avril 2007


Après la clôture de ces 3e Rencontres du Cinéma Italien à Toulouse, un constat s’impose : le cinéma italien n’est pas en crise. Sa vitalité ravit malgré l’inégalité de certaines productions.

Des films petits et gros

Si le jeune cinéma italien brille par sa capacité à raconter d’agréables histoires, écrites par des scénaristes habiles et interprétées par d’étonnants comédiens, il serait pourtant, mensongé de réduire ce cinéma à cette seule fonction de distraction. Car derrière ces oeuvres trop lisses, quelques francs tireurs veillent et nous comblent par leur audace, leur liberté et leur engagement.
jmmy-della-collina.jpg Voir Jimmy della Collina d’Enrico Pau suffit à s’en convaincre. Intelligement construit, ce portrait sans fioriture d’un adolescent perdu et inflexible constitua l’un des temps fort de ce festival. Dur, oppressant, mais jamais ennuyeux ou racoleur, il prolonge les sensations ressenties devant Saïmir l’année précédente : celles d’être confronté à un cinéma radical et inspiré.
Ce diamand noir n’a pourtant pas fait l’hunanimité au sein du jury de critiques préférant Il vento fa il suo de Giorgio Diritti. Auscillant entre fiction et documentaire, il nous conte les lents déboires d’un berger français quittant les Pyrénées pour s’installer dans un petit village de montagne où l’on parle l’occitan. Un hameau typique où se cotoient gens du pays, touristes et nouveaux arrivants, lieu idéal pour poser la question du rapport à l’autre, à l’étranger, pour interroger la notion de communauté, celle qui exclut plus qu’elle n’intègre.
Le Jury étudiant s’est enflamé lui pour L’ami de la famille de Paolo Sorrentino, film épatant, à l’univers très personnel et froid. Ce portait cynique de Geremia, usurier de 70 ans, est une plongée vers l’inconnu à vivre en salle d’ici quelques semaines.
C’est L’inconnue justement de Giuseppe Tornatore qui a crée la surprise en remportant les suffrages du public. Triste, voire larmoyante, la quête d’Irena hape, portée par des acteurs excellents et mise en scène par un cinéaste plus vif que jamais.
Espérons que ces prix permettrons une meilleure visibilité du cinéma italien récent sur les écrans français.

A quelques jours de la clôture de ces 3e Rencontres du Cinéma Italien à Toulouse, un constat s’impose : le cinéma italien n’est pas en crise. Bien au contraire, sa vitalité ravit et cela malgré l’inégalité de ses productions récentes.

Mais peut-on parler d’une spécificité italienne en la matière? Pas vraiment, le cinéma français lui aussi souffre des mêmes symptômes, sans doute même à un dégré plus avancé. Un cinéma qui peine à trouver son sujet, une réalisation sans grande originilaté, sans gros défaults non plus, bref, un cinéma timoré, brimé par le système économique des télévisions privées. Heureusement, quelques francs tireurs veillent et nous comblent par leur audace, leur liberté et leur engagement. Mais entre ces deux postulats, le cinéma italien récent brille par sa capacité à raconter d’agréables histoires, interprétées par des comédiens étonnants. Des films, qui a défaut de marquer les esprits, distraient le spectateur. Une vertue notable que biens des cinémas ne savent plus faire. En attendant de savoir pour qui voter pour le prix de la critique, retour sur le panorama des 10 films présentés en compétition, cette année.

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Piano 17
de Antonio et Marco Manetti
Thriller – 2005 – 105′
Avec : Giampaolo Morelli, Elisabetta Rocchetti, Enrico Silvestrin, Antonio Iuorio, Massimo Ghini, Giuseppe Soleri, Valerio Mastandrea

Synopsis : Mancini, qui a pour mission de poser une bombe à l’intérieur de la direction générale d’une grande banque, reste bloqué dans l’ ascenseur avec deux employés qui rentre chez eux après leur travail. Ses deux complices attendent à l’extérieur qu’il termine son forfait. Dans une course contre la montre où la tension monte inexorablement, Mancini commence à se rendre compte que ses complices ne l’aident pas comme prévu…

Pourquoi choisir Piano 17 pour ouvrir ce festival? Film sans originalité, ce long métrage alterne constament clichés du polar et de la comédie. Cette incapacité à effectuer un choix annule tout suspense, ce qui est un comble pour un thriller, voir un huit clos dans un assensceur où trois personnes et une bombe s’entassent. 90 minutes filmées en temps réel, au coeur de cette pièce minuscule. L’humour lourd rivalise ici avec une vision au scalpel et plutôt très juste des travers de notre société de consommation où le paraître l’emporte sur la loyauté. Mais 90 minutes, c’est long et la beauté de l’actrice, jolie potiche à la plastique trop peu dévoilée, ne suffit pas à nous maintenir en haleine. Alors, on espère et on attend qu’une chose, c’est que cette fichue bombe explose au plus vite pour nous libérer de ce sous tarantino fauché et sans scénario. Seul regret à l’horizon: quitter le premier rôle masculin qui réussit l’exploit de nous accrocher à cette histoire par son charisme et son machisme faisant tant défaut aux autres personnage de cette plate intrigue.

 

jimmy-della-collina.gifJimmy della collina ( Jimmy de la colline)
de Enrico Pau
Fiction – 2006 – 86′
Avec : Nicola Adamo, Valentina Carnelutti, Giovanni Carroni, Francesco Origo, Massimiliano Medda

Synopsis : Dans le sud de la Sardaigne , Jimmy, dix-sept ans, habite dans une ville misérable à l’ombre d’une gigantesque raffinerie de pétrole. Son père et son frère y travaillent, mais Jimmy refuse l’engrenage qui l’entraînerait dans les entrailles de l’usine. il adopte vite un comportement qui l’écarte du droit chemin…

Tiré du roman homonyme de Massimo Carlotto, Jimmy della Collina est un film âpre, sombre et désespéré. Ce portrait radical, sans fioritures d’un jeune homme n’attendant plus rien de la vie, refusant désespérement de rentrer dans le rang constitue l’un des temps forts de ce festival. La découverte d’un ovni visuel, d’un cinéma radical et inspiré, intelligement construit, doté d’une belle image, et d’une bande son parfaite. Film dur, oppressant, mais jamais ennuyeux ou racoleur, on ressent devant Jimmy della Collina, les picotements le long des bras et le même emerveillement que devant Saïmir l’année dernière. Ce portrait d’adolescent perdu, et inflexible que l’on croirait tous droit sorti des univers urbains de Pier Paolo Pasolini est aussi l’occassion de se laisser séduire par tout une pléiade d’acteurs professionnels ou pas. A noter la prestation remarquable de Valentina Carnelutti. Assurément l’un des meilleurs films de la sélection.

 

unosudue.gifUno su due (Un sur deux)
de Eugenio Cappuccio
Comédie dramatique – 2006 – 100′
Avec : Fabio Volo, Anita Caprioli, Ninetto Davoli, Giuseppe Battiston, Tresy Taddei, Agostina Belli

Synopsis : Lorenzo est le symbole de la réussite : une société prospère, une maison, des amis, une femme qui l’aime..Tout bascule un jour quand la maladie fait irruption dans sa vie…

Film indigeste, Uno su due déborde de bonnes intentions jusqu’à la nausée. Eugenio Cappuccio passe totalement à côté de son sujet. Impossible de ressentir la moindre compassion pour ce golden boy égocentrique qui se découvre atteint d’un cancer. Ni sympathique, ni antipathique, son personnage n’exprime rien, n’évolue pas. Le film tourne en rond et on se surprend à espérer que cette tumeur se révèle foudroyante histoire de mettre un terme rapide à nos souffrances. C’est d’autant plus dommage, car il est fort à parier qu’avec un scénario un peu moins bancal ou plus approfondi, le cinéaste avait largement les moyens de réaliser un honorable téléfilm. Mais là, il s’enlise dans son sujet, ne le maîtrise pas, ne sait pas comment s’en sortir. Il est, à l’image de son personnage principale, incapable de se lancer dans le vide. Résultat: un road movie statique des plus ennuyeux.

 

maipiucomeprima.gifMai più come prima (Plus jamais comme avant)
de Giacomo Campiotti
Comédie dramatique – 2005 – 106′
Avec : Laura Chiatti, Natalia Piatti, Federico Battilocchio, Nicola Cipolla, Marco Velluti, Marco Casu

Synopsis : Les examens de fin d’année sont terminés. Une bande de 6 amis décident de partir à l’aventure ensemble à la montagne. Peu à peu, leur randonnée se transforme en une compétition, entre eux mais aussi avec eux-mêmes…

Exemple typique d’un cinéma qu’on ne sait comment aborder, Mai Piu Come Prima, est un film détestable mais qui pourtant sonne juste ou plutôt séduit par inadvertance. Si visuellement ce long métrage ne possède ni saveur ni personnalité, le rejet de cette œuvre se situe ailleurs. En fait ce cinéma est prétentieux. Il prétend parler de la jeunesse dans son ensemble. Du coup, avec un aplomb sans borne le cinéaste s’atèle à décrire les problèmes de la jeunesse à travers le regard de six jeunes caricaturaux qui partent en montagne. Citons le rebelle, l’élève introverti, le beau gosse, la séductrice, l’handicapé … Et le voilà parti pour nous parler de la première fois, le handicape face aux autres, la mort…Il cherche donc à tout aborder, mais sans faire le moindre choix, sans approfondir la moindre thématique. C’est d’autant plus énervant, navrant me paraît plus juste, que souvent il peint avec justesse et retenu les rapports humains qui se nouent au sein du groupe. Mais sans développement il ne reste que clichés ce qui amène de profondes scènes d’hilarité aux moments les plus incongrus. Ajoutons à cela des acteurs qui sur jouent à l’occasion et la déception devient complète.

 

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L’ami de la famille (L’amico di famiglia)
de Paolo Sorrentino
Drame – 2006 – 110′
Avec : Giacomo Rizzo, Fabrizio Bentivoglio, Clara Bindi, Laura Chiatti

Synopsis : Geremia de Geremei, 70 ans, usurier, monstrueusement laid, sale, riche et radin, autant que cynique et ironique a un rapport obsessionnel à l’argent. Tout le rend malade : sa mère, son père, l’argent, les femmes… La vie, en somme. C’est pour cette raison qu’il a l’impression d’être seul. Et pourtant, il ne l’est pas. Tout le monde est avec lui. Nous sommes tous en lui.

Bouffé d’air frais de ce festival, L’ami de la famille nous confronte enfin à un cinéma ambitieux, audacieux et véritablement jouissif. Oscillant entre comédie noire et drame humain, ce second long métrage de Sorrentino nous méne à la rencontre d’un homme étrange ambigue et cynique. Evoluant dans un univers urbain moite, habité par David Lynch ou Federico Fellini, cet ami de la famille nous méne au coeur des tréfonds de l’âme humaine. Une plongée en apnée dans un monde oppressant, sensuel et fiévreux si exaltante qu’on ne peut qu’être décue par sa fin un peu précipitée. Pourtant, une fois remis de ce choc, il devient difficile d’oublier si rapidement ce portrait d”un looser magnifique composé par un cinéaste au talent indénibale. A ne rater sous aucun prétexte. L’ami de la famille sera visible en salle, d’ici quelques semaines.

 

agente-matrimoniale.gifAgente matrimoniale (Agent matrimonial)
de Cristian Bisceglia
Comédie – 2005 – 92′
avec : Corrado Fortuna , Nicola Savino , Ninni Bruschetta , Elena Bouryka

Synopsis : Giovanni, licencié de son poste à Milan, est contraint de retourner en Sicile, à Catane, dont il était parti. Il devient, chez son ami Filippo, « agent matrimonial » dans une agence pour le moins particulière…

Prix des Lecteurs du Dauphiné Libéré au festival Cinéma Italien d’Annecy, Agente matrimoniale est une comédie pétillante rondement menée, plutôt bien écrite et réalisée avec intelligence. Si le film ne révolutionne en rien le genre, il a au moins le mérite d’offrir au spectateur un très bon moment. Loin d’être trop naïf, il pose judicieusement la question du célibat et du marché éconique qu’il génère. Très bien interprété, Agente matrimoniale est une comédie sympathique bien supérieure aux comédies françaises racolleuses aux moyens financiers démesurée.

 

lasconosciuta.gifL’inconnue (La sconosciuta)
de Giuseppe Tornatore
Drame - 2006 – 115′
Avec : Claudia Gerini , Michele Placido , Margherita Buy , Alessandro Haber , Piera Degli Esposti, Pierfrancesco Favino , Angela Molina, Clara Dossena, Ksenia Rappoport

Synopsis : Irena, venue d’Ukraine depuis plusieurs années, vit dans une ville d’Italie entre les fantômes de son passé et la recherche du présent. Qui est Irena ? Que recherche-t-elle ?…

Porté par un premier rôle féminin éblouissant, L’inconnue est un bon, visuellement très soigné qui happe littéralement le spectateur malgré sa noirceur exagérée. Et c’est là toute la magie et le talent du cinéaste qui distille pendant près de deux heures un scénario totalement improbable à vocation lacrymale. Si l’idée de traiter l’immigration ukrainienne, la prostitution et la difficulté de s’intégrer en Italie était louable et ambitieuse, pourquoi accabler autant Irina et par la même le spectateur. Avec cette vie à faire passer les Thénardier pour des personnages de l’île aux enfants, Tornatore joue trop la carte du mélo et décrédibilise l’histoire de cette jeune fille. C’est d’autant plus dommage que le film fonctionne bien, porté par des acteurs sobres et très crédibles, à commencer par Michele Placido ici méconnaissable. Mais ne boudons pas notre plaisir car ce film marque le retour en force d’un cinéaste qui a su bonifier son cinéma avec le temps.

 

sfiorarsi.gifSfiorarsi (Frolés)
de Angelo Orlando
Romance - 2006 – 90′
Avec : Angelo Orlando , Valentina Carnelutti , Giorgio Caputo , Mimosa Campironi , Alessandro Procoli , Martine Brochard

Synopsis : Céline est une jeune femme de 30 ans, actrice et mère d’une fille de 10 ans. Son amant vient de la quitter. Paolo, photographe, a 40 ans, et vit en célibataire, incapable de construire une relation sérieuse et de se résoudre à aimer une seule femme…

Sfiorarsi nous raconte une bien jolie histoire entre une jeune mère malmenée par ses histoires de coeur sans lendemain et un trentenaire qui peine à devenir adulte. Elle est actrice, lui photographe. Deux vies parallèles, deux âmes en peine à la recherche de leur moitié qui finissent, un jour par se rencontrer. Angelo Orlando peint avec plaisir et vivacité cet amour naissant et croissant. Le ton est juste, la caméra virvolte, captant sourirs et moments d’allégresse. Je me rappelle alors le réalisateur me donnant péniblement les grandes lignes directrices de son film lors d’une rapide interview. C’est l’histoire d’un homme disait-il qui rencontre une femme, mais ce n’est pas que cela, c’est bien plus compliqué concluait-il en rigolant. Et, c’est là qu’effectivement tout ce complique. L’histoire d’amour absolue vire au roman à l’eau de rose quelque peu croupie. Le rythme déjà peu nerveux se ralentit, les acteurs patinent, les clichés s’égrainent et le réalisateur achève le carnage par un clein d’oeil très appuyé au cinéma de Claude Lelouch. Ne sachant trop comment s’extraire de ce bourbier narratif, où aucun sujet n’est vraiment traité, Angelo Orlando précipite la fin du film. Très vite, le rideau tombe, nous laissant un peu sur notre fin. Une impression d’autant plus regrettable que Valentina Carnelutti est remarquable et que le couple qu’elle forme avec Angelo Orlando fonctionne totalement.

 

viaggiosegreto.gifViaggio segreto (Voyage secret)
de Roberto Ando
Drame – 2006 – 107′
Avec : Alessio Boni, Claudia Gerini, Donatella Finocchiaro, Emir Kusturica, Valeria Solarino, Marco Baliani

Synopsis : Un quadragénaire psychanalyste, rompu dans son quotidien à s’occuper de la souffrance d’autrui, se voit contraint, à cause de la faillite de son mariage et à l’occasion de celui de sa sœur, de pencher son regard sur lui-même et sur leur passé marqué par une tragédie refoulée.

Immersion au cœur de la mémoire d’un quadragénaire qui peine à cicatriser les blessures de son enfance, Voyage secret est un thriller très sombre, voire oppressant. Très bien filmé, interprété par des acteurs brillants, ce long métrage hypnotise jusqu’à ce que l’ennui l’emporte. Sa lenteur, parti pris intéressant de cette plongée dans les abîmes de cette riche famille, devient vite son talon d’Achille. Le personnage principal s’enlise dans son enquête, dévoré par ses souvenirs et ses traumatismes qui resurgissent lorsqu’il décide de visiter la demeure familiale de son enfance. Trop noire, trop prévisible, la présence du cinéaste Emir Kusturica en amant ténébreux, ne suffit pas à sauver le film d’un inévitable écueil : le psychologisme. Malgré les qualités intrinsèques de ce long métrage, difficile de ne pas regretter son manque de personnalité ou plus précisément un trait caractéristique du cinéma italien.

 

iloventofailsuogiro.gifIl vento fa il suo giro (Le vent fait son tour)
de Giorgio Diritti
Drame – 2006 – 110′
Avec : Thierry Toscan, Alessandra Agosti, Dario Anghilante, Giovanni Foresti

Synopsis : Un berger français, après la construction d’une centrale nucléaire, décide de quitter sa région des Pyrénées pour s’installer avec sa femme et ses enfants à Chersogno, un petit village italien de montagne où l’on parle l’occitan. D’abord bien accueilli par la population, il va vite être en butte à l’hostilité des villageois…

Grand Prix d’Annecy Cinéma Italien 2006, Il vento fa il suo giro est un film audacieux, oscillant entre fiction et documentaire. Giorgio Diritti parle de la montagne et plus largement du monde rural, autrement que comme l’habituel avre de paix ou le sempiternel paradis sur terre. Ici, les rapports humains sont rugueux et tranchants à l’image des superbes paysages alpins italiens. Des montagnes qui façonnent le caractère des hommes. Un lieu idéal pour y poser la question du rapport à l’autre, à l’étranger, pour y interroger la notion de communauté, celle qui exclut plus qu’elle n’intègre. Etonnant, vif, intelligent, Il vento fa il suo giro, ne se veut en aucun cas une ode à la langue et à la communauté occitane. Difficile d’imaginer ce long métrage comme une carte postale de cette magnifique région italienne. Mais ce film ne cherche pas non plus à stigmatiser la culture occitane. Ce village est plus à voir comme un microcosme sociologique dans lequel Giorgio Diritti voudrait observer la mise en place d’un système d’exclusion et d’enfermement. Film coup de poing, film engagé Il vento fa il suo giro rappelle brillement que ce n’est pas le fait d’être ou ne pas être tolérant qui pose problème, mais bien cette notion même de tolérance qui ne devrait pas se poser! Pourtant, toute ces qualités ne suffisent à faire oublier la lenteur excessive de la narration et l’omniprésence de cette infernale ritournel occitane au pipo. Un véritable supplice auditif qui confine, par intermittence, à ce trop long métrage, les allures d’une publicité pour un fromage de chèvre.

Du 13 au 22 avril, les 3e Rencontres du Cinéma Italien à Toulouse proposent un panorama hétéroclite et enthousiasmant des meilleures productions récentes. Retour sur un cinéma en pleine vitalité avec Jean Claude Mirabella conseiller de programmation pour le festival du cinéma italien de Villerupt en Lorraine.

Voyage en Italie

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Jean Claude Mirabella & Christine Grèzes pendant les 2nd Rencontres du Cinéma Italien à Toulouse

 

Pourquoi participer à ces Rencontres ?
Je suis professeur d’italien à l’Université l’Université Paul Valéry de Montpellier avec comme domaine de recherche le cinéma italien contemporain. C’est à ce titre que Christine Grèzes m’a contacté, dès la première édition, pour participer à la programmation et à l’animation de ce jeune festival.

Un cinéma en crise, formaté par la télévision privée italienne?
Le moment le plus difficile pour le cinéma italien a incontestablement été la fin des années 80. On a souvent lu en France que le cinéma italien était mort, alors que pendant toutes ces années, l’Italie est restée une grande nation productrice de films. On y produisait plus de 100 films par an, ce qui n’est pas rien. Aujourd’hui, quand des manifestations se créent comme Annecy, Villerupt, Bastia ou Toulouse, on s’aperçoit que le public vient. Donc ces festivals répondent à une demande. Et que vient voir ce public : un cinéma de jeunes réalisateurs. Alors est ce que c’est un cinéma formaté, je ne crois pas. J’ai d’ailleurs envie de reprendre ce que disait Gennaro Nunziante lors de sa venue à Toulouse l’an dernier : « finalement ce dont souffre le plus le cinéma italien, c’est de son passé ! ». C’est un cinéma qui a dominé le monde au milieu des 60’s. c’est vrai que ça a été un cinéma immense à tous les points de vus, au niveau des réalisateurs, des techniciens, des producteurs et des comédiens bien évidemment. Or, si on prend les 4 années 1974, 1975, 1976 et 1977 : en 1974, meurt Vittorio de Sica, en 1975 : Pier Paolo Pasolini, en 1976 : Visconti, en 1977 : Rossellini. Quelle cinématographie se remettrait de ce genre d’hémorragie ? Ce cinéma a rencontré de grandes difficultés, en perdant ses maîtres, mais également parce que la télévision privée a prospéré sans fois ni loi, puisqu’en Italie, il n’y a pas eu de cahier des charges comme il y en a eu en France.

Un cinéma qui s’exporte peu
C’est un cinéma qui a des difficultés à s’exporter mais qui peine aussi à être distribué dans son propre pays. Il me semble que le film d’Angelo Orlando : Sfiorarsi n’a toujours pas été distribué en Italie. C’est la conséquence de ce qui s’est passé dans les années 80 et 90, c’est-à-dire que le jeune public connaît mieux les réalisateurs et les comédiens américains que le jeune cinéma italien. Je continue d’être optimiste, mais c’est vrai que tant que le cinéma italien n’aura pas retrouvé des parts de marché intéressantes dans son pays, il sera difficile de l’exporter. Si on compare le cinéma d’il y a 30 ans à celui d’aujourd’hui, il faisait il y a 30 ans, environ 12% de part de marché en France. Aujourd’hui je crois que c’est moins de 2%. Alors ça tient à plein de choses, à commencer par la chute du cinéma italien. Quand on produit 115 films et quand on en produit plus de 500, ce n’est pas la même chose pour trouver des parts de marché à l’étranger. Quant à la deuxième chose, c’est l’émerge des nouveau pays comme l’Afrique ou l’Asie. Il est aujourd’hui plus facile pour un coréen ou un chinois d’être distribué en France que pour un italien. Une concurrence qui s’accroît d’autant plus avec l’arrivée en force des cinémas d’Amérique du Sud et du cinéma argentin en particulier. Maintenant on produit partout et chacun veut être distribué donc effectivement c’est une véritable lutte.

La comédie italienne, un genre plus facilement rentable ?
Je n’ai pas l’impression que le jeune cinéma italien distribué ces derniers temps relève de la comédie. Mais encore une fois, ce cinéma est victime de son passé. En France, on se souvient beaucoup de la comédie à l’italienne avec les grands comédiens comme Vittorio Gassman, ou les réalisateurs comme Scola, Risi, Monicelli et Comencini. On a tendance à vouloir aimer le cinéma italien dans ce registre là. Mais si on regarde les deux films italiens qui ont le plus marché ces dernières années, en 2006, Romanzo Criminale de Michele Placido, qui n’avait rien d’une comédie totalise 500 000 entrées et en 2003 avec pratiquement 700 000 entrées, c’est Respiro de Emanuele Crialese [auteur de Golden Door, actuellement en salles], assez loin lui aussi d’une comédie. Mais c’est vrai que l’on constate d’un autre côté, une persistance de la comédie italienne, souvent de qualité d’ailleurs. Par exemple, au Festival International du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez, cette année c’est un film de Carlo Verdone qui a enfin gagné. Il en est à son 20ème film et Mon meilleur ennemi [Il Mio miglior nemico] sera son premier film distribué en France. L’an dernier c’était aussi un film italien Leçons d’amour à l’italienne de Giovanni Veronesi, qui avait remporté le premier prix. Cette récompense me ravit d’autant plus que je pense que Giovanni Veronesi est un peu l’héritier de la grande comédie à l’italienne.

Des scénarios de qualité et des acteurs touchants constituent les points forts de ce nouveau cinéma italien!
Je me faisait justement la même réflexion, qui est aussi valable pour le cinéma français acteul d’ailleurs. C’est un cinéma très bien écrit, très sérieux, qui bénéficie d’une direction d’acteurs impeccable. C’est un vrai cinéma d’auteurs, fait souvent avec peu de moyens. Un film italien voit le jour avec les 2/3 du budget d’un film français! Mais c’est aussi un cinéma qui en digne héritier du néoréalisme est très attentif à la vie quotidienne. Je pense ici à Saimïr de Francesco Munzi ou Il vento fa il suo giro de Giorgo Diritti, grand prix d’Annecy 2006 à découvrir pendant ces Rencontres. Donc j’espère que ce cinéma va de nouveau avoir les moyens financiers de ses ambitions comme le promet le nouveau ministre de la culture.

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Jean Claude Mirabella est l’auteur du livre Le cinéma italien d’aujourd’hui (1976-2001), de la crise au renouveau [ed. Gremese]

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En Mai 2005, l’association Cinéma Paradiso inaugurait à Toulouse la première édition des Rencontres du cinéma italien au cinéma ABC.

En Mai 2006, elle consolidait la manifestation en projetant 25 films vus par plus de 3.500 spectateurs (sur Toulouse, Blagnac, Grenade et L’Isle Jourdain). Outre le Prix du Public, déjà existant et décerné en 2006 au film de Roberto Faenza : Alla luce del sole, un Prix de la Critique fut créé, composé d’un jury de journalistes toulousains et attribué au sublime Saïmir de Francesco Munzi. Cérise sur le Gateau, le festival rendit, cette même année, un vibrant hommage au célèbre réalisateur italien Pupi Avati, en l’accueillant dans la ville rose.

En 2007, l’association remet cela de plus bel, du 13 au 22 avril, avec le meilleur de la production italienne récente, riche et diverse. Une place sera faite également pour la projection de quelques films moins récents qui ont fait date dans l’histoire du cinéma italien.

La compétition décernera cette année 3 prix : le prix du Public, le Prix de la Critique (composé d’un jury de journalistes toulousains), et pour la première fois en 2007 le Prix du Jury Etudiants (composé d’étudiants de l’Université du Mirail (section italien) et d’étudiants de l’ESAV (Ecole supérieure d’Audiovisuel).

Le festival rendra un hommage tout particulier à Giuseppe Tornatore, Ninetto Davoli et parcourera la carrière italienne de Philippe Noiret liée elle aussi bien sur à celle de Giuseppe Tornatore.

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Le dernier film de Giuseppe Tornatore : L’inconnue, présenté à la première « Festa del cinema » de Rome en Octobre dernier, fera partie de cette compétition. Ce film, inédit à Toulouse, rassemble un casting d’exception : Michele Placido, Claudia Gerini, Margherita Buy et une nouvelle révélation l’actrice russe Ksenia Rappoport qui porte de bout en bout ce film à l’ambiance hitchcockienne rythmé par une musique d’Ennio Morricone.

Ninetto Davoli, l’acteur culte de Pasolini, sera également présent à Toulouse pour présenter son dernier film : Uno su due d’Eugenio Cappuccio qui fera l’ouverture du festival le samedi 14 avril en avant-première nationale et en compétition. Une soirée spéciale en relation avec sa carrière pasolinienne lui sera également consacrée avec les projections de Des oiseaux petits et gros :[Uccellacci e uccellini : Toto et Ninetto Davoli] et du Décameron.

Un hommage à Philippe Noiret et à sa carrière italienne sera proposé avec Cinema Paradiso (1989) de Giuseppe Tornatore, Un dimanche de préférence (1991) (4 sketches réalisés par G. Tornatore, M.T. Giordana, G. Bertolucci et F. Barilli ) ainsi que La famille (1987) d’Ettore Scola.

Outre ces hommages, 10 films inédits seront présentés en compétition:
* Agente matrimoniale [Agent matrimonial] - Christian Bisceglia (2005)
* L’ami de la famille [L’amico di famiglia] - Paolo Sorrentino (2006)
* Jimmy della collina [Jimmy de la colline] - Enrico Pau (2006)
* L’inconnue [La sconosciuta] - Giuseppe Tornatore (2006)
* Il vento fa il suo giro [Le vent fait son tour] - Giorgio Diritti (2006)
* Mai più come prima [Plus jamais comme avant] - Giacomo Campiotti (2005)
* Piano 17 - Antonio et Marco Manetti (2005)
* Sfiorarsi [Frolés] - Angelo Orlando (2006)
* Uno su due [Un sur deux] - Eugenio Cappuccio (2006)
* Viaggio segreto [Voyage secret] - Roberto Ando (2006)

8 films à découvrir ou redécouvrir sont présentés hors compétition:
* A casa nostra [Chez nous] - Francesca Comencini (2006) Avant première
* Fuoco su di me [Feu sur moi] - Lamberto Lambertini (2006) Avant première
* I giorni dell’abbandono [Les jours de l’abandon] - Roberto Faenza (2004) Inédit
* La stella che non c’è [L’étoile imaginaire] - Gianni Amelio (2006)
* Ma che ci faccio [Qu’est ce que je fais là] - Francesco Amato (2006) Inédit
* Non prendere impegni stasera [Pas d’engagements ce soir] - Gianluca Maria Tavarelli (2006) Inédit
* L’udienza è aperta [L’audience est ouvert] - Vincenzo Marra (2006) Inédit
* Nuovomondo [Golden Door] - Emanuele Crialese (2006)

A l’image de nombreuses villes de France, telles Annecy et Villerupt où de prestigieux festivals de cinéma italien perdurent, ces Rencontres du cinéma italien ont désormais acquit leur place à Toulouse.

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Quelques temps forts de ce festival:

Samedi 14 Avril à 18h, à l’ABC : Projection du film Uccellacci e uccellini [Des oiseaux petits et gros ] (1966), de Pier Paolo Pasolini présenté par l’acteur Ninetto Davoli.

Samedi 14 Avril à 20h30, à l’ABC : Soirée d’ouverture avec l’avant-première de Uno su due [Une sur deux ] (2006) de Eugenio Cappuccio , en présence du comédien Ninetto Davoli, de la comédienne Valentina Carnelutti et du réalisateur Angelo Orlando suivie d’un débat animé par Jean-Claude Mirabella (professeur d’italien à l’Université Paul Valéry de Montpellier et conseiller de programmation pour le festival du cinéma italien de Villerupt) .

Dimanche 15 Avril à 18h, à l’ABC : la comédienne Valentina Carnelutti présente Jimmy della Collina (2006) de Enrico Pau.

Dimanche 15 Avril à 20h30, à l’ABC : Projection de Sfiorarsi [Frolès] (2006), en présence de la comédienne Valentina Carnelutti et du réalisateur Angelo Orlando, suivie d’un débat animé par Jean-Claude Mirabella (professeur d’italien à l’Université Paul Valéry de Montpellier et conseiller de programmation pour le festival du cinéma italien de Villerupt).

Vendredi 20 Avril à 20h, à l’ABC : Soirée italo-occitanne avec la projection du film Il vento fa il suo giro (2006) de Giorgio Diritti, en présence de la comédienne Alessandra Agosti, du producteur Simone Bachini et de M. Hervé Terral, universitaire spécialiste de la langue d’Oc.

Samedi 21 Avril à 20h, à l’ABC : Soirée de clôture animée par Jean-Claude Mirabella en présence du réalisateur Giacomo Campiotti, de Ninetto Davoli, d’Alessandra Agosti et de Simone Bachini.

 

Pour en savoir plus sur la programmation, c’est par ici !

Début des hostilités le Vendredi 13 Avril 2007 à 18h, à l’ABC !