avril 2008


En ce mois d’avril 2008, la filmographie du réalisateur japonais Hideo Gosha se voit une nouvelle fois mise à l’honneur, avec l’édition de 6 nouveaux titres jusque là inédit en zone 2. Et contre toute attente, ce n’est pas HK Video qui s’y colle, en publiant un quatrième volume Rônins et Yakuza, mais bien Wild Side Video, éditeur historique du cinéaste qui publia en 2001, une de ses œuvres maîtresses : Goyokin (1969). La qualité du travail de restauration effectué sur cette copie ainsi que sur ces dernières parutions laisse présager du meilleur pour ses copies à venir qui devraient se voir agrémentées de bonus précieux. Pour le packaging, pas de coffret annoncés mais 6 DVD vendus à l’unité.

Wild Side propose ainsi cinq des derniers films du cinéaste, réalisés dans les années 1980, et centré autour de l’univers des geishas et des yakuzas. A savoir : Dans l’ombre du loup, La proie de L’homme, Tokyo Bordello et Femme de Yakuza. Quand au 6ème titre, il s’agit de l’édition en 2 DVD, d’un film de sabre monumental et totalement inédit de Hideo Gosha : Hitokiri réalisé la même année que Goyokin. Le second DVD lui, ne contiendra que des bonus ahurissants dont de nombreuses interviews de personnes ayant participées à la réalisation de ce film comme le chef opérateur Fujio Morita ou de gens ayant simplement côtoyées le réalisateur à commencer par sa fille Tomoe Gosha, le réalisateur Masahiro Shinoda, ou encore Mark Schilling, critique et auteur du livre Yakuza Movie Book.

De quoi ravir les aficionados de Hideo Gosha, rare cinéaste japonais dont quasiment 80% de la filmographie est devenu disponible en DVD en l’espace de quelques années.

Ces 20e Rencontres Cinémas d’Amérique Latine s’achèvent avec éclat sur un palmarès brillant accompagné d’un succès d’estime croissant.

Plus qu’un festival, ces rencontres sont une course effrénée contre le temps. Trop de films, trop de lieux de diffusion. On s’émerveille, on se perd dans les méandres de cette programmation. On parle, on échange. Mais c’est décontenancé par la fadeur du film de clôture, Partes Usadas du mexicain Aaron Fernandez (où qui plus est le jeune acteur Eduardo Granados vole la vedette à Alan Chavez), que l’on s’achemine vers leur dénouement.

Une déconvenue vite oubliée devant la qualité du Palmarès de ces 20e Rencontres qui salue brillement la créativité et la maturité de ces cinémas étonnants. A commencer par la remise du Grand Prix Coup de Cœur et du prix FIPRESCI de la première œuvre à Cochochi, long métrage mexicain de Laura Guzman et Israel Cardenas, pour son originalité narrative et le regard tendre qu’ils portent sur ces 2 jeunes indiens Tarhumaras. Tourné loin des villes et presque entièrement en raramuri, ce voyage initiatique a déjà obtenu de nombreuses récompenses. Pourtant, le Prix du Public, ainsi que celui des 313 bénévoles, sont venus couronner une oeuvre plus dense et éminemment politique : Agnus Dei de Lucia Cédron. Un premier long métrage teinté d’éléments autobiographiques qui interroge le passé de l’Argentine à partir de son présent pour entrevoir l’avenir d’une génération. A noter, que le film sera visible en salle dès le mois de mai prochain, pour une sortie nationale.

Le jury de la critique française a décidé quant à lui de récompenser la vitalité du jeune cinéma mexicain en partageant le prix découverte entre le joviale Quemar las naves de Francisco Alba pour sa maîtrise et le très âpre mais superbe Donde estan sus Historias ? de Nicolas Pereda pour son inventivité. Une œuvre rugueuse, brute qui a décontenancé le public toulousain mais qui pourtant reste le souvenir le plus magique de ce festival.

Plus léger, El Camino, envoûtant road movie entre Nicaragua et Costa Rica de Ishtar Yasin Gutiérrez à obtenu le rail d’oc. Parmi les courts métrages, c’est Como todo el mundo de Franco Lolli et Hoy no estoy de Gustavo Taretto qui ont séduit les jurys. Quant aux documentaires c’est Romance do vaquiero voador du brésilien Manfredo Caldas qui remporte les honneurs alors que Un tigre de papel se contente d’un prix spécial du jury.

Enfin, le Prix Cinéma en Construction Toulouse 2008, destiné à l’aide à la post-production de films prometteurs, s’est vu attribué à l’unanimité du jury à Tony Manero du chilien Pablo Larrain. En attendant de retrouver ces réalisations en salle, saluons ici la qualité du palmarès des ces 20ème Rencontres, qui par son refus de l’élitisme, rend merveilleusement compte de la diversité de ces cinémas du bout du monde. Une gageure pour ce festival devenu essentiel.

Jusqu’au 6 avril 2008, les Rencontres des Cinémas d’Amériques Latine de Toulouse fêtent leurs 20 ans. Deux décennies de découvertes, de curiosité cinématographique, de révélations de jeunes talents et d’ouverture en direction des pays latinos déjà célébrées par un public toujours plus nombreux.

B-Happy

limite-2.jpgRythmé par la batucada effrénée de Samba Résille et Blocodaqui, curieux et cinéphiles se sont déhanchés jusqu’à la Cinémathèque bondée pour se déshydrater avant de découvrir, en avant première, le long métrage brésilien chargé d’inaugurer ces Rencontres : Maré, nossa historia de amor.

Réalisé par Luciat Murat, ce film nous assénait l’histoire d’amour de deux adolescents sur fond de guerre des gangs au cœur d’une favela de Rio. Mêlant chansons, danse et RnB, cette relecture de Roméo et Juliette façon Un, Dos, Tres avait de quoi déstabiliser une salle comble. Un choix de la légèreté et du formatage télévisuel en ouverture d’autant plus étonnant qu’il ne reflète nullement l’exigence de la programmation à venir.

Il serait ainsi regrettable, sous prétexte que l’œuvre vient elle aussi du Brésil et qu’elle est produite par Tv Globo et Rain de bouder A Pedra do reino de Luis Fernando Carvalho. Le réalisateur de A la gauche du père, propose ici un projet hors norme, tournée sans acteur connus, et visuellement ahurissant. La profusion de couleurs, la luxuriance des costumes, l’exubérance des décors, la caméra portée à l’épaule et sa projection unique en HD, en font incontestablement l’événement de ces 20ème Rencontres.

Et comment ne pas regretter que la salle ne fut qu’au ¾ pleine pour la projection de l’envoûtant chef d’œuvre restauré du cinéma brésilien : Limite. L’heure tardive de sa programmation, le retour de températures hivernales ? Seul certitude, ce muet de Mario Peixoto est unique, moderne, sublime, dense et poétique. Arraché des limbes du temps, la pellicule en porte encore les stigmates, brûlées, incomplètes, mais quelle découverte. C’est une page du cinéma mondiale qui vient d’être restituée.

Mais au fond, le plus bel hommage au travail fournit durant toutes ces années n’a t-il pas eu lieu avant l’ouverture du festival, avec la présence en sortie nationale d’un film Uruguayen issu de la sélection Cinéma en Construction : Les toilettes du pape ? Un superbe premier long métrage satirique sur la venue du pape dans le pays, réalisé par César Charlone et Enrique Fernadez. Si peu de film nous parviennent de l’Uruguay, et pour cause « depuis 4 ou 5 ans nous faisons 3 films par an. Mais d’ici cette année nous devrions avoir 4 fois plus d’argent qu’actuellement pour faire des films avec le vote d’une loi sur le cinéma et le mécénat » nous confiait Enrique Fernadez. 2 autres films Uruguayens sont à déguster pendant le festival : Matar a todos de Esteban Schroeder et 25 Watts.

Et puis, il faut découvrir Mutum, film brésilien douloureux et mutique sur l’enfance, parcourir l’hommage aux 4 jeunes visages du cinéma latino, et se laisser happer par l’immensité de cette programmation. Quand à la remise des prix elle s’effectuera le samedi 5 avril, non plus à l’abc désormais fermé, mais au Gaumont, avec une rediffusion exceptionnelle des films récompensés le lendemain.

disco.jpgComédie populiste aussi couteuse que peu drôle

Réalisation : Fabien Onteniente
avec Franck Dubosc, Emmanuelle Béart, Gérard Depardieu

Distribution : Studio Canal

Date de sortie : 2 avril 2008

Synopsis : Didier Travolta, 40 ans, vit au Havre dans le quartier populaire du Grand Large chez sa maman : Madame Graindorge. Pour offrir des vacances à son fils Brian, 8 ans, qui vit en Angleterre avec sa mère, il décide de rendosser le costume à paillettes. En effet, pour sa renaissance, la “Gin Fizz Academy” offre au vainqueur un voyage pour deux en Australie. Pour y arriver, il décide de reformer le dream team du disco : les BEE KINGS, et surtout reprendre des cours de danse.

Si avec Disco, la musique semblait le plus à redouter, c’était sans compter sur l’omniprésence horripilante d’un Franck Dubosc en roue libre heureusement contrée par le jeu un plus en retenue d’Emmanuel Béart et Samuel Le Bihan. Rencontre avec l’équipe d’un film en surrégime.

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Abus de confiance

Pourquoi ce thème ?
Fabien Onteniente : Après Camping, j’ai eu envie de retravailler avec Franck Dubosc sur un autre projet lié à nos souvenirs. Un jour il m’a raconté qu’à 17 ans il dansait le disco et se présentait à des concours de danse. Le disco, ça m’a de suite parlé. C’est nos premières sorties, nos premières rencontres avec les filles et nos premiers râteaux. C’est les années frime, les années avant sida et les années d’insouciance avec ces looks incroyables qui brillaient sur le dance floor. Donc on a eu envie de réunir tout ça dans un film. Et, il m’a suffit de voir Franck habillé en pattes d’éléphants et paillettes pour débuter l’aventure.

Qu’est ce qui vous a attiré dans ce projet ?
Emmanuelle Béart : C’est d’abord une rencontre humaine. J’ai aimé la façon dont Fabien voulait raconter cette histoire avant même de connaître mon rôle. C’est quelqu’un qui évite la caricature parce qu’il connaît les gens dont il parle et qui a beaucoup de tendresse pour ces personnages. Tout cela je l’ai trouvé dans l’écriture de Disco. Quant à France Navarre, ce n’est pas un personnage comique. Ce qui la rend drôle, c’est qu’elle est totalement abasourdie par sa rencontre avec Didier Graindorge. Sa gestuelle, son comportement la laisse sans voix. Je n’ai donc pas cherché à faire rire mais simplement à ressentir ce que pouvait vivre cette femme face à une type comme ça.

Le choix de Samuel Le Bihan est-il lié à sa performance dans Jet Set ?
Fabien Onteniente : On a l’avantage de se connaître et d’avoir travaillé ensemble, pourtant, je lui ai quand même demandé de faire des essais pour voir s’il pouvait intégrer cette équipe des Bee Kings. Ce n’était pas facile de lui demander ça, mais il a joué le jeu. Il est arrivé tout humble et quand le chorégraphe a mis la musique, je me suis aperçu qu’il dansait vachement bien. Après comme docker il est parfait !
Samuel Le Bihan : Je n’ai jamais pris de cours. Je danse en boite, sans oser vraiment, mais là, je me suis libéré.

Une comédie sociale et populaire ?
Fabien Onteniente : Quand j’ai pensé Disco, je voulais que les paillettes contrastent avec le port, le travail, la grisaille d’une ville ouvrière. On me parle beaucoup de Podium ou de Full Monty mais on ne cite jamais La fièvre du samedi soir. Alors que l’histoire de ce film c’est celle d’un mec de petite condition, issu d’une famille italienne, qui va briller dans sa boîte. Mais, je n’ai pas attendu Disco pour faire des comédies populaires. Mes premiers courts métrages, étaient déjà des comédies. J’aime les films de Gérard Oury ou de Claude Zidi, parce que ça me parle. La comédie c’est mon moyen d’expression.
Samuel Le Bihan : Mais c’est aussi un film sur l’amitié, un vrai film populaire qui transporte des valeurs qui nous parlent à tous.