Frayeurs : Lucio Fulci (1980, Neo Publishing)

octobre 19, 2006 at 9:21 Laisser un commentaire

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Film majeur du cinéma gore, Frayeurs, est une expérience visuelle et sensorielle difficilement oubliable !

Peu de temps avant la Toussaint, un prêtre se pend dans le cimetière de l’église de la petite ville de Dunwich, ouvrant ainsi l’une des portes de l’enfer. Aussitôt les morts viennent tourmenter les habitants de cette paisible bourgade. Aidée d’un reporter, une jeune medium new-yorkaise décide alors de tout mettre en œuvre pour refermer cette porte et sauver ainsi l’humanité.

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Si pour vous le cinéma d’horreur, est incarné par des réalisateurs sympathiques comme Wes Craven, synonyme de rigolades entre amis ; soyez prévenu : Frayeurs est un film violent, cruel, sadique, dérangeant, oppressant et claustrophobe. Avec un tel pedigree, vous l’aurez compris ce cinéma n’est pas à mettre entre toutes les mains !

Mais alors pourquoi en parler ?
Simplement pour deux raisons :

1-Frayeurs marque un tournant dans la carrière du réalisateur italien Lucio Fulci.

2-Frayeurs repousse les limites de ce qui avait été montré jusqu’alors sur grand écran.

Cinéaste boulimique, il tournait vite et beaucoup. Touche à tout génial, Lucio Fulci testa avec plus ou moins de succès la plupart des genres cinématographiques porteurs : polar, western, ou même comédie. Mais c’est avec le cinéma d’horreur qu’il allait se révéler. Fasciné par la mort et les corps en décompositions, c’est dans l’horreur et le gore qu’il magnifia l’évolution de la chaire.

Film trait d’union entre L’enfer des Zombies, sa porte d’entrée dans le genre horrifique et L’Au-Delà, son œuvre la plus aboutie, Frayeurs est un film d’une cruauté et d’une violence incroyable. C’est un véritable monument de l’horreur, à l’atmosphère glauque et putride. Contrairement à L’enfer des Zombies, qui comportait peu de scènes gores, mais placées à des moments clefs, Frayeurs enchaîne les scènes gores et l’intrigue se noue autour de ces dernières. La construction des événements devient donc un prétexte à la justification de certaines scènes qui sont un déchaînement absolu et soudain de violence.

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Ainsi, les deux scènes les plus gores du film (la jeune femme qui vomit ses tripes et la tête garçon passé à la fraiseuse) sont d’une gratuité et d’une inutilité flagrante.
Pourtant, rien ne nous amène à esquisser un sourire. Et c’est bien là le plus effroyable. Jamais une once d’humour ne transparaît. Car si ce film mérite d’être qualifié de sadique, c’est bien à cause de sa construction narrative. Si Lucio Fulci empile les scènes gores comme des perles, il le fait judicieusement, perversement, de façon à provoquer chez le spectateur une claustrophobie qui atteint son paroxysme dans la seconde moitié du long métrage. Crescendo, il laisse monter l’angoisse de l’enfermement, raréfie peu à peu les moments de respiration : New York, avec ses rares plans d’extérieurs, disparaît au profit des entrailles de Dunwich dans lesquelles Lucio Fulci précipite, sans répit, ses protagonistes. Dans ce décor aussi somptueux que terrifiant, la partition musicale de Fabio Frizzi s’envole, la lumière bleutée s’épaissit, le sort de nos survivant s’assombrit et le spectateur suffoque.

Film politique, Frayeurs, passe notre société au crible. Que penser d’une société, trop cartésienne, préférant faire incarner ses maux par des boucs émissaires plutôt que de voir la réalité?

Profondément catholique, Lucio Fulci, ne construit pas une œuvre anticléricale mais semble plutôt livrer ici sa propre vision de l’enfer : un monde qui aurait perdu la foie, un monde en proie au doute.

Clin d’œil à l’univers sombre et oppressant de l’écrivain H. P. Lovecraft, Frayeurs est malgré son déferlement interrompu d’atrocités un film saisissant, réalisé avec talent. Poète du macabre, Lucio Fulci remporte avec ce film Le grand prix du public au Festival du film fantastique de Paris en 1980. Cette reconnaissance internationale le sanctifiera maître d’un genre cinématographique qui lui apporta la gloire et la disgrâce.

A noter enfin la présence sur ce film de Michele Soavi, comme acteur et assistant bénévole, avant de devenir un réalisateur reconnu auteur du très intriguant Bloody Bird, prochaine sortie DVD de Neo Publishing.

La dernière personne à avoir rendu hommage cinématographiquement à Lucio Fulci était Quentin Tarentino dans Kill Bill Vol.2, en reprenant la scène éprouvante ouvrant Frayeurs : l’enterrée vivante. Avec cette réédition DVD, d’autres ne devraient pas tarder à lui emboîter le pas.

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Mais, au delà même de l’excellente qualité d’images dont bénéficie le film, ce sont les nouveaux bonus, abondants (plus de 2 heures) et surprenants, qui constituent le point d’orgue de cette édition collector.

Bonus
EDITION ULTIME
– Image restaurée
– Son remasterisé : DTS et Dolby 5.1

Disque 1
– Un commentaire audio de Sergio Salvati (directeur de la photo), de Roberto Forges Davanzati (opérateur) et de Paolo Albiero (co-auteur du livre « Il terrorista dei Generi – Tutto il cinema de Lucio Fulci)

Disque 2

– Analyse inédite et critique du film par Paolo Albiero, co-auteur du livre « Il terrorista dei Generi – Tutto il cinema de Lucio Fulci (32′). Beaucoup de recul et d’intelligence pour aborder cette oeuvre trop vite contonnée au cinéma de genre.

– « Backstage/Making of », Montage d’images Super 8 prises sur le tournage et commentées par Sergio Salvati, Roberto Forges Davanzati et Paolo Albiero (12′)

– « Ti ricordi di Lucio Fulci » – Partie 1 par D. Gouyette (41′) est un documentaire en deux partie qui revient sur toutes les personnes qui ont fréquentés de près ou de loin Lucio Fulci. La seconde partie de ce module est à retrouver sur le DVD de L’au-delà.
– « Un monde de mort au fonds de leurs regards de pierre » par D. Gouyette (26′).
– « J’étais » par D. Gouyette (25′)
– Fiche technique
– Film annonce
– Filmographies

Prix: 24,99 €

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Les Mystères de l’Ouest – Saison 3, Volume 1 & 2 (1968, TF1 Vidéo)) L’Au-Delà : Lucio Fulci (1981, Neo Publishing)

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