mars 19, 2008
Il y a longtemps que je t’aime : Philippe Claudel (2008)
Posted by Patrice Chambon under Cinéma français, InterviewRéalisation : Philippe Claudel
avec Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Hazanavicius
Distribution : UGC
Date de sortie : 19 mars 2008
Synopsis : Pendant 15 années, Juliette n’a eu aucun lien avec sa famille qui l’avait rejetée. Alors que la vie les a violemment séparées, elle retrouve sa jeune soeur, Léa, qui l’accueille chez elle, auprès de son mari Luc, du père de celui-ci et de leurs fillettes.
Après le succès littéraire des Ames grises, Philippe Claudel délaisse un temps la plume pour passer derrière la caméra et mettre en image une histoire personnelle et poignante. Sensible et pudique ce coup d’essaie est une réussite. Rencontre avec un cinéaste en devenir.
Le poids d’un secret
Pourquoi êtes-vous passé à la réalisation ?
Philippe Claudel : Depuis l’enfance j’ai toujours aimé cette forme d’expression artistique. Comme spectateur d’abord puis comme apprenti fabriquant en fin d’adolescence. Je faisais parti d’une université où se développait un département de cinéma. On était 20 à 30 à vouloir écrire réaliser, jouer ou monter. On a fait pas mal de courts métrages. Puis les années ont passées, j’ai mis le cinéma de côté avant de le retrouver il y a une dizaine d’années avec Yves Angelo. Il m’a demandé d’écrire avec lui, une histoire qui servit de synopsis au film Sur le bout des doigts. Puis j’ai travaillé comme scénariste avant de concevoir ce projet cinématographique. Quand je l’ai écrit, je ne me voyais pas le donner à qui que soit. Il était donc clair que j’essayerai de la réaliser.
Quels sont les liens entre cinéma et littérature ?
Philippe Claudel : J’aime bien les symboles, les métaphores filées, les thématiques qui rebondissent, comme ici celle de l’eau ou de l’enfermement. Donc des constructions qui sont effectivement littéraires. Après, j’ai beaucoup réfléchi aux cadrages. J’ai établi des compositions très strictes, que je dessinais avant de tenter de les mettre en œuvre. Donc faire un film revient à tout anticiper. Alors que le plaisir du roman c’est de ne rien préparer, de se laisser aller dans le texte avec ses personnages sans rien préméditer, se laisser surprendre. Ce sont deux états d’esprits assez différents.
Avez-vous pensé à Krinstin Scott Thomas & Elsa Zylberstein au moment de l’écriture ?
Philippe Claudel : Elsa est une amie, donc le personnage de la jeune sœur a été écrit pour elle. Je l’ai rendue un peu maladroite, malhabile, mais c’est du sur mesure. Quand à Kristin, ce n’est qu’une fois le scénario terminé, et après casting que j’ai pensé à elle. C’est une actrice de grand talent, mais qui est sous-employée dans le cinéma français. Je trouvais intéressant de lui offrir un grand rôle. J’aime cette expressivité qu’elle a, à la fois, dans son visage et dans son jeu. Ici, elle agit comme un révélateur. Son retour au sein de cette famille modèle va peu à peu dévoiler les malaises et les souffrances en sommeil.
Ces instantanés de vies sont-ils le fruit du regard de l’écrivain ?
Philippe Claudel : Mon but est de trouver les moyens les mieux adaptés pour exprimer ce que je ressens profondément. Parfois, c’est le roman, parfois le cinéma, mais je ne peux pas dire que j’ai deux vie : une d’écrivain et une de cinéaste. Quand je ne fais ni film, ni livre, je suis quelqu’un comme tout le monde, qui regarde, écoute et ressens des choses. Après, ce monde que j’absorbe se cristallise dans mes créations. Je ne pense donc pas qu’être écrivain aide à faire un film, même celui-là. C’est simplement le témoignage de ma sensibilité.


