Spasmo : Umberto Lenzi (1974, Neo Publishing)

février 12, 2007 at 4:50 Laisser un commentaire

 

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Spasmo (1974) – Umberto Lenzi
[Spasmo]

Pour cette nouvelle sortie de la Collection Giallo de Neo Publishing, c’est avec un plaisir certain que l’on retrouve Umberto Lenzi aux commandes d’une œuvre étonnante. Après Le tueur à l’Orchidée (1972), le réalisateur nous livre ici un giallo plus psychologique, porté par une musique envoûtante de Ennio Morricone.

 

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Spasmo détone dans la filmographie du cinéaste. Plus fin, plus psychologique mais surtout sans excès. Même les figures imposées du genre : assassin ganté de cuir noir, meurtres sanglants et scènes de nu langoureuses se voient ici balayées d’un revers de la main par un réalisateur plutôt musclé, adepte des images chocs. Connu pour ces films de cannibales douteux, ses polizzioteschi ultra violent, transformant Milan en terrain de bataille, Umberto Lenzi décide ici de surprendre son public.

Réalisé quelques années après une trilogie déjà largement inspirée par l’univers du giallo: Une folle envie d’aimer (1969), Si douces si perverse (1969) et Paranoïa (1970), Spasmo délaisse le traitement de la sexualité pour se focaliser sur une thématique déjà à l’oeuvre dans ces trois long métrages: la folie. Christian, un jeune play-boy, rencontre une femme mystérieuse, vivant sur un magnifique yacht: Barbara. Visiblement attirés l’un par l’autre, la jeune femme l’invite chez elle. Mais au moment le plus inopportun, un inconnu agresse Christian, qui se défend et tue malencontreusement son agresseur. Les deux amants décident alors de fuir. Entre temps, le corps disparaît du motel sans laisser la moindre trace. Une implacable descente aux enfers se met alors en marche, ne laissant personne indemne. Car ce meurtre est-il bien réel? Et ce frère un peu trop autoritaire dans l’ombre de Christian, qui est-il ?

 

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D’abord proposé à Lucio Fulci qui le refusa car déjà engagé sur un autre projet, le scénario de Spasmo se voit confié à Umberto Lenzi. Il en accepte la réalisation à la seule condition de pouvoir le réécrire. Film sur la folie homicide, « la folie intérieure qui peut exploser en chacun de nous pour un rien », Spasmo s’inscrit dans la ligne droite des travaux de Mario Bava (Une hache pour la lune de miel) ou d’Hitchcock (Psychose). Son ambiance malsaine, alourdie par la présence récurrente de poupées livides mutilées, formes fantomatiques mystérieuses, déjà rencontrées chez Mario Bava avec Six femmes pour l’assassin (1964), flirte avec le fantastique. Constamment à cheval entre rêve et réalité Spasmo happe littéralement le spectateur.

L’atmosphère étouffante du film est d’autant plus vive que l’action évolue dans un univers bourgeois, donc dans un monde exiguë. Le menace vient donc ici de l’intérieur, ce qui accroît d’autant plus la paranoïa des personnages. On reconnait ici la perversité et l’ingéniosité du cinéaste.

Impeccablement réalisé, Spasmo est, de par sa forme, un giallo classique, donc daté, mais toujours efficace. Les libertés que Umberto Lenzi prend avec les codes du genre dynamisent le film, tout en lui permettant d’en faire une oeuvre étrange et personnelle. La présence hallucinante de ces manequins féminins exibés pendus aux arbres, la construction labyrinthique du récit et le traitement proche de la BD donnent à Spasmo une identité et une originalité graphique jouissive.

 

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Le tout est porté par des acteurs excellents, dont Ivan Rassinov, habitué du genre (La secte des cannibales, Brigade spéciale…) qui campe ici un frère ainé froid et déshumanisé. Côté présence féminine, Suzy Kendall, dont les amateurs de gialli, se rappellent sa présence dans L’oiseau au plumage de cristal (1970) de Dario Argento, ajoute une touche de sensualité et d’étrangeté délicate au récit.

Grace une nouvelle fois au travail de fond de l’équipe de Neo Publishing, Spasmo, œuvre de référence du giallo, est enfin visible dans nos contrées, avec une qualité d’image remarquable et un bonus épatant: une interview du cinéaste.

1DVD Neo Publishing
Langue: français Dolby Digital 2.0, italien Dolby Digital 2.0
Durée: 90 minutes
Bonus:
– Entretien avec Umberto Lenzi (16′)
– Filmographies
– Galerie photos
Prix: 19,99 €

(Interdit aux moins de 12 ans)

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Béatrice Cenci : Lucio Fulci (1969, Neo Publishing) Agua (2006). Rencontre avec Veronica Chen.

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