Samouraï7 : Toshifume Takizawa (2006)
janvier 21, 2008
Jean-Pierre Dionnet fait une nouvelle fois preuve de clairvoyance en distribuant, via sa toute jeune structure : Asian Star, une nouvelle réussite de l’animation japonaise, SAMOURAÏ7. Produite par le talentueux Studio Gonzo, à qui l’on doit LAST EXILE ou le sublime GANTZ, SAMOURAÏ7 est une relecture prodigieuse des Sept Samouraïs de Akira Kurosawa.
Un projet ambitieux, voire titanesque. Car on ne s’attaque pas impunément au chef d’œuvre de Kurosawa. Considéré aujourd’hui par beaucoup comme un monument du 7ème art, la simple pensée de l’adapter relève du sacrilège. Pourtant, d’autres cinéastes comme John Sturges avec Les Sept Mercenaires ou plus récemment Tsui Hark et son superbe Seven Swords, réussirent à en proposer des variantes qui n’avaient pas à rougir devant l’original. Mais le projet de Toshifume Takizawa est pus fou. En effet, le cinéaste ne propose pas une variation mais bien une relecture de l’œuvre qu’il compte décliner en une série de 26 épisodes de 30 minutes chacun. L’intrigue reste donc identique à celle de Kurosawa, à savoir la recherche et l’engagement de 7 samouraïs par des villageois désespérés, assaillis et affamés par une horde de pillards. Comme dans le film, le riz, céréale de base d’une population et monnaie d’échange, constitue l’un des personnages centraux de l’histoire. Là où l’anime prend ses distances avec l’œuvre de Kurosawa, c’est dans l’époque où l’intrigue se déroule.
Si Les Sept Samouraïs s’inscrit dans un Japon féodal reconstitué avec soin et véracité, SAMOURAÏ7, lui préfère un univers plus flou. Ici, les paysans traditionnels et les samouraïs côtoient des robots géants, des bandits armés de fusils d’assaut retranchés sous d’épaisses carapaces métalliques. Très original, très cohérent, ce mélange des genres opérés de main de maître par le prestigieux studio Gonzo, dont la fascination pour la technologie et les mecha en particulier prend ici toute son ampleur en constituant un des points forts de cette série.
Kurosawa Production, la société détentrice des droits du film initial, présidée d’ailleurs par la propre fille d’Akira Kurosawa, ne s’y trompa pas. Emballée par le scénario et les premières images, c’est avec sa bénédiction que le projet vit le jour.
Tourné en Haute Définition, chaque faramineux épisode de SAMOURAÏ7 coûte près de 300 000 $, soit un budget astronomique pour un animé. Mais la qualité est-elle au rendez-vous ? Et bien oui, disons qu’avec GANTZ, SAMOURAÏ7 est mon second gros coup de cœur de l’année 2006. C’est la découverte d’une série addictive, portée par un scénario intelligent, un visuel soigné et une animation d’une fluidité rare. Comme GANTZ, la série est produite par le studio Gonzo. Si on y retrouve cet incomparable savoir faire du mélange de 2D et 3D, qui donne des plans de caméras et une vitesse d’exécution des scènes de combat ahurissante, ces deux OAV diffèrent totalement sur la forme.
Moins claustrophobe que GANTZ, SAMOURAÏ7 fait la part belle à des paysages d’extérieurs. Le traitement et la mise en scène de la nature ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les travaux du Studio Gibli et de Miyazaki en particulier. Le village, ses terres cultivées, les montagnes et les forêts enivrent. Les couleurs, les plans longs et lents s’opposent à merveille aux scènes de combat rapides et violentes. Il en va de même pour les décors urbains traités comme des paysages de nature. La technologie n’y ai pas agressive, mais baignée d’une lumière douce, la ville surprend par sa grandeur, sa profondeur.
Mais là où cette production brille une nouvelle fois, c’est par son intelligence et son engagement politique. Car SAMOURAÏ7 n’est pas une série violente. Bien au contraire, sa vison et les questions qu’elles posent rappellent les travaux d’un cinéaste américain très influencé par Kurosawa et trop vite accusé de faire l’apologie de la violence : Sam Peckinpah. Ici, la violence ne se regarde pas, elle se ressent. Il suffit de voir le début des combats entre samouraïs et bandits. Sept homme muent par la défense de paysans asservis tranchent à tout va. Les ennemis, mauvais par définition, tombent comme des mouches. Les paysans heureux de voir le mal terrassé, prennent alors conscience que derrière ses amures ce sont des hommes qui meurent. Leurs yeux n’expriment alors que le dégoût d’eux-mêmes.
Film sur la fin des héros, ces samouraïs, aussi attachants et charismatiques soient-ils, ne sont plus que des tueurs, fruits d’une époque révolue, celle des guerriers. Avec la fin de la féodalité, l’arrivée de la paix, l’avenir appartient désormais aux paysans et aux commerçants. Le temps des marchands vient de supplanter celui des guerriers. Qu’importe l’issue de cette bataille, ces samouraïs livrent ici leur dernier combat, un combat perdu d’avance.
Entry Filed under: Asian Star, Chronique DVD, Cinéma asiatique. .




Trackback this post | Subscribe to the comments via RSS Feed