Agua (2006). Rencontre avec Veronica Chen.

février 13, 2007 at 4:18 Laisser un commentaire

agua.jpgFilm argentin

Réalisation : Veronica Chen
Avec : Rafael Ferro, Nicolas Mateo, Gloria Carra

Distribution : Tadrart Films

Date de sortie : 07 février 2007

Synopsis : Injustement accusé de dopage lors d’un marathon en Argentine, Goyo, ancien champion de natation en eau libre, a tout abandonné pour se réfugier dans le désert. Huis ans plus tard, le Marathon va de nouveau avoir lieu. Il revient pour tenter de reconquérir son honneur. De vieilles émotions refont surface, l’oppressent. Goyo rencontre Chino, un nageur en piscine consciencieux et obstiné qui rêve d’une sélection en équipe nationale. Ils décident de faire équipe.

Second long métrage de Veronica Chen, Agua, est une tragédie aquatique hypnotique et sensuelle, admirablement mise en scène. Rarement une réflexion sur les ambitions déçues et la solitude, n’avaient eu si bel écrin. Assurément une réalisatrice à suivre.
Rencontre avec Veronica Chen, le vendredi 9 février, lors de sa venue au cinéma ABC.

Pour écouter l’émission Klr-Obscur # 19, téléchargez là ici.

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Les dents de l’amer

Pourquoi un film sur l’eau ?
Pour deux raisons : la première, c’est que l’eau, est un élément qui isole. J’ai cherché à montrer des personnages isolés. A cause de l’eau, ils ne perçoivent pas le mode extérieur. Elle altère leurs relations aux autres. La seconde raison, c’est que l’eau est un élément dans lequel le corps est fluide.

C’est pour cela que la caméra glisse autour des nageurs lorsqu’ils sont dans l’eau alors qu’elle reste plus statique sur la terre ?
Lorsque le personnage est hors de l’eau, il n’est plus dans son élément. Il lui est très difficile de se déplacer. La caméra bouge donc peu, elle devient presque fixe. Je devais capter la rigidité des personnages. Lorsqu’ils sont sous l’eau, ils baignent dans leur fort intérieur et nous avec.

L’eau est un miroir ?
L’eau est plutôt quelque chose de transparent, qui provoque des distorsions aussitôt qu’elle bouge ou que quelqu’un la touche.

La natation dans votre film endosse le même rôle que celui de la boxe dans les films noirs américains : un moyen de progresser socialement.
Réussir socialement avec la natation reste du domaine du rêve en Argentine. C’est beaucoup plus rentable de miser sur le football ou le tennis, qui restent de meilleurs ascenseurs sociaux. Mais, tous ces garçons qui habitent en bord de fleuves, et qui y nagent sont déterminés à réaliser leur rêve d’ascension sociale. Un rêve modeste, humble. Pas celui de devenir célèbre, mais simplement celui de pouvoir aller un jour à Buenos Aires, par exemple.

Chico, le jeune garçon, vient de Santa Fé. Y a t-il à Santa Fé, plus de pauvreté que dans d’autres ville ?
Non, c’est une province riche avec quelques quartiers pauvres. Mais ce n’est pas une ville spécialement pauvre, non.

Qu’est ce qui vous fascinez à peindre ces personnages marginaux et un peu hors norme?
Ce qui m’intéressait ici, c’était de montrer que dans une famille humble, les rêves sont quelque chose d’important, de fondamental. La dernière chose qui reste à une personne qui à tout perdu, c’est l’espoir. C’est pour cela que mes personnages sont si forts.

On peut voir le personnage de Goyo, comme une figure du western américain.
C’est une sorte de héros qui rentre chez lui pour obtenir une revanche. Il refuse de s’avouer vaincu. J’aime ces gens qui tombent mais se relèvent avec entêtement. En fait, cet homme isolé, qui décide de rentrer chez lui, va trouver en Chino son double, plus jeune.

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Un film qui nous emmène vers l’inconnu.
Je voulais vraiment m’éloigner de ce qui pourrait être un film de sport classique. Je souhaitais parler de l’ambition et du désir intérieur. J’ai donc ajouté un peu de mystère pour que cette histoire ne se regarde pas comme un film sur la natation.

Le chronomètre tue la passion de ces deux garçons.
C’est terrible, mais ça illustre parfaitement la contradiction qui existe entre rêve et réalité, entre monde intérieur et monde extérieur, entre temps et volonté.

C’est à la fois un film sur le silence et un film très musical.
J’ai voulu travailler les sons comme si c’était une partition, même si au fond la musique n’est jamais venue. Je ne regrette d’ailleurs pas cette absence, car j’ai réussi à évoquer tout ce qui se passe dans la tête de quelqu’un, immergé pendant des heures, à répéter inlassablement le même exercice.

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Est-ce que le cinéma expérimental vous a inspiré ?
Non, il n’y a pas une influence directe du cinéma expérimental. L’inspiration vient plutôt de tous les films que j’ai pu voir et dont certaines images s’impriment en vous, sans que vous ne sachiez vraiment pourquoi.

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