L’homme sans Mémoire : Duccio Tessari (1974, Neo Publishing)

novembre 28, 2006 at 3:15 1 commentaire

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L’homme sans Mémoire (1974) – Duccio Tessari
[L’uomo senz memoria]

L’homme sans Mémoire, est un giallo atypique, brillement écrit par Ernesto Castaldi et réalisé par Duccio Tessari en 1974.

Cinéaste touche à tout, Duccio Tessari, sut judicieusement passer d’un genre cinématographique à l’autre, en fonction des modes et des goûts du public. Artisan sérieux, il est l’auteur éclairé et talentueux du film Le procès des Doges (1963). Moins mémorable, mais sans fausse note pour autant, sa plongée dans le western, se concrétise par le réalisation de deux films mettant en scène le personnage de mythique de Ringo : à savoir, Le retour de Ringo (1967), relecture audacieuse du retour d’Ulysse à Ithaque, avec la star Giullama Gemma alias Montgomery Wood et le comico-cynique Un pistolet pour Ringo (1967) [tout deux disponibles en DVD chez Seven7]. Plus proche de nous, il est aussi l’auteur d’une très agréable version de Zorro (1975), avec Alain Delon. C’est donc sans étonnement que l’on trouve Duccio Tessari s’essayer au giallo, un genre alors en pleine explosion. Pourtant à bien y regarder, on peut se demander si L’homme sans Mémoire, est vraiment un giallo, ou un simple polar reprenant les codes du genre à sa guise.

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Après un long séjour hospitalier en Angleterre, un jeune italien, retrouve les siens. Du moins c’est qu’on lui explique, puisque Edward, ou plutôt Ted, pour les intimes est devenu amnésique, suite à son accident. Il rejoint son épouse en Italie et s’apprête à vivre une vie rangée, lorsque son passé refait violement surface. Qui est-il vraiment ? Qui sont ces hommes qui le harcèlent lui et son épouse tout en doutant ardemment de sa perte de mémoire ?

Construit comme un puzzle, L’homme sans mémoire, étonne et détonne dans l’univers du giallo. Les puristes ont du certainement grincer des dents, et à raison, mais il serait trop facile de bouder ce film, qui se joue des codes du genre avec brio et ingéniosité. Car tous les éléments ou presque y sont. Seulement, l’auteur les distille, les cache, dans cette trame de polar. Un part pris d’autant plus audacieux, que Duccio Tessari, n’hésite pas à jeter aux orties un des archétypes fondamentaux du giallo : les traditionnelles victimes féminines et l’érotisme qu’elles dégagent. Relecture totale du genre, L’homme sans mémoire apparaît alors comme un huit clos, dont l’intrigue se noue au coeur d’un appartement italien cossu, niché aux confins d’un dédale de ruelles étroites et sinueuses. Une géographie labyrinthique, métaphore de la mémoire de notre amnésique, seul détenteur de la vérité, perdue quelque part dans les tréfonds de ses souvenirs. Ici tous les protagonistes voient leur sort lié aux capacités de Ted à retrouver la mémoire au plus vite.

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Le rythme de la narration en est ainsi ralenti pour exploser dans un final captivant, graphiquement superbe. Si les morts ne s’amoncellent pas et n’arrivent qu’a la fin de l’intrigue, l’acharnement sadique de l’assassin envers sa victime n’est plus à démontrer. Seulement, il intervient crescendo, par petites touches. C’est donc une violence psychologique qui ronge tous les personnages du film. L’assassin joue avec ses victimes comme le chat avec une souris. La tension est telle que seule la mort d’un des personnages viendra y mettre un terme, dans un déchaînement de violence final brillant. La rapidité d’exécution du mouvement et l’utilisation judicieuse des ralentis, font de cette scène un des points d’orgue du film.

Ernesto Castaldi et Duccio Tessari s’amuse tout au long du film avec les codes du genre et les nerfs du cinéphile. Il montre ainsi la main gantée de cuir noir, le rasoir prêt à agir – objets symboliques du giallo – mais rien ne se passe, le sang ne coule pas, du moins pas immédiatement. Le geste est repoussé. Il en va ainsi de cette tronçonneuse, trônant, magistralement, sur la table de la cuisine, donc qui n’est certainement pas là par hasard, mais qui ne servira pourtant pas de suite. En revanche, elle sera l’occasion d’une scène mémorable, qui a sans doute inspirée Eli Roth pour Hostel (2005), ou malchance et maladresse seront fatale à l’assassin.

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De même, ils intègrent, dans la narration, des personnages secondaires, a priori anodins, comme ce personnage féminin fugace interprété par Anita Strindberg ou comme ce jeune garçon étonnant, tout droit sortie d’un film de Dario Argento, armé d’un appareil photo, qui perturbent la narration linéaire du film et augmente le suspens, à la manière d’un polar.

Sous son apparente légèreté, L’homme sans mémoire est un film complexe, ludique et extrêmement bien réalisé qui se découvre avec bonheur et se revoit avec un plaisir décuplé.

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A noter enfin que le film bénéficie d’une qualité d’image impeccable. Beau travail encore une fois de l’éditeur !

1DVD Neo Publishing
Langues : Version française 2.0 et version italienne 2.0 sous titrée
Durée : 88 min
Bonus :
– Voglio entrare nel cinema (23’), un portrait riche en anecdotes et passionnant du scénariste Ernesto Gastaldi.
– Portrait, un peu mou, de l’acteur français Luc Merenda, réalisé par Daniel Gouyette (14′)
– Galerie photos
– Filmographie
– Fiche technique
Prix : 19,99€

(Film interdit aux moins de 12 ans)

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Esthétique du giallo La Queue du Scorpion : Sergio Martino (1971, Neo Publishing)

Un commentaire Add your own

  • 1. Esthétique du giallo « Klr-Obscur  |  août 10, 2012 à 12:47

    […] transalpine avec la Collection Giallo. La Queue du Scorpion (1971) de Sergio Martino et L’homme sans Mémoire (1974) de Duccio Tessari inauguraient, en toute beauté, cette nouvelle niche. Le 9 Octobre dernier, […]

    Réponse

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