Tropical Malady : Apitchapong Weerasethkul (2004)

mars 2, 2007 at 3:52 Laisser un commentaire

trop-malady.jpgFilm thaïlandais, français

Réalisateur : Apichatpong Weerasethakul
avec Sakda Kaewbuadee, Banlop Lomnoi, Sirivech Jareonchon

Distribution : Ad Vitam

Synopsis : Keng, le jeune soldat, et Tong, le garçon de la campagne mènent une vie douce et agréable. Le temps s’écoule, rythmé par les sorties en ville, les matchs de foot et les soirées chaleureuses dans la famille de Tong. Un jour, alors que les vaches de la région sont égorgées par un animal sauvage, Tong disparaît. Une légende dit qu’un homme peut être transformé en créature sauvage… Keng va se rendre seul au couer de la jungle tropicale où le mythe rejoint souvent la réalité.

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Troisième long-métrage de Apichatpong Weerasethakul, Tropical malady est un chef d’œuvre sensoriel et hypnotique.

Ce jeune cinéaste thaïlandais nous avait déjà abasourdi avec BlissfllyYours, premier film à s’inviter sur nos écrans français. Une oeuvre déconcertante de calme et de beauté dont beaucoup se contentèrent de retenir l’arrivée impromptue du générique après une bonne demi heure de projection. Une prise de liberté avec les codes narratifs du cinéma que s’octroie de nouveau le réalisateur en collant de force deux œuvres distinctes. Vous ne serez donc pas étonner de voir s’offrir à vos yeux ébahis, un générique, histoire de bien différencier les deux parties. Quant à savoir si Tropical Malady est une œuvre unique plus qu’un film gigogne, à vous de choisir.

Pour le réalisateur, s’obstiner à ne voir qu’un seul et même film risque de nuire grandement à sa compréhension.
Prenons ainsi la première partie : il s’agit tout bêtement d’une histoire d’amour entre deux jeunes hommes : Keng, le jeune soldat, et Tong, un garçon de la campagne. Le temps s’écoule, rythmé par chant des grillons au cœur d’une jungle moite et luxuriante. Léger et tendre, le film s’étire entre les sorties en ville, les matchs de foot et les soirées chaleureuses dans la famille de Tong. Ici le désir est filmé avec grâce. On économise les mots et les gestes.
Le seconde partie utilise les mêmes acteurs, ce qui, convenons en, peut dérouter, mais il faut bien le reconnaître les propos du film et leur narration diffèrent. Brusquement, la forêt idyllique, protectrice devient source d’un terrible secret : une légende affirme que l’esprit d’un grand chamane, peut s’incarner dans le corps d’un homme, pour le transformer en tigre… Tong vient de disparaître, happé par cette forêt alors que les vaches de la région sont égorgées par un animal sauvage. Keng décide de partir seul à sa rencontre.
En un tour de main magistral, Apichatpong Weerasethakul réuni Kipling et Conrad pour mettre en scène ce conte ancestral et quasi universel : c’est la peur du loup. Car à bien y réfléchir, cet homme seul au milieu de cette forêt hostile, retombe à l’état de nature. De chasseur il ne tarde pas à devenir proie : celle d’un animal mythique mais aussi la proie de ses peurs enfantines. Muet, le film nous fait ressentir bien plus d’émotions qu’il n’en donne à voir. Difficile de résister aux sensations de froid et aux sentiments d’enfermement et d’oppression. De quoi donner raison au réalisateur pour qui « un film ne se ressent pas seulement avec la tête, mais avec le corps tout entier. »

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Simplement couronné du Prix du jury à Cannes 2004, Tropical Malady, n’est pas le dernier coup de cœur de quelques intellos, mais bien la réalisation d’un cinéaste majeur!

Filmographie sélective :
2004 – Tropical malady
2002 – Blissflly yours
2000 – Mysterious Object at Noon

A noter la sortie d’un coffret DVD regroupant les 2 premiers films de Apichatpong Weerasethakul chez MK2 éditions

Date de sortie : 24 Novembre 2004

Zoom sur Charles de Meaux, producteur des films Tropical Malady et Blissfully Yours. Cofondateur de la société de production Anna Sanders Films, Charles De Meaux réalise son premier film, Le Pont du trieur, en 2000. Trois ans plus tard, il part en Asie centrale tourner Shimkent hotel avec Melvil Poupaud, Romain Duris et Caroline Ducey. Shimkent hôtel et Le Pont du trieur sont rassemblés dans un coffret DVD, édité ckez Mk2, disponible contre une trentaine d’€uros.
Rencontre à Auch, avec Charles de Maux, le samedi 16 Octobre 2005.

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Tropical Malady
« En fait, Tropical Malady n’est pas un film, mais bien deux films différents que l’on a juxtaposé. C’est assez amusant, mais en fait, au départ il devait même y en avoir un troisième. On l’a monté. Il faisait 60 minutes environ. Enfin, c’était beaucoup trop long donc on a décidé de ne pas le mettre. »

Charles de Meaux
« Je suis producteur bien sûr, mais en fait, sur ce film, j’ai tout fait sauf investir un seul centime. Je ne le pouvais absolument pas. »

La rencontre avec Apichatpong Weerasethakul
« J’ai rencontré le réalisateur au cours d’une exposition à New York. Il travaillait sur un projet de vidéos expérimentales. En fait Apichatpong Weerasethakul fait des œuvres vidéo en parallèle de ces films. Son travail est visible dans les musées plus qu’au cinéma d’ailleurs. »

Le tournage
« Pendant le tournage, je me suis occupé de la lumière. A cause des mauvaises conditions de tournage, notre directeur de la photo nous avait quitté en plein tournage. Il a bien fallu le remplacer. J’ai donc pris sa place. L’argent et le temps manquaient. Alors je me suis occupé un peu de tout pour que le projet puisse aboutir. Non, ce n’était pas des vacances !
Par exemple, on avait loué des caméras à un chef de la mafia locale qui était prêt à tout pour récupérer son argent. Vous savez, j’ai carrément risqué ma peau en fait ! Sans parler du tournage dans la jungle. Jamais je n’ai frôlé la mort de si près. Je flippait à cause des serpents.Y en avait partout, c’était humide. D’ailleurs on était accompagné d’un médecin avec du sérum en cas de morsures et d’un garde de chasse armé pour les plus grosses bêtes.
Il avait un fusil et un carnet d’amende. Comme c’était un parc, si tu arrachait un feuille tu devais payer une amande (rires). »

La sélection à Cannes
Plus le temps passait et moins je voyais le film se faire. Un jour, des gens de Cannes sont venus nous voir dans la jungle pour avoir un aperçu du film. Leur visite nous a tellement surpris qu’on avait rien à leur montrer. Du coup, on est quand même retourné en ville, histoire qu’ils ne repartent pas les mains vides. On leur a montré quelque rushs et ils sont repartis avec une vidéo sois disant d’avant projet. En fait la bande était toute noire.
Quelques temps après, ils nous rappellent pour nous dire qu’ils trouvent le travail intéressant. On ne revenait pas. Je me demande d’ailleurs encore ce qu’ils ont bien pu réussir à voir sur la vidéo.
On était super heureux de cette proposition de travail, mais là le vrai problème c’est qu’on avait plus que quinze jours pour monter ou plutôt faire un film. On s’est donc dispatché les rushs et on est parti chacun avec un Mac pour monter les rushs et faire quelque chose. A l’arrivée, il y avait deux parties qu’on a collées entre elles. »

Un film complexe ?
« Franchement, pas du tout, ce film là ne peut pas être plus simple !
Non, sérieusement, ce n’est de la provocation. Si on prend le temps de regarder Tropical Malady de près, c’est d’abord une histoire rose genre Harlequin et enfin un conte pour enfants.

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Charles de Meaux sera le producteur du prochain film de Apichatpong Weerasethakul: Syndromes and a Century, prévu d’ici Septembre 2007. Interprété par Nantarat Sawaddikul, Jaruchai Iamaram, Sophon Pukanok, Syndromes and a Century, devrait nous conter les souvenirs d’enfance du réalisateur thaïlandais auprès de ses parents médecins. Voici quelques images histoire de saliver jusqu’à la sortie de ce nouveau long métrage.

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Danse avec lui : Valérie Guignabodet (2007). Rencontre avec Valérie Guignabodet & Mathilde Seignier. Raoul Ruiz à la cinémathèque de Toulouse

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