octobre 2007


Week-end Berlin Alexanderplatz à La Cinémathèque de Toulouse, le vendredi 26, le samedi 27 et le dimanche 28 octobre. Retrouvez l’intégrale de cette série phare de Fassbinder sur grand écran !

berlin.jpg 

D’une durée hors norme : 15 heures découpées en 14 épisodes (13 épisodes et un prologue pour être précis), Berlin Alexanderplatz n’est pas simplement le film le plus ambitieux du cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder. Il constitue l’obsession d’une vie celle du réalisateur face à l’œuvre de ce medecin devenu écrivain: Alfred Döblin, auteur du roman du même nom publié en 1929, qui inspira cette série. Un livre épais, disponible en poche chez Folio Gallimard et dont l’impact littéraire en Allemagne serait comparable à celui de Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline, en France. Un roman clef dans l’histoire du cinéma français contemporain puisque c’est en coécrivant en compagnie du cinéaste René Féret une adaptation de ce livre d’Alfred Döblin que Robert Guédiguian fit ces premiers pas dans cet univers. Malheureusement, ce projet ne pu voir le jour, les droits du livre ayant déjà été acquis par un jeune cinéaste allemand, très prometteur.

Tourné pour la télévision entre 1979 et 1980, Berlin Alexanderplatz décrit la vie des bas-fonds de Berlin aux jours sombres de la République de Weimar en suivant le destin tragique de Franz Biberkopf. Un homme qui dès sa sortie de prison (pour le meurtre de sa femme) décide de commencer une nouvelle vie, une vie honnête. Mais la société n’entend pas laisser un homme seul choisir ainsi sa destiné !

Considéré comme sa plus grande réalisation, Berlin Alexanderplatz est une oeuvre moderne, un immense film, fidèle à un immense roman. Tout le monde en convient. Pourtant cette œuvre devient rare. Peu diffusée, oubliée à la mort du réalisateur en 1982, jamais édité en VHS, le film s’abîme, se dégrade.

berlin2.jpg

Peut on laisser mourir et disparaître un tel héritage cinématographique ?
C’est la question que se posa Juliane Lorenz, monteuse de Berlin Alexanderplatz et présidente de la Fondation R.W. Fassbinder. La réponse était évidente : impossible de laisser perdre un élément extraordinaire de l’histoire cinématographique allemande. Aussitôt, elle dirigea le projet de restauration de cette œuvre. Une restauration numérique longue, complexe qui permit de créer pour la première fois une copie fidèle aux choix esthétiques du réalisateur, et de tirer des copies neuves 35 mn ainsi que des masters HD pour la télévision et les DVD. En Allemagne, le film fut diffusé pour la première fois sur la chaîne publique ARD le 12 octobre 1980, à raison d’un épisode par semaine. Une époque où la plupart des téléviseurs étaient encore en N&B, ce qui minimisa la violence picturale du travail de Fassbinder. De plus, tourné en 16mn et en couleurs, le film devait perdre sa lumière si particulière lors de son transfert au format de diffusion télé. Considéré alors comme trop sombre la série fut programmée plus tardivement en soirée, perdant ainsi un public considérable. Peut de personnes ont donc pu assister à l’épilogue de cette série cloturant cette adaptation sur une orgie de séquences délirantes (crucifixion, humains menés à l’abattoir ou combats de rue).
Donc, plus qu’une restauration il s’agit ici d’une véritable redécouverte de cette adaptation radicale de l’oeuvre de Döblin, supervisée par Schwarzenberger, directeur de la photo du film.

Un pari fou qui trouva écoute et appuie en France chez l’éditeur Carlotta films, à qui l’on doit déjà la sortie en DVD et en salles d’une grande partie de la filmographie de R.W. Fassbinder, figure emblématique du nouveau cinéma allemand. Son directeur : Vincent Paul Boncour, décida alors de sortir parallèlement courant octobre Berlin Alexanderplatz dans un prestigieux coffret de 6 DVD facilement disponible contre une cinquantaine d’euros, tout en proposant à des salles de cinéma du secteur non commercial de projeter sur grand écran l’ensemble de cette série phare. Une initiative audacieuse, cohérente avec sa politique d’édition des œuvres du cinéaste, dont le cinéma ne peut qu’en sortir grandi.

R.W. Fassbinder tourne avec une rapidité déconcertante. En l’espace de treize années, il est l’auteur d’une quarantaine de films pour la télévision et le cinéma. Il réveille pour ainsi dire le cinéma allemand des années soixante-dix. Or, si à première vue sa filmographie est d’une grande diversité, elle n’en révèle pas moins une certaine cohérence. Ainsi déclarait-il dans le journal Le Monde du 17 avril 1981 : « j’espère vivre assez longtemps pour réaliser une douzaine de films qui recomposeraient l’Allemagne dans sa globalité, telle que je la vois. Chacun représenterait une étape, même si l’ordre chronologique n’est pas respecté…je cherche en moi où je suis dans l’histoire de mon pays, pourquoi je suis allemand ».
Après Despair (1977), Berlin Alexanderplatz s’attache à nous montrer le visage de la société allemande avant l’arrivée au pouvoir du IIIe Reich.

Mais Berlin Alexanderplatz n’est pas pour autant une carte postale historique de l’Allemagne. C’est une œuvre noire, dense, intense, oppressante, d’une extrême richesse visuelle. Proche du cinéma expressionniste par le jeu très théâtralisé des acteurs (des acteurs et collaborateurs fidèles que le cinéaste a réunis sur ce projet), le rendu des couleurs (très aggressives), de la lumière, Berlin Alexanderplatz apparaît comme une lecture personnelle et radicale du livre de Döblin. Plus qu’un film, c’est une expérience visuelle et sensitive unique, propre à déconcerter encore aujourd’hui.

berlin3.jpg

Un week-end avec Franz Biberkofpt à la Cinémathèue de Toulouse?
Si l’aventure vous tente, La Cinémathèque de Toulouse vous propose, ce week-end, à savoir du 26 au 28 Octobre, dans le cadre du rendez vous Le bonus, le film et le DVD, l’intégrale Berlin Alexanderplatz. C’est un événement, un marathon et une expérience cinéphilique assurément sans égal. A noter qu’il vous sera possible de voir chaque épisode dans l’ordre que vous souhaiter (un résumé étant prévu au début de chaque séance) et rien ne vous oblige à visionner l’ensemble de l’œuvre.

sans-titre.jpgRencontre avec Vincent Paul Boncour, directeur de Carlotta Films et de Natacha Laurent, déléguée générale de la Cinémathèque de Toulouse

Vous pouvez écouter l’émission Klr-Obscur # 03, spéciale Berlin Alexanderplatz en la téléchargeant ici.

[En cliquant sur ce lien, une page Internet MegaUpload s’ouvrira. Entrez les lettres dans la case correspondante, puis faites OK. Ensuite il faut patientez quelques secondes (le temps du décompte). Puis cliquez sur download, et choisissez l’emplacement du fichier mp3 sur votre disque dur.]

Bonne écoute !

Saluons ici une nouvelle fois l’audace de Carlotta qui sortira début Novembre 2007, un magnifique coffret DVD sur le cinéaste Douglas Sirk, dont l’œuvre mélodramatique a fortement inspiré celle de F.W. Fassbinder.

SUPPLÉMENTS DVD
Regards sur le tournage (1980 – Couleurs – 44 mn)
un film de Hans-Dieter Hartl
Un document d’époque exclusif sur le tournage de Berlin Alexanderplatz.
Berlin Alexanderplatz : un film somme et son histoire (2007 – Couleurs – 65 mn)
un film de Juliane Lorenz
Près de trente ans après sa réalisation, une commémoration autour de Berlin Alexanderplatz
agrémentée de nombreux entretiens avec notamment Günter Lamprecht, Hanna Schygulla…
Regards sur la restauration (2006 – Couleurs – 32 mn)
un film de Juliane Lorenz
Où comment Berlin Alexanderplatz a été restauré en Haute Définition.
Un regard inédit sur le film somme de R.W. Fassbinder, complété par de nombreux entretiens.
Exemples de restauration (7 mn)
Un comparatif avant/après restauration.
Galerie de photos
Résumés des épisodes II à XIII (non restaurés) (4 mn)
Les résumés des épisodes précédents, présentés lors des diffusions à la télévision.
Bande-annonce de Berlin Alexanderplatz Remasterisé

le-coeur-des-hommes-2.jpgComédie française

Réalisation : Marc Esposito
avec Bernard Campan, Gérard Darmon, Jean-Pierre Darroussin

Distribution : Pathé Distribution

Date de sortie : 24 Octobre 2007

Synopsis : Alex, Antoine, Jeff et Manu, quatre amis, quatre ans plus tard. Leurs rapports avec les femmes, leur amitié, leurs secrets partagés, leurs sentiments de culpabilité, leur volonté de changer, de s’améliorer…

Film sans audace ni surprise, Le cœur des hommes 2 se déguste sans ennuie mais sans saveur non plus. Seul les fans du premier volet retrouvons avec plaisir leurs quatre inséparables quadra, mollement ballottés par les femmes et les tumultes de la vie. Une suite voulue plus drôle par son réalisateur mais qui bien vite se teinte d’une douce mélancolie portée par la sublime musique de Cat Power.

le-coeur-des-hommes-2a.jpg

Vincent, François, Paul et les autres

Un film de génération
Marc Esposito : De génération, je ne sais pas, mais d’époque, oui. C’est vrai que si vous prenez Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet, ce film montrait trois amis qui venaient d’à peu près la même classe sociale. Mais c’était il y a maintenant plus de 30 ans. C’est clair qu’ils avaient une façon d’avoir 40 et 50 ans qui n’est plus la même qu’aujourd’hui. Je pense que l’on vit dans un monde où les générations ne sont plus séparées. Moi j’ai 55 ans donc quand j’avais 10 ou 15 ans, les enfants ne mangeaient pas à la même table que les parents dès qu’il y avait des invités par exemple. On ne s’habillait pas dans les mêmes endroits, on n’écoutait pas la même musique, alors qu’aujourd’hui ma fille me pique mes disques, on va achèter nos fringues dans les mêmes magasins, on voit les mêmes films et on partage beaucoup de choses. Donc ça a entraîné une sorte de rajeunissement des adultes, malgré eux. Mais ce n’est pas du jeunisme. C’est juste qu’on baigne dans un univers qui est plus fait pour les jeunes qu’avant. Donc, ça crée une façon d’avoir 40 ou 50 ans qui est différente d’il y a quelques décennies.

Un film d’hommes
Marc Esposito : Le film parle d’un groupe de copains qui s’épaulent face aux difficultés de la vie. Quand ça fait 30 ans qu’on aime trois potes, ils finissent par prendre une très grande place dans votre vie, parce qu’ils étaient là quand vous avez eu votre premier enfant ou quand vous avez divorcé. Mais c’est vrai aussi que le temps qu’on passe avec ses potes, c’est du temps qu’on ne passe ni avec sa femme, ni avec ses enfants. Or, tout le monde réclame beaucoup d’amour. Là c’est quatre mecs qui essayent de concilier tout, d’avoir une vie amoureuse tout en ayant une vie au côté de leurs copains. Alors c’est vrai que le film montre beaucoup de moments où ils sont ensemble, mais si on regardait en détail leur emploi du temps, on verrait qu’ils ne se voient qu’une fois par semaine pour jouer au loto et une fois tous les 15 jours pour écrire leur dictionnaire. Je voulais montrer ici l’intimité des hommes dans une relation d’amitié. L’intimité des femmes, je ne me sens pas légitime donc je n’en parle pas.

Un film de retrouvailles
Bernard Campan : Dans la rue, on me disait souvent bravo pour Le cœur des hommes. Beaucoup d’hommes en particulier qui se sentaient très touchés par cette histoire d’amitié qui dure. Il y a vraiment eu quelque chose de fort. Et si je suis revenu à l’histoire c’est parce que j’avais envie de retrouver mes copains, mais aussi parce qu’il y a avait sur le papier la possibilité de faire vraiment un très bon 2. Si on avait estimé que le scénario n’était pas bon, on n’y serait pas allé.

le-coeur-des-hommes-2c.jpg

Un film pas comme les autres
Marc Lavoine : Ce n’est pas un film comme les autres, parce que c’est un film de retrouvailles, c’est un film d’équipe où tout le monde se retrouve. Les gens qui sont devant la caméra et ceux qui sont derrière aussi. Mais c’est aussi des retrouvailles avec notre public. Et Marc le dit souvent c’est un film très inspiré par des séries comme Friends par exemple ! D’ailleurs au début, on pensait faire de ce film une série télé. Là, cette idée est abandonnée, mais on se dirige peut être sur un projet d’adaptation théâtrale.

Le cœur des hommes 3
Marc Esposito : J’ai eu immédiatement le sentiment en racontant l’histoire de ces quatre personnages, qu’un seul film ne suffirait pas. D’ailleurs ce second volet, j’y pense depuis des années. J’ai en écris une première version, un peu moins d’un an après la sortie du 1. En revanche, la mise en chantier du 3 s’avère plus difficile à entreprendre. J’ai fait le 2 parce que je me sentais capable de faire mieux que le 1. Mais aujourd’hui, ça me fait un peu peur d’envisager un 3, même si je pense que je m’y collerai un jour. Je ne veux ni trahir mes personnages, ni devenir moraliste. Ce sont des freins à l’écriture d’un 3, que je n’avais pas pour le 2.

Une part d’improvisation
Bernard Campan : Marc Esposito a une vraie souplesse : il y a des choses qu’il ne veut pas qu’on touche à moins de le convainque du contraire, et il y en a d’autres sur lesquelles il dit allez y j’écoute et on discute.
Marc Esposito : Ce travail où les acteurs m’apportent des idées, il se fait en amont. On discute, on fait des lectures, mais après sur le plateau, il n’y a jamais d’improvisation. Tout est écrit avant.

Un éléphant ça trompe énormément me trottait dans la tête
Marc Esposito : Forcément que j’y pensais, mais j’avais quand même conscience de faire un film plus sérieux. Un éléphant ça trompe énormément ou Nous irons tous au paradis, ce sont des pures comédies de bout en bout. Mais c’était plus à titre de comparaison. Dans le 1, je râlais parce que je n’avais pas trouvé d’idée aussi forte et aussi drôle que Brasseur qui casse tout le restaurant en faisant l’aveugle. Donc dans le 2 je suis dit que ce serait bien de trouver un équivalent. Et donc dans celui-ci, il y a une ou deux scènes qui témoignent de l’envie de faire rire plus fort. Que se soit la scène des gifles, celle du doublage ou la croupière derrière le rideau, c’est des scènes plus comiques que ce qu’il y a avait dans le 1.

Des chansons plus qu’une musique originale
Marc Esposito : J’aime les chansons dans les films. Le cinéma américain le fait beaucoup. Je ne suis pas fanât des films où il n’y a que de la musique originale, c’est très français. Effectivement, Claude Sautet le faisait beaucoup notamment avec Philippe Sarde. Pourtant j’aime beaucoup Béatrice Thiriet, j’aime beaucoup son travail. Mais déjà, pour Dans la beauté du monde où elle avait composé une musique symphonique classique superbe, j’avais quand même mis beaucoup de chansons. Les chansons apportent du réalisme au film en intervenant dans toutes les scènes où on est censé en entendre dans la vie quotidienne. Quand Bernard Campan va chercher son fils, il écoute de la musique, donc il y a Mika. Ainsi, je cumule mon envie de réalisme et mon plaisir de spectateur.