes.

1- Les meurtres

La colonne vertébrale du genre reste bien sûr le « whodunit », propre à tout récit de suspens, mais, ici, et contrairement au roman, ou au polar, la résolution de l’enquête reste souvent secondaire. Ce qui ravit tout amateur de giallo, c’est le meurtre et surtout, sa ou plutôt ses représentations graphiques. C’est là que le genre puisse une originalité certaine et enrichit par la même la représentation de la violence au cinéma. Comment est-il amené, qu’est qui est caché, révélé…C’est ici que ce cinéma mérite d’être qualifié de sadique. On en reparlera dans la chronique des films à venir, mais certaines scènes sont traitée dans la durée, rendant alors palpable l’angoisse de la victime, comme jamais. Très vite, il devient évident qu’il n’y a qu’elle qui ne sait pas qu’elle va mourir. Caméra subjective, gros plan sur les yeux remplis d’effroi… voilà quelques moments récurrents et géniaux de ce cinéma populaire et voyeur.

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2- La sensualité à l’écran

Si ce cinéma est violent il est aussi baigné de sensualité, voire d’érotisme soft. Une teinte récurrente du giallo apportée par des personnages féminins très soignés, oscillant entre femme fatales ou victimes sans défense. Leur présence, est d’ailleurs fondamentale dans un genre cinéphilique latin, souvent taxé de misogynie. On comprend alors l’influence, la tragédie diront certaines, qu’a eu ce cinéma sur la représentation de la féminité à l’écran.
Mais c’est ainsi que les plus charmantes actrices de l’époque ont éclairé de leur présence ces nombreux films : Caroll Baker, Ida Galli, Senta Berger, Anita Strindberg, Suzy Kendall, Barbara Bouchet, Mimsy Farmer, Tina Aumont, Edwige Fenech…

3- Enquêteur d’un soir

L’homme dans le giallo est un mieux loti, j’en conviens. Il incarne lui, la virilité, forcément ces films restent avant tout destinés à un public d’hommes !
Voici donc, les véritables héros de ces films. Ils se voient, bien malgré eux, amenés à résoudre ses affaires de meurtres. Enquêteur d’un soir, il interviennent, tel le chevalier blanc, pour résoudre cette énigme et s’il le peuvent, sauver cette superbe jeune fille des griffes d’un tueurs très actif. Ainsi, contrairement au polar, on ne retrouve pas ici de personnages récurrents, comme un détective par exemple.
Parmi les acteurs clés du genre, on trouve : George Hilton, Ivan Rossimov, Jean Sorel, Lino Capolicchio, Ray Lovelock, Claudio Cassinélli, Mario Adorf ou encore Luc Merenda.

4-Des meurtriers inventifs

Si l’arme blanche, traitée souvent comme un personnage à part entière du film, genre sérénade à trois, on peut trouver une très riche variété d’armes utilisées pour les meurtres. Si le couteau, accessoire historique du genre, est sûrement l’arme la plus utilisée (toujours dans des mains gantées de cuir noir), ses variantes en métal glacées pullule : rasoir, cutter, épées…
Chaque arme, donnant lieu, encore une fois, à une représentation graphique différente des blessures infligées sur les corps. Du coup, la créativité des auteurs de gialli aidant, certaine victimes succombes alors de milles et une façon : brûlées sur la poêle, décapitées par une pelleteuse, égorgées par des morceaux de verres, noyées dans de l’eau brûlante ou encore empalées sur une tronçonneuse malencontreusement oubliée dans la cuisine…

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5-Des titres à rallonge

Difficile de parler de cinéma italien sans aborder la question du titre et de leur traduction française.
Ainsi, après le succès commercial de la trilogie animale de Dario Argento, nombre de gialli de l’age d’or, utilisèrent le nom d’un animal dans le titre de leur film. Après l’oiseau, les mouches ou le chat, on trouve, entre autres, des canards (Non si sevizia un paperino de Lucio Fulci), des papillons (Una farfalla con le ali insanguinante de Tuccio Tessari), des scorpions (La coda della scorpione de Sergio Martino), des araignées (La tarantola dal ventre nero de Paolo Cavara), des lézards (Une lucertola con la pelle di donna de Lucio Fulci)…
Pourtant, la plupart des noms d’animaux disparurent au moment de la traduction française des titres italiens. Sans doute, à l’époque, les trouvait-on trop gentillet voire trop poétique, pour l’exploitation hexagonale des ces oeuvres. Cette traduction tronquées fait oubliée combien fut grande l’influence de Dario Argento sur le genre.
De la même façon, l’influence de Mario Bava se fait aussi sentir jusque dans le titre des films qui suivirent ses gialli. En effet, une grande partie de ces œuvres comportèrent un chiffre dans leurs titres, y compris ceux de Dario Argento : 9 (Le chat à 9 queue de Dario Argento), 7 (Sette orchidee macchiate di rossa de Umberto Lenzi)…

Après le giallo

Si en 1975, Dario Argento a bouleversé le giallo, Mario Bava, dès 1971, marque, avec La Baie Sanglante, un nouveau tournant dans le genre, plus gore, plus sadique, plus parodique aussi. Avec son empilage de meurtres à tout va, dans un espace réduit (13 meurtres en 90 minutes), La Baie Sanglante devient l’archétype du slasher américain. Halloween de John Carpenter (1978), ou Vendredi 13 (1980) de Sean Cunningham sont en ce sens, des hommages tardifs au genre, pillage (pour Vendredi 13), tout en ouvrant une brèche vers le cinéma gore.

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Si le giallo s’est bien éteint au début des 80’s, c’est surtout parce qu’il est le fruit d’une époque. Sadique, violent, voyeur, anti-politiquement correct, c’est une cinéma de genre, un cinéma expiatoire et populaire, qu’il serait bien difficile de refaire aujourd’hui. C’est d’ailleurs là, tout ce qui fait tout son charme! Pourtant, même moribont, ce cinéma continua de nourrir d’autres cinématographies.

Ainsi, à bien des égards, la plupart des « slashers » américains des années 80 et des grands thrillers « serial killers » des années 90 peuvent être considérés comme ses dignes héritiers. Mais le lien le plus étonnant entre ces deux filmographies reste sans aucun doute le géniale Bloody Bird de Michele Soavi.

Dossier réalisé avec l’aide de Neo Publishing et de Stéphane Ribola

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Du 22 au 26 Novembre 2006, se déroule, à Toulouse, la 9ème édition d’A Propos d’Elle(s), une programmation consacrée au féminin au cinéma. Cette année, le cinéma toulousain Le Cratère, a décidé de donner carte blanche à une cinéaste reconnue, mais malheureusement peu connue du grand public: Christine Laurent. Réalisatrice et scénariste, Christine Laurent a travaillé au côté de Pascal Bonitzer sur les films de Jacquette Rivette avant de voler de ses propres ailes.

Elle vient donc à Toulouse, présenter quatre de ses oeuvres , en compagnie d’une toute jeune réalisatrice, déjà très prometteuse: Dominique Perrier.

 

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Je n’ai malheureusement pas le temps de vous parler aujourd’hui de ce film magnifique, sortie un peu en catiminie, le 8 Novembre dernier. Cela dit si vous êtres en froid avec le cinéma français trop bavard, peu inventif et qui peine tant à raconter une histoire alors précipitez vous sur Les Fragments d’Antonin!

C’est une oeuvre saisissante, sur la guerre et ses conséquences physiques et psycholiques sur ceux qui y ont participé.
Réalisé par Gabriel Le Bomin, venu tout droit de l’univers du documentaire, le film est admirablement construit. A ne pas rater!
Le coup de coeur fut tel que l’émission de cette semaine lui est entièrement consacrée.

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Le 7 décembre prochain, TFI Video propose à la vente ce fabuleux coffret comprenant l’intégrale des Mystères de l’Ouest. L’occasion de découvrir enfin, l’intégrale de la saison 1, soit 28 épisodes, en N&B, que l’on désespérait de voir un jour en DVD. L’éditeur nous les avait pourtant promis, voilà qui est chose faite!

Saison 1 – 8 DVD - Episodes 1 à 28
Episode Pilote, BD « Les Mystères de L’Ouest », Plaquette commerciale, Galerie photos, Commentaire audio de R. Conrad sur l’épisode Pilote

Saison 2 – 8 DVD - Episodes 1 à 28
Bonus : « Le journal de James West », Publicité tournée par R.Conrad, BD « Le Trésor de Maximilien », Galeries photos, Itv télévisée de R.Conrad et R.Martin, B.O, Bandes-annonces de la série.

Saison 3 – 8 DVD - Episodes 1 à 24
« Le journal de James West », Itv de R. Conrad,au festival de Mirande, en 1999, Galerie Photos, BD , 1er long-métrage : « Le retour des Mystères de l’Ouest» (90 min.) - Episodes 10 et 13 en VOST uniquement

Saison 4 – 8 DVD - Episodes 1 à 24
Bonus : « Le journal de James West », Souvenir du Festival de Mirande, Galerie Photos, BD « L’empire des hors-la-loi », 2ème long métrage : « Encore plus de Mystères de l’Ouest» (90 min).

Prix public conseillé : 149 € TTC

La saison 1, sera elle disponible dans un coffret à part, dès le mois de février 2007 !
Déjà disponibles les coffrets des saisons 2, 3 et 4.

En ces temps d’asepsie visuelle, quel plaisir de découvrir un éditeur DVD heureux de nous présenter des films honnis par les biens pensants. Des oeuvres, annoncées fièrement comme dérangeantes, malsaines voire sadiques mais pourtant superbes, par Olivier Scamps, directeur passioné de Neo Publishing.
Une société qui après des débuts discrets, a su se faire remarquer en publiant La nuit des morts vivants, oeuvre culte de Roméro, avant de constituer sa première collection, conscarée aux films de cannibales. Une ligne éditoriale très ciblée donc, pour ne pas dire suicidaire, qui voit sortir en DVD: Cannibal Holocaust, Blue Holocaust…le tout bourré de bonus et agrémenté d’une pointe d’humour noire du meilleur goût. Toujours pas achevée à ce jour, la collection cannibales s’est vue complétée depuis, par d’autres collections, tout aussi pointues: films gores, gothique anglais, Giallo, Italie à main armée
Neo Publishing se porte donc très bien et il suffit pour s’en rendre compte de contempler les sorties prévues pour cette rentrée: Bloody Bird, Le tueur à l’orchidée…Des titres rares, des oeuvres cultes, bref, de quoi mettre hors d’haleine une horde de fans et pourquoi pas, arriver à toucher un public plus large.
Si Curiosité, sérieux et passion qualifient fort juducieusement le travail d’édition d’Olivier Scamps, on ne le remerciera jamais assez d’avoir remis au goût du jour, le plaisir coupable d’acheter de tels films, au moment du passage en caisse, les yeux rivés sur nos chaussures.

Tant de qualités, meritaient bien une interview !

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Neo Publishing, est une société qu’on a montée il y a maintenant quatre ans. L’idée était de faire de l’édition vidéo, mais de le faire d’une manière différente. C’est-à-dire d’occuper des niches que les gros studios ne prenaient pas en compte et ainsi, pouvoir offrir des films que l’on ne trouvait pas dans le commerce et que l’on ne trouverait pas, si on suivait une logique de pur major. Et puis, très vite, par affinité personnelle, on a beaucoup travaillé le cinéma bis italien.

Mais le but de Neo Publishing ce n’est pas de se focaliser sur le cinéma bis italien ?
Non, le but de Neo Publishing c’est de se développer en faisant les produits qui nous plaisent. Mais, pour vous répondre, non, notre but n’est pas de produire que du cinéma bis italien.On a d’ailleurs édité des films gores américains récents qui nous plaisaient bien. On a sorti, Flesh for the Beast de Terry West (2003), Zombie King de Stacey Case (2003) et Zombie Honeymoon de Dave Gebroe (2004) en mai.

neo_publishing_cover_167_mini.jpg On a également publié quelques œuvres du cinéma anglais, en particulier les films de Norman J. Warren, sans oublier Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves (196 8) dont on est très fier. Vous voyez, on essaye d’avoir le panel le plus large possible. Mais c’est par goût personnel qu’on s’est naturellement tourné vers le cinéma bis italien des années 70. Un genre très pléthorique !

C’était quand même un cinéma très marginalisé et plutôt mal considéré en France, jusqu’ici !
Effectivement, comme vous le souligniez, le cinéma bis italien a été très longtemps mal considéré, alors que ce cinéma est extrêmement intéressant dans l’absolu. C’est un cinéma qui est très créatif. Et c’est étonnant, puisqu’à la base, c’est clairement un cinéma d’exploitation, fait pour l’argent, appelons un chat un chat ! Or, il s’est trouvé, que comme ce cinéma s’appuyait sur une communauté de gens extrêmement talentueux, à la fois les réalisateurs et les acteurs, mais également tous les techniciens (dont beaucoup venaient de la Cinecittà), on s’est retrouvé face à un creuset, vraiment étonnant, extrêmement créatif. Et ce d’autant plus que les gens qui investissaient l’argent dans ces films étaient très peu interventionnistes sur le contenu. Donc des choses très intéressantes, puisqu’à la fois très politiquement incorrectes (il y a une parti des films qu’on ne referait pas maintenant, qui n’auraient plus de financements) mais dotés d’un vrai savoir faire dans la manière de mettre en images. Pour moi, c’est ça le côté très italien, dans le bon sens du terme, à savoir très créatif. C’est-à-dire qu’il y avait des plans dans ce cinéma là qui sont bleuffants. D’ailleurs Tarantino a repris des plans tirés des films de Fulci, parce qu’ils sont bleuffants.
Une autre idée force sur Neo Publishing, c’était de faire des produits de qualité. J’ai un énorme respect pour les consommateurs, et l’idée c’est que quand on achète un DVD Neo Publishing, on ne se retrouve pas avec une édition au rabais, avec juste une VF et une image de merde. Donc on a essayé de faire au mieux ce qui n’est pas toujours évident, car c’est très dur de trouver des sources fiables, en particulier pour la qualité d’images. Très souvent les masters ne sont pas en très bonne qualité. Mais on essaye, à chaque fois, de faire des éditions pas trop chères avec, dans la mesure du possible, une qualité d’images optimale, ainsi que des suppléments, et si possible, des suppléments exclusifs.

C’est vrai qu’au niveau des prix il y a de gros efforts consentis. Pour la présentation et la qualité des bonus, j’aurai tendance à rapprocher votre sérieux d’un autre éditeur : HK Video. Car comme eux, vous réussissez à redonner de la crédibilité et une image plus classieuse à des œuvres dévalorisées. Un bon exemple de cette adéquation petit prix/grande qualité reste la sortie de l’excellente collection Italie à main armée pour seulement 15€

neo_publishing_cover_211_mini.jpgOn essaye vraiment de résonner en consommateur. C’est une idée force chez Neo. Quand on est fan de ce type de cinéma, ou quand on est fan de n’importe de quoi d’ailleurs, on a envie d’avoir des produits de qualité et l’idée effectivement, c’est d’offrir quelque chose de beau. On essaye donc de ne pas brader, on n’est pas très cher, mais on ne veut pas brader. Sur le cinéma de genre, on ne fait pas de film à 1€, par exemple. On n’essaye de rester sur un prix raisonnable et de ne surtout pas matraquer le fan.

Une autre marque de fabrique de Néo Publishing, consiste aussi à aiguiser la curiosité du consommateur, avec une pointe d’humour. Il suffit de regarder la jaquette d’un de vos DVD pour voir que, même si le film est très gore, vous en parlez toujours de façon décalée.
Toujours un peu écalée, bien sûr. De toute façon le cinéma gore en général, ce n’est ni fait, ni regardé par des psychopathes (rires) ! Il y a toujours un côté train fantôme dans ce cinéma. On essaye d’avoir des sensations, et heureusement, les réalisateurs et les spectateurs de films gores ne prennent pas ça au premier degré. Simplement, il faut respecter ces films là. Car on parle bien ici de fictions. Ce ne sont pas des snuff movies !

Mais au début, vous avez commencez par distribuer des classiques hollywoodiens ?
On avait effectivement plusieurs gammes au début, dont des classiques hollywoodiens.

detour.jpgEt vous continuez cette série ?
Non, c’est une collection qu’on a décidé d’arrêter pour se recentrer. Vous savez dans une petite boite, le problème c’est la gestion des énergies et de la trésorerie, ce qui revient souvent au même. On a donc préféré ce concentrer sur le cinéma bis italien où il y avait encore des collections marrantes à monter, comme Italie à main armée, ou les Giallo. On ne pouvait pas tout faire, donc, on a du faire des arbitrages. Et puis les classiques hollywoodiens, on n’était pas les seuls à en faire. Il y a ça aussi, notre raison d’être sur le marché, c’est d’apporter des choses un peu nouvelles.

Ça vous surprend de voir cet intérêt croissant pour ces filmographies déclassées ?
Ce qui ma bleuffé, ce sont les retours qu’on a eut pour la collection Italie à main armée, pour laquelle on s’est énormément investi. On a eut une demie page dans Le Monde, un article dans Télérama. Là, j’avoue que j’ai été assez bleuffé ! Voir Italie à main armée dans Télérama, c’est quelque chose d’étonnant !

Vous avez l’impression de toucher un public plus large ?
Non, moi je n’en ai pas l’impression. J’espère que oui, mais pour l’instant je n’en ai pas l’impression !

Ce serait votre but de faire sortir des ghettos ce cinéma là ?
Oui, ce serait bien, mais ce n’est pas à nous qu’appartient cette possibilité là. On est vraiment des artisans nous, donc, on peut faire au mieux notre boulot de notre côté, mais après, on ne fera pas le marché !

Et là, au niveau de toutes les collections qui sont mises en places, il y en a d’autres qui vont se rajouter ou vous allez vous contenter de les étoffer ?
Pour l’instant, on va surtout bien travailler les collections qu’on a. On a deux nouveaux Italie à main armée qui sortent en novembre, on a deux nouveaux giallo enfin des gialli pour être puriste, en Octobre. L’objectif est vraiment de continuer à développer nos collections et peut être, à l’avenir, essayer de s’ouvrir sur d’autres pays.

Le Japon par exemple ?
Oui, ou l’Asie en général. Mais pas forcement dans le gore pour le Japon ou l’Asie. Ça peut être dans d’autres domaines. La vocation d’une société comme Neo, c’est vraiment de faire découvrir des choses et puis une fois encore de s’intéresser à des cinémas qui sont un peu délaissées. Donc, pas uniquement du cinéma gore ou ultra violent.

C’est vrai qu’avec la collection des polars et des giallo vous aviez déjà tendance à déborder des carcans du cinéma gore ou ultra violent dans lesquels Neo avez était un peu vite rangé.
Oui, enfin le polar c’est quand même des trucs d’hommes (rires), c’est quand même assez violent ! Mais, il y avait quand même une logique à sortir des films réalisés par les mêmes cinéastes que les films de zombies.

ferox.jpgPar exemple, Umberto Lenzi, dont deux films figurent dans la collection Italie à main armée, est le réalisateur de Cannibal Ferox, best seller de la collection Cannibales. Donc c’est assez cohérent de travailler d’autres niches. L’idée, elle était vraiment là. Monter d’autres collections, puis faire des choses qui nous amusent et qui, on l’espère, vont plairent aux gens.

Ce qui est sûr c’est qu’il y a toujours cette soif de faire découvrir de nouvelles choses !
Découvrir puis faire découvrir, oui. L’édition vidéo, c’est un métier difficile certes, mais amusant avant tout. Faut qu’il y ait une part de plaisir, sinon, c’est triste (rire). C’est clair que nous faisons ce métier là, pour faire partager des choses.

Et là vous avez découverts des choses étonnantes ou intéressantes?
Pour l’instant on évite de parler des projets à moyen terme, parce que l’édition reste une industrie très concurrentielle. Mais oui, il y a des choses qui nous font vibrer. Et que les fans se rassurent, on continuera à faire du gore, on continuera à faire de l’horreur.
On commence à s’intéresser beaucoup plus au cinéma contemporain. On a ainsi sorti en mai dernier, Zombie Honeymoon, qui est un film récent. Le cinéma contemporain est très riche. Je pense aussi à un courant du cinéma indépendant que l’on appelle le direct to video (DTV). Des gens font des films qui ne seront pas exploité en salle mais directement en DVD. Il y a des choses vraiment intéressantes. On a d’ailleurs signé des trucs marrants là dessus, mais je garde le secret pour le moment.

Je vois que pour septembre sont prévus deux films de Lucio Fulci !
Oui, on ressort L’Au-delà (1981) et Frayeurs (1980), dans des versions qui tuent. Donc nouveau master, nouvelle piste son, le tout blindé de bonus : je crois de mémoire, qu’il y a plus de deux heures de bonus par volume. Ce sont de très belles éditions ! En fait, on n’était pas comptant des premières versions qu’on avait sorties, en particulier la qualité d’images, ne nous satisfaisait pas. Malheureusement on ne pouvait pas faire autrement. C’est très compliqué de récupérer du bon matériel sur ces vieux films. Mais entre temps, des bandes ont été restaurées. On avait perdu les droits, on les a donc rachetés pour concocter cette nouvelle version et avoir une collection Fulci qui tienne la route, avec un grand regret, c’est qu’il y a encore un ou deux Fulci qu’on aimerait faire mais sur lesquels on est bloqué à cause d’une questions de droits.
Pour les bonus, on a une chance énorme c’est que les italiens sont super sympa, donc c’est assez facile de produire de tels bonus. Disons, on va balancer un petit peu (rires), à part Lenzi qui ne facilite pas vraiment les choses, qui demande beaucoup d’argent pour faire n’importe quoi, la plupart des gens qui on bosés sur ces films sont très disponibles et enthousiastes On arrive très facilement à faire des sujets intéressants avec eux et c’est en partie grâce à eux qu’on arrive à faire des suppléments intéressants. C’est même essentiellement grâce à eux d’ailleurs, pour être exact.
On essaye d’apporter de la valeur ajoutée. Mais la démarche elle est lié au fait qu’à titre personnel, je pense que proposer le film uniquement ne suffit pas, et de moins en moins, à l’heure du P2P, c’est plus adapté, j’ai pas envie qu’on fasse les mêmes conneries que l’industrie du disque dans l’industrie du film. Pour donner envie à un fan de ne pas télécharger un film, mais de l’acheter, il n’y a pas que la répression. Le fait de faire de belles éditions, c’est un moyen de lui donner envie. Et à titre personnel, c’est un moteur pour moi, donc, j’imagine que c’est un moteur pour d’autres. Quand j’aime bien une œuvre, j’ai envie d’avoir une belle version avec un beau packaging. Et voilà c’est ce qu’on essaye de faire.

C’est un problème pour vous le téléchargement ?
Je ne sais pas, très franchement je ne sais pas, je ne peux pas vous dire. J’ai pas d’études, enfin voilà le marché de Neo est trop petit pour mesurer l’impact de téléchargement. Je pense que c’est un problème pour l’industrie des loisirs en général, après sur les produits Neo en tant que tel, je ne sais pas.

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Si on jette rapidement un coup d’œil sur les sorties prévues pour le mois d’octobre, je vois que vous nourrissez la collection des Giallo avec de belle perles : Le tueur à l’Orchidée de Umberto Lenzi, Mais qu’avez-vous fait à Sollenge de Massimo Dallamano et Bloody Bird de Michele Soavi qui fait le lien entre ce genre italien et le slasher américain.

saovi.jpg En fait on n’a pas mis Bloody Bird dans la collection Giallo parce que ça aurait posé trop de problèmes aux puristes. Ce n’était pas techniquement un giallo. Maintenant c’est vrai qu’il se pose comme un trait d’union entre deux générations. En gros, il peut être considéré comme une dernière relecture du giallo, réalisée au milieu des années 80, donc sous l’angle des slashers. Mais ce film est avant tout l’oeuvre d’un cinéaste super doué, qui arrive à faire des trucs vraiment bleuffants.

neo_publishing_cover_239_mini.jpg On a un petit joker qui est marrant aussi : La maison au fond du Park de Ruggero Deodato, le réalisateur de Cannibal Hollocaust. Ce film là est très malsain, très trash, et donc il a beaucoup de fan dont nous. Ce sera une très belle édition, avec commentaire audio de Deodato, et plein d’autres choses. Et j’en profite encore une fois pour remercier tous ces cinéastes grâce à qui cette édition est possible. Des gens comme Deodato qui acceptent de faire deux heures de commentaires pour nous, même chose pour Fragasso…Ce sont des gens qui gardent cette disponibilité et cette envie. C’est passionnant !
Ce que mettent en valeur les bonus, c’est l’incroyable créativité de ce cinéma là. Grosso modo ces films étaient fait dans un bordel sans nom. Le schéma, c’était effectivement un producteur qui disait ok, Les Dents de la Mer marche bien, donc on va faire un film de monstres. Combien on arrive à lever ? Voilà, on a tant, donc on peut se payer tel acteur, tel réalisateur. Tu fonces et tu me fais un film de monstres avec un poulpe pour telle date. En fait, c’est l’antithèse du cinéma formaté. Moi je sais qu’en ce moment le cinéma hollywoodien ne me passionne pas, parce qu’il est très marqueté. C’est vraiment l’antithèse de ce cinéma. A part le pitch financier de base, c’est le cinéma zéro marketing. C’était vraiment une époque incroyable les années 70, pour l’industrie du cinéma italien !

C’était aussi un cinéma qui osait beaucoup, il suffit de regarder La montagne du Dieu Cannibale avec Ursala Andres, star américaine de l’époque, pour s’étonner de ce qu’il lui faisait “subir”.
Maintenant on ne ferait plus. C’est-à-dire que la moitié des films de Neo, on ne les ferait plus maintenant. C’est ce qu’on aime ici, c’est la fatuité et le côté anti-politiquement correcte. Le film de Deodato qu’on sort en octobre, on ne le ferait plus maintenant, franchement on ne referait pas un film pareil, c’est trop malsain, c’est impassable en télé donc non finançable. Et c’est ça qui est passionnant. Au font c’est un cinéma qui étonnamment est très politique !

Est-ce que vous avez imaginé ressortir ces films sur grand écran ?
Non, parce que ce n’est pas le même métier. On a déjà du mal à apprendre le métier de la vidéo (rires) et puis je ne suis pas sûr qu’on l’ait appris totalement encore, donc non. Puis après ça devient du cinéma, or quand on regarde un peu l’évolution, je me sens plus intéressé par Internet et les nouvelles technologies que par le cinéma.

C’est là ou vous guettez les nouvelles tendances, comme le DTV ?
Ouais, la vidéo repart bien en ce moment. C’est marrant, parce qu’on retrouve beaucoup de vieux routards qui reprennent du service. Lamberto Bava, par exemple, a refait quelques films. Donc effectivement, on suit ça. Mais bon, il n’y a pas que des chefs d’œuvres, loin s’en faut. Je pense aux derniers films de cannibales sortis, on n’a pas voulu les signer. Bruno Mattei en a fait en particulier, mais ça ne passe pas, il manque cette espèce de magie qui était présente à l’époque ou du moins que je ressentais et qui a disparu.

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