La Queue du Scorpion : Sergio Martino (1971, Neo Publishing)

novembre 30, 2006 at 12:52 1 commentaire

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La Queue du Scorpion (1971) – Sergio Martino
[La coda dello scorpione]

La Queue du Scorpion, est réalisé par Sergio Martino en 1971, c’est-à-dire en plein avènement du genre en Italie. En effet, c’est cette même année que Dario Argento popularise le giallo en achevant sa trilogie animale, et qu’en parallèle, le père du genre, Mario Bava, vient de sortir sur les écrans La baie sanglante. C’est donc avec curiosité qu’on découvre ce giallo de la grande époque, signé Sergio Martino, l’homme à qui l’on doit ses images inoubliables de ce singes au regard désespéré se faisant avaler par un énorme boa, ou Ursula Andress ligotée et nue offerte à la tribu des Pukas, dans La Montagne du Dieu Cannibale (1977). Un talent inégalé donc à peindre le sadisme et la sensualité à l’écran qui s’exprimait déjà à merveille dans La Queue du Scorpion.

En trouvant la mort dans un accident d’avion, Kurt Bauman, un riche homme d’affaires, laisse à sa femme, Liza, une assurance vie d’un million de dollars. Une somme considérable qu’elle doit retirer en Grèce, pays où son mari avait contracté la police d’assurance. La jeune femme s’y rend donc prestement et décide étrangement d’encaisser le magot en liquide. L’argent en main, elle s’apprête à prendre l’avion pour Tokyo, lorsqu’elle se fait sauvagement poignarder dans sa chambre d’hôtel. Bien sûr l’argent a disparu. La police locale, un agent d’assurance et une journaliste française (la sublime Anita Strendberg) à l’affût du scoop de sa vie se chargent alors de résoudre l’enquête.

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Derrière ce scénario classique pourtant bourré de rebondissements, on retrouve, une nouvelle fois, Ernesto Gastaldi, en très grande forme. Mais l’intrigue, solide, est ici servie par une mise en scène efficace, appuyée par une photo audacieuse signée Emilio Foriscot, et remarquablement rythmé par les compositions musicales de Bruno Nicolai. Fruit d’une collaboration de gens talentueux, La Queue du Scorpion est un classique remarquable.

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Réalisé de main de maître par un Sergio Martino très en forme, La Queue du Scorpion, est un giallo sec, nerveux qui happe littéralement le spectateur. Son montage au scalpel, d’une précision remarquable, proche de l’épilepsie, illustre et rythme merveilleusement ces meurtres d’une rare violence. Les victimes, majoritairement féminines, tombent comme des mouches. La lame de l’assassin pique, coupe, mains et gorges dans un déchaînement visuel grand-guignolesque. La cruauté de certaines séquences est si soignée, si léchée, qu’elle servit inévitablement de cas d’école pour quelques cinéastes comme l’espagnol Jaume Balaguero ou Quantin Tarantino. Citons ainsi le meurtre de Janine Reynaud laissant échapper son dernier souffle, le visage coincé contre une vitre ou la délirante agression nocturne de la jeune journaliste dans son appartement baigné d’une somptueuse lumière verte. Un jeu sur les couleurs et leurs contrastes, inscrit ce film dans un univers baroque et par la même accroît la paranoïa du spectateur. Un spectateur déjà mis à mal par l’utilisation judicieuse du zoom, de la caméra subjective et de ses nombreuses prises de vue en contre plongée, qui dissipent tout au long du récit un sentiment de malaise et d’angoisse.

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Quant au scorpion, animal redouté, susceptible de s’injecter son propre venin en cas de danger, il est ici uniquement présent dans le titre du long métrage, comme symbole de danger et de mort.

Très bien interprété (George Hilton et Anita Strinberg sont bleuffants), La Queue du Scorpion, distille, avec efficacité, suspens, sensualité, voyeurisme et domination.

C’est donc avec plaisir que l’on découvre ce giallo (tourné essentiellement en Grèce) enfin disponible en DVD.

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Quant à la qualité d’image, elle est tout bonnement exceptionnel, ce qui est plus que notable pour un film d’exploitation, réalisé en 1971. Le film est présenté dans son format cinémascope d’origine et en version intégrale. Neo Publishing, brille une nouvelle fois par le sérieux de son travail d’édition !

1DVD Neo Publishing
Langues : Version française 2.0 et version italienne 2.0 sous titrée
Durée : 91 min
Bonus :
– Commentaire audio du scénariste Ernesto Gastaldi et Frederico Caddeo (journaliste), qui constitue un témoignage remarquable sur cette période faste du cinéma italien.
Sergio Martino sur La coda dello scorpione (19’’), réalisé par Daniel Gouyette, constitue un document passionnant sur tout ce qui entoura la préparation et la sortie du film.
– Film annonce
– Galerie photos
– Filmographie
– Fiche technique
Prix : 19,99€

(Film interdit aux moins de 12 ans)

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L’homme sans Mémoire : Duccio Tessari (1974, Neo Publishing) Mais qu’avez-vous fait à Solange? : Massimo Dallamano (1972)

Un commentaire Add your own

  • 1. Esthétique du giallo « Klr-Obscur  |  août 10, 2012 à 12:47

    […] ou de redécouvrir un nouveau pan de la cinématographie transalpine avec la Collection Giallo. La Queue du Scorpion (1971) de Sergio Martino et L’homme sans Mémoire (1974) de Duccio Tessari inauguraient, en toute […]

    Réponse

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