Regard sur le cinéma italien contemporain

avril 18, 2007 at 1:41 2 commentaires

Du 13 au 22 avril, les 3e Rencontres du Cinéma Italien à Toulouse proposent un panorama hétéroclite et enthousiasmant des meilleures productions récentes. Retour sur un cinéma en pleine vitalité avec Jean Claude Mirabella conseiller de programmation pour le festival du cinéma italien de Villerupt en Lorraine.

Voyage en Italie

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Jean Claude Mirabella & Christine Grèzes pendant les 2nd Rencontres du Cinéma Italien à Toulouse

 

Pourquoi participer à ces Rencontres ?
Je suis professeur d’italien à l’Université l’Université Paul Valéry de Montpellier avec comme domaine de recherche le cinéma italien contemporain. C’est à ce titre que Christine Grèzes m’a contacté, dès la première édition, pour participer à la programmation et à l’animation de ce jeune festival.

Un cinéma en crise, formaté par la télévision privée italienne?
Le moment le plus difficile pour le cinéma italien a incontestablement été la fin des années 80. On a souvent lu en France que le cinéma italien était mort, alors que pendant toutes ces années, l’Italie est restée une grande nation productrice de films. On y produisait plus de 100 films par an, ce qui n’est pas rien. Aujourd’hui, quand des manifestations se créent comme Annecy, Villerupt, Bastia ou Toulouse, on s’aperçoit que le public vient. Donc ces festivals répondent à une demande. Et que vient voir ce public : un cinéma de jeunes réalisateurs. Alors est ce que c’est un cinéma formaté, je ne crois pas. J’ai d’ailleurs envie de reprendre ce que disait Gennaro Nunziante lors de sa venue à Toulouse l’an dernier : « finalement ce dont souffre le plus le cinéma italien, c’est de son passé ! ». C’est un cinéma qui a dominé le monde au milieu des 60’s. c’est vrai que ça a été un cinéma immense à tous les points de vus, au niveau des réalisateurs, des techniciens, des producteurs et des comédiens bien évidemment. Or, si on prend les 4 années 1974, 1975, 1976 et 1977 : en 1974, meurt Vittorio de Sica, en 1975 : Pier Paolo Pasolini, en 1976 : Visconti, en 1977 : Rossellini. Quelle cinématographie se remettrait de ce genre d’hémorragie ? Ce cinéma a rencontré de grandes difficultés, en perdant ses maîtres, mais également parce que la télévision privée a prospéré sans fois ni loi, puisqu’en Italie, il n’y a pas eu de cahier des charges comme il y en a eu en France.

Un cinéma qui s’exporte peu
C’est un cinéma qui a des difficultés à s’exporter mais qui peine aussi à être distribué dans son propre pays. Il me semble que le film d’Angelo Orlando : Sfiorarsi n’a toujours pas été distribué en Italie. C’est la conséquence de ce qui s’est passé dans les années 80 et 90, c’est-à-dire que le jeune public connaît mieux les réalisateurs et les comédiens américains que le jeune cinéma italien. Je continue d’être optimiste, mais c’est vrai que tant que le cinéma italien n’aura pas retrouvé des parts de marché intéressantes dans son pays, il sera difficile de l’exporter. Si on compare le cinéma d’il y a 30 ans à celui d’aujourd’hui, il faisait il y a 30 ans, environ 12% de part de marché en France. Aujourd’hui je crois que c’est moins de 2%. Alors ça tient à plein de choses, à commencer par la chute du cinéma italien. Quand on produit 115 films et quand on en produit plus de 500, ce n’est pas la même chose pour trouver des parts de marché à l’étranger. Quant à la deuxième chose, c’est l’émerge des nouveau pays comme l’Afrique ou l’Asie. Il est aujourd’hui plus facile pour un coréen ou un chinois d’être distribué en France que pour un italien. Une concurrence qui s’accroît d’autant plus avec l’arrivée en force des cinémas d’Amérique du Sud et du cinéma argentin en particulier. Maintenant on produit partout et chacun veut être distribué donc effectivement c’est une véritable lutte.

La comédie italienne, un genre plus facilement rentable ?
Je n’ai pas l’impression que le jeune cinéma italien distribué ces derniers temps relève de la comédie. Mais encore une fois, ce cinéma est victime de son passé. En France, on se souvient beaucoup de la comédie à l’italienne avec les grands comédiens comme Vittorio Gassman, ou les réalisateurs comme Scola, Risi, Monicelli et Comencini. On a tendance à vouloir aimer le cinéma italien dans ce registre là. Mais si on regarde les deux films italiens qui ont le plus marché ces dernières années, en 2006, Romanzo Criminale de Michele Placido, qui n’avait rien d’une comédie totalise 500 000 entrées et en 2003 avec pratiquement 700 000 entrées, c’est Respiro de Emanuele Crialese [auteur de Golden Door, actuellement en salles], assez loin lui aussi d’une comédie. Mais c’est vrai que l’on constate d’un autre côté, une persistance de la comédie italienne, souvent de qualité d’ailleurs. Par exemple, au Festival International du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez, cette année c’est un film de Carlo Verdone qui a enfin gagné. Il en est à son 20ème film et Mon meilleur ennemi [Il Mio miglior nemico] sera son premier film distribué en France. L’an dernier c’était aussi un film italien Leçons d’amour à l’italienne de Giovanni Veronesi, qui avait remporté le premier prix. Cette récompense me ravit d’autant plus que je pense que Giovanni Veronesi est un peu l’héritier de la grande comédie à l’italienne.

Des scénarios de qualité et des acteurs touchants constituent les points forts de ce nouveau cinéma italien!
Je me faisait justement la même réflexion, qui est aussi valable pour le cinéma français acteul d’ailleurs. C’est un cinéma très bien écrit, très sérieux, qui bénéficie d’une direction d’acteurs impeccable. C’est un vrai cinéma d’auteurs, fait souvent avec peu de moyens. Un film italien voit le jour avec les 2/3 du budget d’un film français! Mais c’est aussi un cinéma qui en digne héritier du néoréalisme est très attentif à la vie quotidienne. Je pense ici à Saimïr de Francesco Munzi ou Il vento fa il suo giro de Giorgo Diritti, grand prix d’Annecy 2006 à découvrir pendant ces Rencontres. Donc j’espère que ce cinéma va de nouveau avoir les moyens financiers de ses ambitions comme le promet le nouveau ministre de la culture.

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Jean Claude Mirabella est l’auteur du livre Le cinéma italien d’aujourd’hui (1976-2001), de la crise au renouveau [ed. Gremese]

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3e Edition des Rencontres du cinéma italien à Toulouse, 13-22 Avril 2007 Notes festivalières : 3e Rencontres du cinéma Italien

2 commentaires Add your own

  • 1. paul2canada  |  juillet 27, 2008 à 3:04

    En comédie italienne, je vous suggere mon blog. J’ai vu plus de 350 comédies italiennes.
    Le renouveau ne commence qu’a la fin des années 90 avec des réalisateurs comme Paolo Virzì ou le trio acteur, réalisateur et scénariste Aldo, Giovanni e Giacomo qui ont été en 2006 au box office italien no1 avec Anplagghed al cinema. Malheureusement ces films ne sont pas toujours exporté et nécessite de comprendre l’italien. Ce qui est exporté n’est pas toujours la meilleure qualité d’humour.

    Réponse
  • […] juin 2, 2009 En prélude aux prochaines Rencontres du cinéma italien à Toulouse prévue cette année du 27 novembre-6 décembre 2009, l’association Cinéma Paradiso nous propose de patienter avec cet hommage consacré à un à monstre du cinéma italien qui nous a quitté le 7 juin 2008: Dino Risi. Le tout suivi d’une présentation animée par un spécialiste du cinéma italien, Jean-Claude Mirabella. […]

    Réponse

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