février 2008


chtis.jpgComédie française

Réalisation : Dany Boon
Avec Kad Merad, Dany Boon, Zoé Félix

Distribution : Pathé Distribution

Date de sortie : 27 février 2008

Synopsis : Philippe Abrams est directeur de la poste de Salon-de-Provence. Il est marié à Julie, dont le caractère dépressif lui rend la vie impossible. Pour lui faire plaisir, Philippe fraude afin d’obtenir une mutation sur la Côte d’Azur. Mais il est démasqué: il sera muté à Bergues, petite ville du Nord. Pour les Abrams, sudistes pleins de préjugés, le Nord c’est l’horreur, une région glacée, peuplée d’êtres rustres, éructant un langage incompréhensible, le “cheutimi”. Philippe ira donc seul.

Acteur, réalisateur, et scénariste de cette comédie autobiographiquo -parodique truculente, Dany Boon impose à tous un cours accéléré de chtimi qui devrait égayer les cours d’écoles. Une méthode quelque peu lourde mais efficace. Rencontre avec le fada du Nord-Pas-de-Calais.

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Les bons vivants

Comment est née l’idée de ce second long métrage ?
Dany Boon : Ça fait longtemps que j’avais envie de réaliser Bienvenue chez les ch’ti. Seulement, avant de me lancer, je voulais voir si j’étais capable de réaliser un premier film. J’avais peur de me planter avec ce projet qui me tenait tellement à cœur. Parce que ce n’est pas qu’une comédie, c’est un film très personnel. J’y parle de mon enfance, de ma mère et de la région dans laquelle j’ai grandi : le Nord. Ça a vraiment été un choc de partir à Paris, et de voir que les gens n’étaient pas comme chez moi. J’ai plutôt mal vécu ces différences de mentalité et de culture. Depuis, le temps a passé, mais j’avais envie de parler de ma région.

C’est votre mission de faire aimer le nord ?
Dany Boon : J’ai été très marqué par cette région, par la mentalité de ces habitants, par ma famille. Mais, je ne me suis pas dit tient faisons un film sur le Nord pour faire aimer la région. Même si les français en ont une vision très négative, ce qui m’intéresse c’est de montrer l’humanité et la générosité des ces gens. D’ailleurs, tous les acteurs qui jouent en ch’ti sont du Nord. Ils sont tous très accueillants. C’est ça la culture ch’ti, c’est quelque chose de très fort et ce film était l’occasion de le montrer à travers la comédie. Mais je n’ai surtout pas cherché à faire un film régionaliste. Je ne voulais pas d’un héros qui soit du Nord mais quelqu’un qui découvre la région. En l’occurrence Kad. C’est lui le personnage principal. Après, je me joue des clichés. Pourtant, beaucoup de gens du Sud ont cette vision terrible du Nord. Donc, si on peut faire changer les mentalités en divertissant, c’est formidable.

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L’écriture d’un film est-elle différente de celle d’un sketch ?
Dany Boon : Un film doit pouvoir se résumer en une phrase alors qu’un sketch, c’est impossible. Le film, je peux vous dire que c’est l’histoire d’un homme du Sud qui est muté dans le Nord. La phrase est là. C’est une sorte d’invitation à rire et à raconter des choses. Après, on n’a plus qu’à rechercher des situations en trouvant des idées originales. C’est là que l’on se rapproche le plus de l’écriture d’un sketch. Mais même ici, je laisse peu de place à l’improvisation. Tout est très écrit, y compris les scènes de groupe.

Le film s’inspire t-il des grands duos comiques du cinéma français ?
Dany Boon : Avec Kad, on nous compare souvent à Bourvil et De Funès, même si ça me surprend. Je pense que cela vient du fait que ce film n’est pas influencé par le cinéma américain comme la plupart des comédies françaises récentes. Je ne cherche pas à en mettre plein la vue. C’est une histoire simple, avec des gens simples comme on faisait à l’époque, sans méchanceté et sans vulgarité. Si les gens rient et sont émus par ce film, c’est que je l’aurai réussi.

par.jpgFilm français

Réalisation : Cédric Klapisch
Avec Juliette Binoche, Romain Duris, Fabrice Luchini

Distribution : Mars Distribution

Date de sortie : 20 février 2008

Synopsis : Pierre est malade. Il risque de mourir. Inquiet, il porte un regard différent, distancié sur les parisiens qu’il croise et qui l’entourent. Sa solitude, le fait d’envisager la mort, le rapproche d’une sœur trop éloignée. Pierre redécouvre la vie du haut de son appartement, celle des autres et celle d’une ville entière. Des maraîchers, une boulangère, une assistante sociale, un danseur, un architecte, un SDF, un prof de fac, une mannequin, un clandestin camerounais… constituent Paris.

Plus mature, plus ambitieux que ces précédentes réalisations, Paris, ravira les amateur de l’univers feutré et théâtral de Cédric Klapisch. Les autres se contenteront d’assister à un divertissement sensible, voire “lelouchien”, servi par un casting élégant, dans un Paris trop caricatural. Rencontre avec un réalisateur parisien et fier de l’être.

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Haut le(s) Coeur(s)

Pourquoi cet hommage ?
Cédric Klapisch : Après avoir réalisé beaucoup de films dont l’action se situait à Paris, j’avais besoin de lui rendre hommage. C’est ma ville et je me sentais redevable vis-à-vis d’elle. Et puis Paris, c’est la vie, c’est aussi ça le message du film.

Quel quartier vous fait vibrer ?
Cédric Klapisch : Ce n’est pas un mais des quartiers. Parce que contrairement à d’autres capitales européennes, il n’y pas un mais des centres. On peut se dire que St germain, Le Marais, Montmartre, ce sont des centres. Ce qui me fait vibrer, c’est le côté vivant de Paris. Certaines banlieues proches peuvent devenir des centres comme Montreuil et ses pôles culturelles forts, donc il y a dans Paris quelque chose de très évolutif.

Comment filmer Paris ?
Cédric Klapisch : Au feeling parce quand on se lance dans un tel projet, il y a beaucoup d’écueils à éviter à commencer par la carte postale. J’ai donc filmé ma ville le plus simplement possible. J’ai seulement tenu à prolonger ce qui faisait le sel de mes films précédents, tout en m’interrogeant sur le temps qui passe. J’ai donc choisi de faire ce film en automne qui représente une certaine tristesse et paradoxalement quelque chose de très flamboyant avec ses couleurs et sa lumière.

Peut on comparer Paris à un village ?
Cédric Klapisch : On est obligé pour vivre dans cette ville gigantesque de se fabriquer un village, sinon c’est inhumain. J’ai l’impression que chaque parisien et c’est encore plus vrai pour les gens qui arrivent à Paris, doivent adopter ce tempérament de village. On a sa boulangerie, son bistrot. D’ailleurs quand on démange, on est souvent triste de quitter son quartier et ses commerçants.

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Une ville aux milles visages ?
Cédric Klapisch : Chaque acteur incarne un visage de Paris. Je voulais parler de l’immigration, de la mode, des intellectuels, de la danse ou des maraîchers. Paris est une ville de contrastes mais avec finalement peu de mixité sociale. Je voulais donc montrer, avec ces gens de la mode qui vont à Rungis, qu’il y a des milieux qui essayent de se mélanger, qui s’encanaillent. Toutes ces différences constituent l’âme de Paris.

Romain Duris acteur central ?
Cédric Klapisch : Au départ j’avais peur qu’il n’accepte pas de jouer un personnage aussi introverti et au contraire ça l’a excité. Il a réussi à construire cet homme dense, plein de profondeur, à même d’émouvoir et de faire rire. C’est lui, avec sa maladie qui structure toute l’histoire.

Pourquoi ce kaléidoscope musical ?
Cédric Klapisch : J’ai toujours choisi des musiques préexistantes pour mes films. Là, Je voulais qu’elle soit à l’image la ville. Un mélange de différentes tendances pour accentuer le côté mosaïque du film. Paris ce n’est pas que de l’accordéon, il y a un peu d’Afrique, un peu de jazz.

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Une rencontre diffusée le 20 févrirer, à télécharger ici.

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Bonne écoute !

ruche.jpgFilm culte espagnol

Réalisation : Victor Erice
avec Ana Torrent, Isabel Telleria, Fernando Fernan-Gomez

Distribution : Carlotta Films

Date de sortie : 06 février 2008

Synopsis : Castille, 1940. Un cinéma itinérant projette Frankenstein de james Whale dans un petit village montagneux. Les enfants sont fascinés par le monstre. Parmi eux, Ana, 8 ans, se pose mille et une questions sur ce personnage terrifiant. Sa grande soeur, Isabel, prétend alors avoir rencontré l’esprit de Frankenstein rôder non loin du village. Ensemble, les deux soeurs s’inventent un univers parallèle pour fuirent la réalité de leur quotodien.

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Magnifique regard sombre sur l’enfance et ses mystères, L’esprit de la Ruche est une classique inégalé du cinéma espagnol à redécouvrir de toute urgence. Projection sur Toulouse au Cinéma Utopia.

Né n 1940, Victor Erice est un cinéaste rare. Un artisan minutieux et discret. Un artiste dans la ligné d’un Terence Malick. Il suffit de découvrir, L’esprit de la Ruche, premier long métrage du bonhomme pour s’en convaincre. Rarement l’enfance n’avait été ainsi montrée au cinéma. Sans fioriture, sans cliché. Ici le regard du cinéaste est sombre, inquiétant. Tout est ici filmé du point de vue de Ana. Les paysages immenses et grandioses de la Castille l’entourent, l’englobe, la domine. Le mystère suinte littéralement de sa quotidienneté. Un point de vue narratif qui donne au film un sentiment de fantastique. Pas étonnant que L’esprit de la Ruche soit un des films de chevet de Guillermo Del Toro. Un film qui fascina aussi Carlos Saura, qui écrira un rôle sûr mesure à la toute jeune Ana Torrent dans une autre oeuvre majeure du cinéma espagnol : Cria Cuervos.

cortex.jpgThriller français

Réalisation : Nicolas Boukhrief
avec André Dussollier, Marthe Keller, Julien Boisselier

Distribution : Wild Bunch Distribution

Date de sortie : 30 Janvier 2008

Synopsis : Un flic retraité, à la mémoire défaillante, intègre une maison de repos spécialisée et commence à suspecter des crimes dans l’établissement.

5 ans après Le Convoyeur, Nicolas Boukhrief, s’entoure de la même équipe pour réaliser Cortex, polar puzzle angoissant sur fond de maladie d’Alzheimer. Porté par André Dussollier tout en retenue, ce huit clos silencieux séduit par sa singularité et son humilité. Rencontre avec un réalisateur et une scénariste happés par l’ampleur de leur sujet.

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Une affaire d’identité

Comment vous est venue l’idée de mélanger polar et Alzheimer ?
Frédérique Moreau : On pensait orienter le film vers le fantastique. On s’est donc mis à évoquer ce qui nous faisait le plus peur, à savoir perdre la mémoire. Le scénario s’est alors modifié. L’aspect polar, très marqué du début, s’est peu à peu dilué en découvrant cette maladie, les patients et les gens qui la traitent.
Nicolas Boukhrief : C’est drôle la mémoire, ce dont je me souviens, c’est que l’on voulait tous les deux faire un film sur des gens d’une génération au dessus de la notre. Très vite, on est parti sur un polar et Alzheimer est venu bien plus tard.
Frédérique Moreau : On voulait vraiment s’orienter vers un film de genre. D’ailleurs, dès les premières versions, on a cherché à représenter les hallucinations du malade. Puis Nicolas a préfère la sobriété en refusant de montrer quelque chose auquel on n’accède pas.
Nicolas Boukhrief : Comme pour Le convoyeur, c’est en enquêtant qu’on s’est retrouvé confronté à des réalités humaines qu’on ne soupçonnait pas. J’ai été tellement frappé par l’humanité de ces personnes, que tout l’aspect gothique a disparu. Le film s’est énormément adouci, il a mûri.

Le fantastique revient par bribes ?
Nicolas Boukhrief : Le film devait nous permettre de ressentir le monde à travers les yeux de quelqu’un atteint d’Alzheimer. C’est un film sur la sensation, sur l’émotion et pas du tout intellectuel. Mais on ne pouvait qu’aller vers le fantastique puisqu’on travaille sur une vision altérée du monde.

Le giallo est une source d’inspiration ?
Nicolas Boukhrief : Oui, avec cette idée de qui est le tueur. Effectivement, c’est un genre auquel on a pensé. D’ailleurs la première version du film était plus giallo, au sens graphique du terme, avec plus de meurtres. Puis quand on a découvert la réalités d’Alzheimer, il est devenu giallo uniquement dans le fait que le giallo représentante toujours des meurtres dans un milieu donné : la mode, la politique…

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André Dussollier s’est-il imposé dès le scénario ?
Nicolas Boukhrief : Dès qu’on a commencé l’écriture, j’ai pensait à lui. Il avait une certaine beauté, de la prestance et de la classe. Il fallait à la fois un acteur que tout le monde connaisse et qui en même temps ne soit pas habitué à ce genre de premier rôle. Quelqu’un qu’on n’a pas vu trop souvent pour rentre son personnage crédible et attachant. Dussollier répondait parfaitement à ces exigences. Au début, on nous a dit de prendre Delon, mais ça ne m’intéressait pas de faire Le samouraï a Alzheimer (rires) !

C’est lui qui imprime sa lenteur au film ?
Nicolas Boukhrief : C’est le rythme qu’il a imposé au personnage. Vous savez, on ne filme toujours que le rythme de l’acteur. Et c’est la façon dont il a abordé la maladie aussi. Mais c’est une des données fondamentale de ces endroits la lenteur, la douceur du son.
Frédérique Moreau : Et puis on est dans le tête du personnage donc on perçoit tout comme lui.

Quelles est la symbolique du Rubik’s cube ?
Nicolas Boukhrief : C’est une invention de Titoff, le comique marseillais. Il y a 5 ans, je devais réaliser une comédie, une espèce de film à la John Waters et Titoff, qui n’était pas très connu à l’époque, était d’accord pour le faire. Le personnage principal était un serial killer complètement explosé qui avait un comportement manique avec un objet à définir. Et Titoff m’avait dit à l’époque, pourquoi pas un Rubik’s cube, qui serait comme un animal pour lui et là il est partit dans un ce ces délires où il parlait et jouait avec le Rubik’s cube. Ce film ne s’est jamais fait, mais j’avais gardé cette idée dans un coin de ma tête et au moment de Cortex, je cherchais un objet qui fasse travailler la mémoire au personnage de Dussollier et j’ai pensé au Rubik’s cube. Ce n’est que plus tard qu’on s’est rendu compte que l’on donnait réellement cet objet aux personnes atteintes d’Alzheimer quand elles avaient des moments de stress. Ça les détend. D’ailleurs, c’est même le logo d’une association de malade d’Alzheimer.

Le travail des autres acteurs
Nicolas Boukhrief : Ils étaient tous très préparés et ont tous pris cela très au sérieux. Il y avait comme une sorte de contrat moral sur ce film. On savait tous qu’il fallait être très précis pour ne pas faire injure aux gens qui étaient concernés directement par la maladie. On est content puisque jusque là, les médecins qui ont vu le film trouvent que la représentation d’ Alzheimer est juste, qu’on ne caricature pas. Donc pour moi, le contrat est atteint. Le reste, les entrées, c’est une autre affaire. Je crois qu’au départ on a sous estimé cette matière et qu’au font c’est elle qui nous a embarquée.

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Une rencontre diffusée le 30 janvier, à télécharger ici.

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La musique utilisée sur le montage de l’interview est extraite de la BO du film composée par Nicolas Baby.

Bonne écoute !

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Cofondateur avec Christophe Gans de la revue de cinéma culte Starfix, Nicolas Boukhrief signe avec Cortex son 4ème long métrage. Après le succès public et critique de Le Convoyeur (2003), thriller économe sur fond de drame social, le cinéaste refuse la facilité. Cortex est un film lent, angoissant et oppressant. Un huit-clos doté d’un univers graphique très personnel et d’un rythme étonnant. Le temps y semble dilaté. La lente évolution de la maladie, la désagrégation de la mémoire, l’effet des calmants, semblent imprimer leur rythme à l’action. La mise en retrait de la musique, les longues plages de silence inquiètent et hypnotisent. Dussollier, impeccable et touchant, déambule, se débat dans cet univers cotonneux, combat la perte de sa mémoire ainsi que son agresseur potentiel en lisant et prenant des notes.Documenté, filmé au plus près des malades, Cortex nous plonge dans un labyrinthe ouateux, pour une partie de cache-cache mortel.

Pour info, il y a 860 000 malades d’Alzheimer aujourd’hui en France et 225 000 de plus chaque année (source : Association France Alzheimer)