Full Contact : Ringo Lam (1992, HK Video)

octobre 24, 2006 at 2:19 1 commentaire

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un (classique du) néo polar hongkongais tout bonnement désarmant: Full Contact.

Les yeux encore tout rougis par les dernières excellentes sorties DVD trimestrielles signées HK Video, c’est avec étonnement, que l’on découvre, début juillet 2006, une nouvelle publication de l’éditeur : Full Contact.

Une nouvelle sortie, donc, qui débarque, sans crier garde et permet une nouvelle de fois d’apprécier, le talent, la curiosité et l’audace de cette collection dirigée par Christophe Gans.

Attendu depuis des lustres par de nombreux fans de cinéma d’action, Full Contact, qui nous intéresse aujourd’hui, à ne surtout pas confondre avec la VanDammerie du même nom, demeure l’un des films les plus étonnants et dérangeants du cinéaste hongkongais Ringo Lam.

Méconnu, relayé en seconde catégorie derrière John Woo ou Tsui Hark, par les critiques occidentales, Ringo Lam a toutefois réussi à s’imposer tardivement (après la rétrocession de 1997) comme l’un des réalisateurs les plus important et les plus passionnant du néo polar Hongkongais. Sa célèbre Trilogie du Feu (School on Fire, Prison on Fire et City on Fire [dont Reservoir Dog de Tarantino, serait un remake secret] y contribua largement et lui entrouvrît les portes d’Hollywood où il réussit à offrir à Jean-Claude Van Damme les deux meilleurs films de sa carrière : Risque Maximum (1997) et Réplicant (2001).

Mais Ringo Lam est avant tout un cinéaste imprévisible, tour à tour chantre de l’indépendance ou ouvrier orfèvre d’un cinéma de commande à gros budget, s’attaquant à des bluettes sentimentales autant qu’à des polars urbains d’une rare violence.

Auteur versatile, aux revirements d’inspiration nombreux, il peut sans complexe véritablement transcender des films de commandes pour en faire des œuvres personnelles (Le temple du Lotus rouge, Risque Maximum…), ou perdre le contrôle de ses propres films en se laissant déborder par le flot d’idées contradictoires qui sommeillent en lui, comme ce fut le cas avec Full Contact.

Mais alors me direz vous qu’est donc que ce Full Contact ?

Réalisé en 1992, Full Contact est un polar urbain de catégorie 3, c’est-à-dire très violent, voire déviant, interprété par deux ténor du genre : Anthony Wong (le méchant dans A toute épreuve de John Woo) et Simon Yam (le tueur défiguré dans Une balle dans la Tête de John Woo) et épaulés par la superstar de Hong Kong : Chow Yun-Fat.

Videur dans un boite de nuit de Bangkok, Gao Fei (Chow Yun-Fat) se voit contraint d’accepter un dernier casse, au côté d’une bande de voyous crétinoïdes, dirigé par le sanguinaire Juge (Simon Yam), pour éponger les dettes de jeu de ami Sam Si (Anthony Wong). Trahi par se dernier, trop désireux de sauver sa misérable vie, Gao Fei est laissé pour mort, au beau milieu d’une maison en flamme. Remis de ses blessures dans un monastère, Goa Fei regagne la vie civile et constate que non seulement Sam s’épanouit sous l’aile de Juge, mais coule des jours heureux au côté de son ex-petite amie, la belle Mona. Bouffi de haine, sa vengeance sera terrible !

Alors j’en conviens, le scénario ne brille pas par son originalité. Qui plus est, il s’incère parfaitement dans les grandes lignes directrices du cinéaste : c’est-à-dire une histoire désespérée et violente. Non, il faut rechercher sa particularité dans son traitement visuel : Full Contact est une œuvre vulgaire, violente, digne du meilleur cinéma d’action américain, bas de gamme, des 80’s.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’assister, les yeux béas, à la scène d’ouverture du film : l’attaque de la bijouterie. Elle est en tout point semblable à celle figurant dans Le Flic de Beverly Hill 2 de Tony Scott. Même musique. Seul le rendu visuel change, plus vif, plus crade, plus cruel. Le film s’ouvre donc sur un univers moite, tout droit sorti d’un épisode de Miami Vice, peuplé d’êtres dégénérés, plus enclins à tout régler par la violence que par le dialogue.

Dans ce monde, les valeurs humaines n’ont plus cours. Seul règne sans partage, le Juge, un être mégalo autant que parano, un double du Joker, lâché dans une ville ou aucun Batman n’existerait pour la sauver. Même folie, même rire démoniaque et même dandysme douteux que son homologue de la BD. Epaulé par une nymphomane et un homme de main débile, croisement entre un Joe l’indien et un Terminator de pacotille, l’équipe triomphe dans le ridicule. Un humour de comic book en parfaite contradiction avec les scènes de violence d’un réalisme sordide.

Film de l’excès, du cliché, de la caricature, Full Contact, se présente comme le dérapage incontrôlé, mais bel et bien assumé de son auteur. Un cinéma expiatoire, fruit de tous les mauvais penchants de son concepteur qui justifie ses choix graphiques par le biais de l’acteur Simon Yam hurlant : « Si tu veux avancer dans cet univers de dingues, il faut être cinglé ! »

Et cinglé, il y a de quoi le devenir face à ce cinéma schizophrène, où le beau et le vulgaire s’entrechoquent, où les images chocs se heurtent à des sentiments tocs et où les clichés laissent la place à des plans d’anthologie.

Une Schizophrénie qui s’immisce jusque dans la construction narrative du récit, puisque très vite, il devient évident que Gao Fei, loin d’être le chevalier blanc, n’est que le double tragique de Juge. Deux êtres solitaires constituant les deux faces d’un même personnage. L’affrontement final devient alors inévitable !

Émotionnellement instable, Ringo Lam aime exorciser ses démons intérieurs par le biais du cinéma. Plus qu’une thérapie, c’est l’essence même de son art.

Jamais ennuyeux, Full Contact réussit, malgré ses défauts et ses contradictions, à vous laisser pantois, partagé entre effarement et fascination.
Avec ce film de Ringo Lam, le polar urbain de catégorie 3 venait d’obtenir ces lettres de noblesse !

1 DVD (HK Video)
Langue : Film disponible uniquement en VOST

Son : Petit hic, le son a de nombreux échos et un son métallique. Dommage car l’image est impeccable !

Bonus : En bonus, vous retrouverez un livret collector de 56 pages très complet composé par Benjamin Rozovas et l’érudit David Martinez.

Prix: 24 €

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Un commentaire Add your own

  • 1. nico nsb  |  mars 24, 2008 à 12:50

    Bravo pour ce blog et pour le post consacré au film de Ringo Lam. Lecture agréable et critique pertinente. Pour ma part, je viens de me faire un week-end Wilson Yip, avec ‘Juliet in Love’ et ‘Bullets over Summer’. Nicolas NSB
    darkstarfilms.wordpress.com

    Réponse

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