septembre 2007


99f.jpgComédie dramatique française

Réalisation : Jan Kounen
Avec Jean Dujardin, Jocelyn Quivrin, Patrick Mille

Date de sortie : 26 Septembre 2007

Distribution : Pathé Distribution

Synopsis : Octave est rédacteur publicitaire. Pour lui, “l’homme est un produit comme les autres”. Il fait et défait les modes en un tour de main. Pourtant, couvert d’argent, de filles et de cocaïne, Octave doute. Deux événements viennent bouleverser le cours sa vie dorée : son histoire d’amour avec Sophie, et une remise en cause professionnelle. Le doué Octave déjante alors et décide de se rebeller contre le système qui l’a créé.

Critique cinglante, brouillonne et primaire de l’univers de la publicité, 99F peine à nous faire prendre pour du cinéma, ce qui n’est qu’un fade produit culturel pour adolescent. Tentative d’explication en compagnie de Yan Kounen, Jean Dujardin et Jocelyn Quivrin.

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La charge de la brigade légère

Une relecture du roman de Frédéric Beigbeder
Jan Kounen : 99 francs est un livre un peu rock’n’roll. Je pense donc que c’est pour cette raison qu’on m’a proposé son adaptation au cinéma. Parce que je suis l’auteur de film trashs et déjantés comme Doberman ou Vibroboy. De mon côté, j’ai accepté cette aventure parce qu’elle m’offrait l’opportunité d’expérimenter, d’être créatif. C’était aussi un virage, qui me permettait de revenir à un cinéma mental, vif, nerveux que j’étais plutôt en train de quitter avec des films plus contemplatifs. Un retour vers cette culture un peu punk, rendu possible parce qu’il y avait un sujet derrière ce film, un fond militant que me donnait l’occasion de taper sur le système de la pub et l’hyperconsommation. Et ça j’en avais envie ! Mais c’est la lecture du bouquin qui m’a amené à faire ce film. J’aime son ton, sa manière de vous faire rigoler avant de vous asséner en quatre phrases, une vérité sur le monde qui vous laisse sans voix.

Du roman au cinéma
Jan Kounen : Le roman n’offrait pas de porte de sortie. C’était un cauchemar final. Or, je n’avais pas envie de construire un film désespéré. J’ai donc accepté ce projet à condition d’en revoir la fin : on va être violent, noir, mais pour le spectateur, il va y avoir cette porte de sortie. Du coup j’y ai glissé des choses personnelles. Ici, c’est la jungle, le monde indigène et leur médecine. Mais c’est encore une mise en abîme puisque c’est une fausse porte de sortie. On ne pouvait pas, compte tenu du sujet, offrir un happy end.

Le ton du film
Jan Kounen : On a dit du livre qu’il était cynique pour attaquer le cynisme. Il y a quelque chose d’identique dans le film. C’est-à-dire qu’il est très cynique et en même temps, je n’ai pas l’impression de l’être. En revanche, il y a une forme de dureté dans l’humour qui permet d’appuyer là où ça fait mal. C’est un univers glacé et méchant. Du coup, dans la salle, on rit franchement, et c’était mon intention, mais il y a aussi des moments où les estomacs se nouent, et c’est normal d’avoir une petite boule à l’estomac, c’est fait pour !

Un film construit comme une publicité
Jan Kounen : La publicité, c’est quelque chose qui doit être fort, ce doit donc être une image qui séduit. Avec ce film, je me suis amusé à pratiquer l’aïkido, c’est-à-dire que je combats ce système là, avec ses propres armes. Ici, je cherchais à montrer que la dimension de publicité c’est-à-dire de manipulation, est utilisée partout. Si ce n’est que la publicité a au moins le mérite de nous prévenir. Donc je manipule les gens pour leur dire regardez comme c’est facile d’être manipuler. Je ne cherche à convaincre personne de rien. Par contre, j’ai envie que les gens s’interrogent, qu’il regardent la publicité un peu autrement.

Nostalgie publicitaire
Jan Kounen : Quand j’ai débuté au cinéma, je trouvais que certains réalisateurs de publicités étaient de vrais artistes. J’en cite d’ailleurs quelques-uns dans le film comme Jean-Paul Goude ou Jean Baptiste Mondino. Ils étaient plus intéressants que pleins de cinéastes, parce que tout d’un coup, sur un clip ou sur une pub, ils me faisaient rentrer dans un univers que je ne connaissais pas. Donc, non, je ne suis pas antipub, puisque j’en réalise encore. Par contre je trouve que ça va mal. J’aimerai que la pub soit un peu différente, moins standardisée, et moins envahissante. Mais j’apprécierais surtout qu’on arrête de nous prendre pour des cons.

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Octave, un rôle difficile ?
Jean Dujardin : Je me suis contentait de suivre les conseils de Frédéric Beigebeder. Il m’avait envoyé un petit texto en me disant : « Jean, tu mets la perruque, les lunettes et la suffisance et ça ira très bien ! ». Et effectivement, tout c’est fait très naturellement. Après je ne crois pas que ce soit un rôle qui risque de surprendre ou de dérouter « mon » public. Non, je crois que les gens sont beaucoup plus ouverts que ça. Ils ne sont pas du genre à sa formaliser en disant : « il nous a choqué Dujardin ». Je crois qu’ils ont envie de me voir dans plein de choses, donc j’essaye différentes situations. Mais au fond, c’est notre métier. Je n’ai jamais dit que je ne serai qu’un comique ou que je travaillerai pour les moins de 12 ans. Et puis j’ai déjà eu des rôles plus complexes, plus sombres, je pense au Convoyeur, à Contre enquête, ou même Mariages. Alors on se souvient évidement que de ce qui brille et de ce qui marche. Mais je n’ai pas peur de surprendre, au contraire, j’ai même l’impression qu’ils me le demandent. Ils me disent même merci pour ça. Et puis c’est un plaisir très égoïste, je m’amuse et j’ai envie de m’amuser.

Fier d’être utilisé pour démonter un système
Jean Dujardin : Je n’ai jamais été super provoc. En revanche, je suis super fier de participer à 99F. Je ne sais pas si ce film marchera, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il va rester ! Et puis c’est génial d’avoir un film comme cela dans une filmographie, non ? Je ressens la même fierté que sur OSS 117. Parce que OSS 117 c’est assez politiquement incorrect aussi. C’était même un peu tendu à l’époque, et ça l’est encore un peu d’ailleurs sur le propos. Mais c’est fait aussi pour ça le métier, non ?

Second rôle derrière Jean Dujardin
Jocelyn Quivrin : C’était moins difficile que je ne l’imaginais. Car Jean a cette intelligence de ne pas tout ramener à lui et de savoir que quand on fait un film, on ne le fait à plusieurs, il faut respecter un metteur en scène et être capable de se reposer sur ces camarades acteurs. J’étais moins habitué aux comédies que lui, forcément, mais il m’a fait de suite me sentir très à l’aise. Mais Jean est tellement généreux qu’il donne envie d’être généreux ! C’est vrai que c’est lui qui m’a choisi, qui m’a présenté à Jan Kounen, pour le rôle, donc je ne peux que l’en remercier. C’est un très bon camarade de jeu ! Ce film était une vraie rencontre avec Jean.

En septembre, la Cinémathèque de Toulouse consacre sa programmation de la rentrée à un infatigable et salvateur résistant au libéralisme triomphant: Robert Guédiguian. Une occasion rêvée pour s’immerger dans l’œuvre de ce cinéaste captivant avant de découvrir, en janvier prochain, son 16ème long métrage : Lady Jane.

Ouvier cinéaste

Rétrospective
guediguian200.jpgC’est quelque chose de très sentimental le rapport à une rétrospective. C’est à la fois très gratifiant, donc j’en suis plutôt heureux, mais d’un autre côté, il y a dans cet exercice, un aspect rétrospectif, qui est un peu angoissant. Mais ceci étant, j’ai commencé à faire du cinéma très tôt, à l’âge 25 ans, donc aujourd’hui, j’ai déjà réalisé 15 films, ce qui m’a permis de faire quelques rétrospectives assez vite. Je me suis donc habitué à cette angoisse dont je parlais, qui est une angoisse que l’on éprouve devant la fuite du temps. Car, même de manière très fictionnalisée, mes films ont toujours été très autobiographiques. Ils me renvoient fortement à ma vie passée, à ce que je pensais au moment de leur réalisation. Du coup, c’est un évènement que j’accueille avec une curiosité mêlée de nostalgie. Mais au-delà de ça, un des avantages d’une rétrospective, c’est de permettre de considérer le cinéma non plus comme un coût, comme on a tendance à le faire de plus en plus aujourd’hui, mais comme une œuvre. Une rétrospective, c’est aborder effectivement un auteur, quelqu’un qui a travaillé toute sa vie, pour fonder quelque chose. Il me semble donc qu’un tel postulat redonne au cinéma sa noblesse et son statut d’art, qu’il a trop tendance à perdre aujourd’hui avec la multiplication des films et l’accroissement du nombre de sorties en salles le mercredi.

L’Estaque
Au départ, j’ai tout simplement suivi l’adage du conseiller Tchekhov disant : « Si vous voulez parler au monde entier, parlez de votre village ». J’ai donc parlé de ce que je connaissais le mieux : l’Estaque. C’est ensuite que le fait de tourner toujours au même endroit m’est apparu comme un geste politique, consistant à dire que tous les problèmes du monde se retrouvaient au même endroit. Je pouvais alors raconter toutes les histoires du monde à l’Estaque, aussi bien qu’à Liverpool ou à Valparaiso. Donc au fond, ce geste là, consistant à dire : « je peux raconter toutes les histoires du monde où que je sois », est devenu face à la mondialisation, face à des choses de ce type là, un acte de résistance. Donc peu à peu, je me suis efforcé de rester à l’Estaque pour continuer à démontrer que l’universel n’existe pas en dehors du particulier.

Cinéaste engagé
Mon père était ouvrier. Je suis né dans un quartier ouvrier. Je me suis donc toujours imaginé avoir une responsabilité d’être, au sens strict du terme, au sens presque technique et mécanique, leur porte-parole. C’est-à-dire, puisque moi j’ai le langage, je peux parler à la place de ceux qui ne parlent pas ou pas assez souvent. Donc bien entendu c’est un geste qui est à fois subjectif, irrationnel, plus fort que moi et à la fois objectif, militant, politique. Et c’est justement parce que je me suis investi de cette « mission », que j’ai fait des films. Parce qu’il me semblait nécessaire d’en faire. Il fallait que quelqu’un parle de tout ça. Sans cela, j’aurais peut être trouvé ce travail là, celui du cinéma beaucoup plus vain, beaucoup plus inutile et donc il ne m’intéresserait pas. Le cinéma que j’aime est un cinéma qui est d’une utilité aussi forte. Par utilité je parle d’un cinéma qui nous aide à vivre parce qu’il nous aide à questionner et à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Je pense que je n’aurais peut être pas fait de cinéma si je n’avais pas eu cette nécessité, cette urgence, liée à mon origine sociale.

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Mémoire des oubliés
J’ai toujours parlé d’une cinémathèque de la rue. Parce qu’il existe dans les cinémathèques, des films qui ont été tournés dans les rues depuis toujours. Je veux dire de Manoel de Oliveira en 1930, à Luis Bunel et même des films qui m’ont marqué, je pense à des films de Pasolini, de Fassbinder, de Ken Loach et qui sont aussi dans les cinémathèques. Les cinémathèques en général et la cinémathèque française en particulier ont toujours eu un côté rebelle, un peu révolutionnaire et j’allais dire pas très académique.

La culture ouvrière
Je crois que ça n’existe plus, du tout. Je crois que ça a entièrement disparu et que le monde occidental ne fonctionne plus désormais que sur un seul modèle. Je trouve ça assez horrible d’ailleurs, mais on vit dans une société comme ça, un peu mollassonne, dans laquelle effectivement au fond tout le monde veut consommait un petit peu plus, travailler plus pour gagner plus comme disait un certain Sarkozy. Donc c’est vrai, qu’il n’existe plus cette culture ouvrière comme elle se présentait à la fin du XIXe, ou au début du XXe. C’était une culture d’opposition. C’était une culture qui proposait une autre manière de vivre, qui ne voulait pas vivre comme vivaient les bourgeois. La culture ouvrière, à ses débuts, ne voulait même pas participer à la société bourgeoise. La culture ouvrière a trimballé des choses comme l’idée par exemple qu’il ne fallait pas aller à l’école, qu’il ne fallait pas apprendre la langue de l’ennemi, qu’il ne fallait pas manger de la même de la manière, se vêtir de la même de la manière ou qu’il ne fallait pas devenir contremaître, ni même ingénieur. La culture ouvrière quand elle existait, était une culture qui s’opposait. Elle n’a pas existé très longtemps d’ailleurs, dans l’histoire. Il faudrait relire les ouvrages sur cette question, pour avoir plus de détails. Mais bon, même si je pense qu’aujourd’hui, il y a forcement des restes, par-ci par-là, des petits bouts de cette culture, je crains effectivement que le capitalisme, sous sa forme que nous le connaissons dans les sociétés démocratiques, a définitivement triomphé. Nous sommes donc dans un monde où nous partageons tous, les mêmes valeurs, pour utiliser un mot que beaucoup emploient sans jamais dire de quelles valeurs il s’agit.

On se regroupe, comme dans Marius et Jeannette par exemple, pour retrouver le ciment de cette culture ouvrière et mieux affronter les difficultés du quotidien ?
Bien sûr, c’est une sorte de commémoration : mettons-nous ensemble et souvenons-nous de comment cela était. Essayons même, à notre mesure, de conserver des choses qui nous tiennent à cœur. Mais ce que je disais auparavant était très général, ça ne veut pas dire que par-ci par-là, il n’existe pas des cours comme chez Marius & Jeannette ou des cabarets comme dans A la vie à la mort. Ça doit exister. Il reste toujours des îlots de résistance ici ou là !

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Conscience de classe
Pour faire plus simple que de parler de classes sociales, je dirai qu’il existe des riches et des pauvres, ça c’est sûr. Par contre, ce qui est sûr aussi, c’est qu’on parlait de culture et qu’on pourrait aussi parler de conscience de classe, pour reprendre la terminologie marxiste classique. Bien entendu que la conscience de classe a énormément disparu, mais parce que les gens qui composent, les milieux défavorisés, ne sont pas ensemble dans les mêmes pratiques quotidiennes. Ils ont du mal à se constituer en classes parce qu’ils sont tous atomisés, comme on disait dans les 60’s, ils sont individualisés, ils travaillent pour eux. Et au sein même d’ailleurs du processus de production puisqu’il y a des grandes unités de productions, des milliers d’ouvriers avec de moins en moins de syndicats. Il en va de même dans leurs pratiques quotidiennes, dans leurs quartiers, dans leurs villes ou leurs villages. Tout cela a énormément changé. Donc une conscience de classe n’a pas les conditions matérielles pour apparaître aujourd’hui.

Anticipation de la fin tragique des utopies
Je crois que cette anticipation est la manifestation du rapport de l’art au réel. J’ai tout simplement parlé de la fin des utopies parce que j’en souffrais. C’est parce que j’étais très malheureux de la disparition de tout ce dont on parlait là : culture, conscience de classe, que j’ai essayé de pointer ce qui continuait à exister ou ce qui pourrait continuer à exister ou même ce que nous pourrions fabriquer ailleurs, à un niveau non plus national, mais local. Parce que je crois effectivement que c’est de manière plus locale que des choses peuvent se passer. Donc c’est vrai que ces questions là m’ont énormément travaillées. Et je les ai énormément travaillées parce que cela m’a travaillé personnellement. J’ai été atteint par ça. Je pourrai presque dire que la fin de l’utopie communiste, de l’idée communiste du monde, est pour moi, plus grave dans la manière dont ça a dissout du lien social que comme alternative. Parce que si vous voulez, les partis communistes français ou italiens, étaient d’énormes mouvements d’éducation populaire. Et cela a totalement disparu aujourd’hui.

Le succès populaire comme meilleure récompense
Absolument et contrairement à une idée très répandue en France, il n’y a pas de malentendu dans le succès que j’ai eu. C’est-à-dire qu’au contraire je suis très bien entendu. J’étais très content que Marius & Jeannette soit un tel succès public parce que je fais des films pour le public.

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Victime de votre propre mythologie
Dès qu’on voit arriver Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride et Gérard Meylan, le film est déjà politique. La plupart des gens qui ont vu ces personnages là, ces acteurs là, dans mes films précédents, les renvoient effectivement à leur histoire dans mes autres films. Je suis donc presque obligé d’en tenir compte pour continuer à raconter des histoires. D’ailleurs les trois personnages de Lady Jane sont trois personnages nés dans un quartier ouvrier de Marseille, donc forcément ils trimballent des choses de mes autres films. À part que se sont trois délinquants parce que c’est film de genre. Mais vous voyez, c’est presque malgré moi aujourd’hui. Alors si j’en suis victime, c’est victime très consentante puisque j’utilise cette lecture là qu’on fait de mes films, pour continuer à raconter des histoires.

Un cinéma de groupe
La chose que je peux le plus comparer à la manière dont je fais du cinéma, c’est la troupe de théâtre. Une troupe au sens où l’on sait que l’on écrit pour tel acteur et pas tel autre. Je pense ici, toutes proportions gardées, à Shakespeare ou Molière qui étaient aussi des porte-parole de leur troupe. Car, pour moi, celui qui écrit n’a pas plus de mérite, mais vole sans arrêt des choses à celui qui interprète.

Lady Jane ou les retrouvailles
Il y a eu Le promeneur du champ de Mars et Le voyage en Arménie qui m’ont fait partir un peu loin de Marseille. Donc j’avais envie de retrouver mon quartier, Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride, Gérard Meylan et de les confronter au genre policier. Revenir à Marseille, revenir un peu aux origines, même si je ne m’en étais pas beaucoup éloigné, c’était ça, en fait, le premier enjeu du film. Et puis ça faisait très longtemps que je voulais travailler le genre aussi, tout le monde a toujours eu envie de faire un film dont dès le début on attend la fin. Ça m’avait toujours excité de faire un film de ce type et là c’était le bon moment.

Agat Films ou l’indépendance
C’est incontestablement beaucoup plus de liberté et une meilleure maîtrise des projets. Une chose très simple, là par exemple, cette rétrospective à la Cinémathèque est possible parce que je suis propriétaire de tous mes films. Et puis, je crois que l’indépendance est une chose tout à fait essentielle. Il faut donc, soit se la constituer soi-même, ce que j’ai fait avec quelques amis puisqu’il s’agit d’un collectif, soit travaillé avec des indépendants. Du coup, on produit aussi quelques films, parce qu’il faut aider à la réalisation de films hors de ce que le marché attend. D’ailleurs, le moment le plus glorieux pour un producteur, n’est-il pas de voir son film « hors du marché », rencontrer le succès ?

lage-dhomme.jpgFilm français

Réalisation : Raphaël Fejtö
avec Avec Romain Duris, Aïssa Maïga, Clément Sibony

Date de sortie : 12 Septembre 2007

Distribution : UGC

Synopsis : Samuel a 30 ans. Ex-célibataire endurci, il prend peur au moment de s’engager sentimentalement. Il se donne alors vingt-quatre heures pour décider s’il va rompre ou non avec cette femme qu’il aime.

Second long métrage de Raphaël Fejtö, L’âge d’homme peint avec une délicieuse ironie l’angoissante métamorphose d’un éternel adolescent trentenaire en adulte assumé. Oscillant frénétiquement entre sketches boutonneux et observations fines, ce portrait de la génération Ikea désarme puis ravit en un tour de main.

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Je vais bien, ne t’en fais pas

Une histoire d’amitié et de complicité
Romain Duris : En septembre, ça fera 20 ans que nous nous connaissons !
Raphaël Fejtö : On s’est rencontré en 4ème. J’avais 13 ans et j’étais heureux de découvrir un complice de déconnade. Très vite, on s’est mis à écrire, à dessiner, ou à faire de la musique ensemble, ce qui a forgé notre complicité.
Romain Duris : Et c’est plus tard, que Raphaël Fejtö à été le premier à avoir l’idée et l’envie de filmer les sketches ou les conneries qu’on composait.
Raphaël Fejtö : A 18 ans, j’ai acheté ma première caméra, à l’époque c’était un HI8, avec l’argent que j’avais gagné, 6 ans auparavant, en jouant dans Au revoir les enfants de Louis Malle. J’ai passé mon bac et j’ai commencé à écrire et à réaliser mon premier moyen métrage : 56 fois par semaine, dans lequel jouait déjà Romain Duris. C’était une espèce de prémices de Osmose (2004) qui était un prémices de L’âge d’homme (2007), lui même prémices de beaucoup d’autres choses. Mais, pour moi, la question d’utiliser ou pas Romain Duris ne s’est même pas posée. Je voyais en lui une sorte de phénomène. Il avait cette énergie qui vous donne envie de le filmer et je sentais déjà qu’il aimait se mettre en scène. Ça m’a donc paru aussi naturel de le filmer que de me lancer dans le cinéma. C’était ma source d’inspiration première depuis mes 15 ans ! Alors, si Romain Duris a aujourd’hui le premier rôle dans L’âge d’homme et apparaît dans presque tous les plans du film, c’est bien sûr par amitié, par complicité, mais c’est aussi parce qu’il est capable d’un milliard de choses. Du coup, on a pu se permettre d’improviser et d’introduire quelques sketches qui n’étaient pas écrits, comme Leonard de Vinci faisant du hip-hop, par exemple.

Un rôle d’éternel adulescent
Romain Duris : Disons que je l’ai incarné dans les films de Cédric Klapisch et de Raphaël Fejtö, peut être. Mais, cette image d’adolescent plutôt « cool » qui me colle à la peau, c’est vous qui me la renvoyez. Alors que quand je choisi des rôles, c’est toujours avec le cœur et parce qu’il y a un fond qui m’intéresse.
Raphaël Fejtö : Beaucoup confondent l’acteur Romain Duris et les personnages qu’il incarne à l’écran. Je pense que c’est un quiproquo qui est né avec le film de Cédric Klapisch : Le péril jeune (1994), où il incarnait un personnage un peu foufou, très proche de lui puisqu’ils avaient 18 ans et partageaient cette même légèreté de la vie. Mais par la suite, Romain à toujours choisi des rôles, qu’ils l’intéressaient et non par proximité. Quand il a du jouer le rôle de Xavier dans L’auberge espagnol (2002), il l’a interprété avec le même sérieux que son personnage dans le film de Jacques Audiard, De battre mon cœur s’est arrêté (2005). C’était déjà un vrai travail d’acteur qui à mon avis était passé un peu à l’as.

Mélange des genres
Raphaël Fejtö : C’est vrai que j’ai féminisé les rôles masculins, à commencer par le personnage de Romain, à qui j’ai prêté des préoccupations ou des postures que l’on a l’habitude de réserver aux femmes. Ça m’amusait assez de jouer avec ces clichés machistes. Aujourd’hui je crois que les femmes s’assument beaucoup plus qu’il y a une ou deux générations. Elles ont conquises un peu du pouvoir qui, jusque là, était réservé aux hommes. Et heureusement d’ailleurs! Mais, en parallèle, on constate que les hommes assument de plus en plus leur féminité. Alors, à savoir s’il y un lien de cause à effet, entre ces deux faits, je vous laisse seul juge. Mais c’est vrai que, du coup, dans ce film, les personnages féminins paraissent plus mures, plus solides dans leur boulot, plus « homme » quelque part. Après tout, c’est peut être un peu pour cela qu’il y ce bordel, qu’à force d’être « féminisés », les hommes mettent de plus en plus de temps à s’engager et à devenir adulte. C’est peut être parce qu’on reste à la fois dans un monde plus féminin et enfantin à la fois.
Romain Duris : Je pense que les hommes, sont plus lent à sortir de cette adolescence prolongée. A 30 ans ou 34 ans, ils sont encore un peu indécis. Ils continuent d’imaginer comment vivre leur vie le mieux possible.

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Construction chaotique pour génération en perte de repères
Raphaël Fejtö : Ma plus grande ambition sur ce film était de juxtaposer des scènes drôles avec des scènes extrêmement touchantes ou tristes. Donc effectivement, j’ai contrebalancé certaines réflexions par des sketches. Mais vous savez, je ne cherchais pas à faire un constat sur le monde, sans quoi je serais sociologue. Je suis simplement réalisateur. J’ai la trentaine et je m’inspire des choses que je vis. J’aime mes contemporains. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir de l’ironie, et sur moi le premier. Mais plus simplement, j’ai effectivement conçu ce film comme un joyeux bazar, résumant bien ce qui se passerait dans le cerveau sous pression de mon personnage. Je voulais raconter 24 heures de sa vie, mais pas d’une manière classique. Si mon film s’appelle L’âge d’homme, c’est avant tout une blague.

Un casting cosmopolite décomplexé
Raphaël Fejtö : Il n’y a ni calcul, ni démagogie. Je cherchais une actrice, et il se trouve que la meilleure était Aïssa Maïga. Je n’essayais pas de représenter la mixité culturelle actuelle puisqu’au départ, ce rôle était écrit pour une fille blanche et blonde. Mais, je n’ai rien changé au scénario et je crois que c’est ce qui a ajouté une pointe de modernité au film. Car ici, ce qu’il y a de plus contemporain c’est qu’on ne parle pas de sa couleur de peau. Ce n’est jamais un problème, c’est comme ça, point. Je crois que ça m’a évité de tomber dans les clichés. Pourtant, même si mes producteurs ont accepté Aïssa Maïga, je ne prétendrai pas que le monde du cinéma s’est enfin ouvert aux minorités.
Romain Duris : Ce serait même faux de prétendre cela. J’ai des potes comédiens qui sont de couleur et qui ont moins de travail que les autres. Il n’y a pas plus d’ouverture dans le cinéma qu’ailleurs.
Raphaël Fejtö : Prenez aussi Rachid Djaïdani qui joue le personnage de Mounir dans le film. Au départ son personnage devait s’appeler Julien. Ce rôle n’était d’ailleurs pas du tout prévu pour lui au moment de l’écriture. Je lui ai proposé le rôle plus tard, et c’est lui, au moment du tournage, qui est venu me dire qu’il aimerait mieux porter un nom qui lui correspondrait plus. Sur le coup je n’y avais même pas pensé, mais au final, ça lui a fait extrêmement plaisir de jouer d’une part, un rôle loin des clichés et des stéréotypes auxquels on le cantonnait et d’autre part, de porter un prénom qui lui corresponde. L’appeler Julien, c’était une autre manière de le franciser et donc de le mettre dans un moule. Là, il s’appelle Mounir! Mais je trouve grave d’en arriver là en 2007! Mon rêve, ce serait que, tout d’un coup, tous comprennent que Aïssa Maïga écrit aussi gros que Romain Duris dans un film, ça marche !

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