novembre 2007


affichef.jpgFim français

Réalisation : Serge Bozon
avec Sylvie Testud, Pascal Greggory, Guillaume Depardieu

Distribution : Shellac

Date de sortie : 21 Novembre 2007

Synopsis : Automne 1917. Au loin, la guerre bat son plein. A l’arrière, Camille, une jeune femme, vit au rythme des nouvelles de son mari parti au front. Un jour, elle reçoit une courte lettre de rupture. Bouleversée, elle décide de se travestir en homme pour le rejoindre. Elle rencontre une troupe de soldats et s’apprette à les suivre.

D’une beauté formelle ahurissante, La France prend un malin plaisir à balader le spectateur entre films d’amour et de guerre. Radical et musical, ce vagabondage en bleu et blues, auréolé du Prix Jean Vigo 2007, envoûte. Rencontre avec Serge Bozon, cinéaste singulier.

la-france-1.jpg

La patrouille perdue

Est-ce que c’est un film de guerre ?
Serges Bozon : C’est un film sur la guerre, et plus on avance, plus sa présence devient prégnante. Mais en même ce n’est pas un film de guerre au sens où on n’est pas sur le front. On ne film pas des gens qui se battent. La présence de la guerre est toujours à la limite du hors champs. La violence n’est pas ici un élément du décor. Elle n’arrive que très tard et s’exprime contre des civils. Donc au fond, il s’agit d’un film de guerre itinérant croisé avec une intrigue romanesque.

Est ce que c’est le film d’une troupe en construction ?
Pendant 45 minutes on n’a l’impression que ce sont des gens qui marchent. C’est l’envoûtement du voyage. Puis d’un coup la présence de la guerre remonte et le film devient plus tendu. Les enjeux physiques augmentent et le groupe s’unit de plus en plus alors qu’on croit de moins en moins à leurs possibilités de s’en sortir.

Pourquoi ce parti pris narratif ?
J’ai une horreur viscérale de l’académisme dont les films de guerre pâtissent beaucoup. J’avais donc pensé ce film comme une machine de guerre contre cet académisme. Je l’ai construit comme une comédie musicale, avec la même prise de risque : celle de choquer une partie du public. J’ai voulu tenter des choses très expressives, très criardes.

la-france-2.jpg

La musique de Benjamin Esdraffo est inattendue dans un film de guerre
Les mélodies sont une synthèse de la popsike anglaise et de la sunshine pop californienne. C’était le meilleur hommage que je pouvais rendre aux films de guerre anglo-saxons de Walsh ou Fuller construits autour d’une petite unité en mouvement. Les titres sont joués ici en son direct dans la nature, sur des instruments de fortune. Or, loin d’être anodines, ce sont ces chansons qui font exister l’unité du groupe.

Il faut accepter de se laissez perdre, pour rentrer dans le film ?
Je crois, d’ailleurs les chansons servent aussi à ça. C’est une manière de donner le La, c’est comme un sésame. Elles remplacent bien des paroles. Si vous acceptez la chanson, vous pouvez accepter beaucoup de choses après. Même sans effets de merveilleux, il y a une dimension de conte voulue ici.

Pourquoi l’appeler La France ?
Pour 4 raisons. 1ère raison, j’aime les titres simples, c’est plus accrocheur. Deuxièmement, s’il y a bien un genre de film dans lequel le pays où l’on vit est un personnage, c’est le film de guerre, parce qu’on est censé défendre son pays. Troisièmement, dans un film, le plus important c’est ce qu’on voit à l’image. Or là, on est 99% en extérieur. Ce qu’on voit, c’est le paysage français donc la France. Et quatrième raison, c’est 14-18, une guerre que la France a gagné, mais je ne filme pas les vainqueurs, mais ceux qui se sont perdus dans les ombres de la victoire.

 sans-titre.jpg

Pour aller plus loin, je vous propose d’écouter cette rencontre avec Serge Bozon, ainsi q’une intervew de Benjamin Esdraffo responsable de la musique du film. A télécharger ici.

[En cliquant sur ce lien, une page Internet MegaUpload s’ouvrira. Entrez les lettres dans la case correspondante, puis faites OK. Ensuite il faut patienter quelques secondes (le temps du décompte. Puis cliquez sur download, et choisissez l’emplacement du fichier mp3 sur votre disque dur.]

Le thème musical du sujet est signée The Olivia Tremor Control.  Quant aux pose musicale, elle sont extaites de la BO du film.

 Bonne écoute !

Léone Jaffin
Professeur d’économie à l’université du Massachusetts et de New York, Léone Jaffin est à l’origine de la création du premier département d’économie en anglais à l’université de Nanterre. Femme dynamique aujourd’hui retraitée, elle a produit des films, écrit des scénarios et publié un livre sur la cuisine et la culture des juifs d’Algérie.
Sa rencontre avec Mary Meerson, dont la relation d’amitié constitue la basse même de cet ouvrage, eu lieu en 1977, à la mort d’Henri Langlois.

pot-au-feu-2.jpgLe Pot-au-feu de Mary Meerson
Par Léone Jaffin, éditions la Différence, 256 p., 20 euros.

Le Pot-au-feu de Mary Meerson dresse le portait subjectif d’un personnage de légende, gardien du temple de la cinéphilie mondiale : Mary Meerson. Compagne d’Henri Langlois depuis 1940, elle est « celle qui a construit avec lui la célèbre cinémathèque française ». Charismatique, redoutable négociatrice, découvreuse de talents, Mary croquée ici dans les dernières années de sa vie, se voit clouée au lit, énorme, les mains et l’oreille rivées à son fameux téléphone rouge. De sa voix grave et chantante, elle appelle les quatre coins du monde dans la langue de ses interlocuteurs, aux heures les plus incongrues.
C’est ainsi, que victime d’un des ses coup de fil matinaux, Léone Jaffin, arrache à Mary Meerson, en guise de plates excuses, la recette de son fameux Pot-au feu. « Il me faut plus de trois heures disait-elle pour l’expliquer ! ». Une conversation marathon de plus de quatre heures où, de digressions en digressions, l’intérêt culinaire se voit bien vite supplanté par celui pour le cinéma.
Et c’est là que réside tout le talent de Léone Jaffin : elle arrive à faire parler Mary Meerson d’elle-même. Un événement, car en véritable battante, Mary ne cessa d’œuvrer pour le 7ème art, au point de s’effacer devant sa passion. Impossible donc dans ces conditions de s’imaginer rédiger ses mémoires. Elle n’en a pas le temps, trop de travail. Et surtout elle demeure trop discrète pour parler d’elle.
L’intérêt de ce livre est donc double : en cherchant à retrouver Mary Meerson, Léone Jaffin donne l’occasion à d’autres de découvrir ou redécouvrir cette iconoclaste exilée russe menant de main de maître la cinémathèque. S’il existait à la Cinémathèque française, comme l’a écrit Jean Cocteau, « un dragon qui veille sur nos trésors », ce serait sûrement elle.

henri-langlois.jpgMais elle permet surtout à toute une génération de revivre cette épopée de la cinémathèque française. Car si aujourd’hui, il convient de parler d’institution, et ce sentiment s’amplifie avec le déménagement dans les nouveaux locaux de Bercy, il est bon de se rappeler que ces débuts s’effectuèrent sous le signe de la passion et du bénévolat. Une institution généreuse qui forma tous les cinéastes des années 1950 et 1960.

Le couple Meerson-Langlois connut vingt ans de prestiges, avant d’être proprement viré par l’administration, en 1968. Un épisode connu sous le nom de l’affaire Langlois. Les derniers à goûter au fameux Pot-au-feu de Mary Meerson ont donc été les grévistes venu défendre leur Cinémathèque.

Retour sur l’itinéraire artistique d’une femme exceptionnelle qui allait écrire une des pages de l’histoire du cinéma. Cette rencontre avec Léone Jaffin reste l’une des plus folles et des plus enthousiasmantes réalisées à ce jour.

sans-titre.jpgUne émission à télécharger ici.

[En cliquant sur ce lien, une page Internet MegaUpload s'ouvrira. Entrez les lettres dans la case correspondante, puis faites OK. Ensuite il faut patientez quelques secondes (le temps du décompte). Puis cliquez sur download, et choisissez l'emplacement du fichier mp3 sur votre disque dur.]

Bonne écoute !

Next Page »