L’âge d’homme : Raphaël Fejtö (2007). Rencontre avec Raphaël Fejtö et Romain Duris.

septembre 12, 2007 at 12:17 Laisser un commentaire

lage-dhomme.jpgFilm français

Réalisation : Raphaël Fejtö
avec Avec Romain Duris, Aïssa Maïga, Clément Sibony

Date de sortie : 12 Septembre 2007

Distribution : UGC

Synopsis : Samuel a 30 ans. Ex-célibataire endurci, il prend peur au moment de s’engager sentimentalement. Il se donne alors vingt-quatre heures pour décider s’il va rompre ou non avec cette femme qu’il aime.

Second long métrage de Raphaël Fejtö, L’âge d’homme peint avec une délicieuse ironie l’angoissante métamorphose d’un éternel adolescent trentenaire en adulte assumé. Oscillant frénétiquement entre sketches boutonneux et observations fines, ce portrait de la génération Ikea désarme puis ravit en un tour de main.

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Je vais bien, ne t’en fais pas

Une histoire d’amitié et de complicité
Romain Duris : En septembre, ça fera 20 ans que nous nous connaissons !
Raphaël Fejtö : On s’est rencontré en 4ème. J’avais 13 ans et j’étais heureux de découvrir un complice de déconnade. Très vite, on s’est mis à écrire, à dessiner, ou à faire de la musique ensemble, ce qui a forgé notre complicité.
Romain Duris : Et c’est plus tard, que Raphaël Fejtö à été le premier à avoir l’idée et l’envie de filmer les sketches ou les conneries qu’on composait.
Raphaël Fejtö : A 18 ans, j’ai acheté ma première caméra, à l’époque c’était un HI8, avec l’argent que j’avais gagné, 6 ans auparavant, en jouant dans Au revoir les enfants de Louis Malle. J’ai passé mon bac et j’ai commencé à écrire et à réaliser mon premier moyen métrage : 56 fois par semaine, dans lequel jouait déjà Romain Duris. C’était une espèce de prémices de Osmose (2004) qui était un prémices de L’âge d’homme (2007), lui même prémices de beaucoup d’autres choses. Mais, pour moi, la question d’utiliser ou pas Romain Duris ne s’est même pas posée. Je voyais en lui une sorte de phénomène. Il avait cette énergie qui vous donne envie de le filmer et je sentais déjà qu’il aimait se mettre en scène. Ça m’a donc paru aussi naturel de le filmer que de me lancer dans le cinéma. C’était ma source d’inspiration première depuis mes 15 ans ! Alors, si Romain Duris a aujourd’hui le premier rôle dans L’âge d’homme et apparaît dans presque tous les plans du film, c’est bien sûr par amitié, par complicité, mais c’est aussi parce qu’il est capable d’un milliard de choses. Du coup, on a pu se permettre d’improviser et d’introduire quelques sketches qui n’étaient pas écrits, comme Leonard de Vinci faisant du hip-hop, par exemple.

Un rôle d’éternel adulescent
Romain Duris : Disons que je l’ai incarné dans les films de Cédric Klapisch et de Raphaël Fejtö, peut être. Mais, cette image d’adolescent plutôt « cool » qui me colle à la peau, c’est vous qui me la renvoyez. Alors que quand je choisi des rôles, c’est toujours avec le cœur et parce qu’il y a un fond qui m’intéresse.
Raphaël Fejtö : Beaucoup confondent l’acteur Romain Duris et les personnages qu’il incarne à l’écran. Je pense que c’est un quiproquo qui est né avec le film de Cédric Klapisch : Le péril jeune (1994), où il incarnait un personnage un peu foufou, très proche de lui puisqu’ils avaient 18 ans et partageaient cette même légèreté de la vie. Mais par la suite, Romain à toujours choisi des rôles, qu’ils l’intéressaient et non par proximité. Quand il a du jouer le rôle de Xavier dans L’auberge espagnol (2002), il l’a interprété avec le même sérieux que son personnage dans le film de Jacques Audiard, De battre mon cœur s’est arrêté (2005). C’était déjà un vrai travail d’acteur qui à mon avis était passé un peu à l’as.

Mélange des genres
Raphaël Fejtö : C’est vrai que j’ai féminisé les rôles masculins, à commencer par le personnage de Romain, à qui j’ai prêté des préoccupations ou des postures que l’on a l’habitude de réserver aux femmes. Ça m’amusait assez de jouer avec ces clichés machistes. Aujourd’hui je crois que les femmes s’assument beaucoup plus qu’il y a une ou deux générations. Elles ont conquises un peu du pouvoir qui, jusque là, était réservé aux hommes. Et heureusement d’ailleurs! Mais, en parallèle, on constate que les hommes assument de plus en plus leur féminité. Alors, à savoir s’il y un lien de cause à effet, entre ces deux faits, je vous laisse seul juge. Mais c’est vrai que, du coup, dans ce film, les personnages féminins paraissent plus mures, plus solides dans leur boulot, plus « homme » quelque part. Après tout, c’est peut être un peu pour cela qu’il y ce bordel, qu’à force d’être « féminisés », les hommes mettent de plus en plus de temps à s’engager et à devenir adulte. C’est peut être parce qu’on reste à la fois dans un monde plus féminin et enfantin à la fois.
Romain Duris : Je pense que les hommes, sont plus lent à sortir de cette adolescence prolongée. A 30 ans ou 34 ans, ils sont encore un peu indécis. Ils continuent d’imaginer comment vivre leur vie le mieux possible.

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Construction chaotique pour génération en perte de repères
Raphaël Fejtö : Ma plus grande ambition sur ce film était de juxtaposer des scènes drôles avec des scènes extrêmement touchantes ou tristes. Donc effectivement, j’ai contrebalancé certaines réflexions par des sketches. Mais vous savez, je ne cherchais pas à faire un constat sur le monde, sans quoi je serais sociologue. Je suis simplement réalisateur. J’ai la trentaine et je m’inspire des choses que je vis. J’aime mes contemporains. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir de l’ironie, et sur moi le premier. Mais plus simplement, j’ai effectivement conçu ce film comme un joyeux bazar, résumant bien ce qui se passerait dans le cerveau sous pression de mon personnage. Je voulais raconter 24 heures de sa vie, mais pas d’une manière classique. Si mon film s’appelle L’âge d’homme, c’est avant tout une blague.

Un casting cosmopolite décomplexé
Raphaël Fejtö : Il n’y a ni calcul, ni démagogie. Je cherchais une actrice, et il se trouve que la meilleure était Aïssa Maïga. Je n’essayais pas de représenter la mixité culturelle actuelle puisqu’au départ, ce rôle était écrit pour une fille blanche et blonde. Mais, je n’ai rien changé au scénario et je crois que c’est ce qui a ajouté une pointe de modernité au film. Car ici, ce qu’il y a de plus contemporain c’est qu’on ne parle pas de sa couleur de peau. Ce n’est jamais un problème, c’est comme ça, point. Je crois que ça m’a évité de tomber dans les clichés. Pourtant, même si mes producteurs ont accepté Aïssa Maïga, je ne prétendrai pas que le monde du cinéma s’est enfin ouvert aux minorités.
Romain Duris : Ce serait même faux de prétendre cela. J’ai des potes comédiens qui sont de couleur et qui ont moins de travail que les autres. Il n’y a pas plus d’ouverture dans le cinéma qu’ailleurs.
Raphaël Fejtö : Prenez aussi Rachid Djaïdani qui joue le personnage de Mounir dans le film. Au départ son personnage devait s’appeler Julien. Ce rôle n’était d’ailleurs pas du tout prévu pour lui au moment de l’écriture. Je lui ai proposé le rôle plus tard, et c’est lui, au moment du tournage, qui est venu me dire qu’il aimerait mieux porter un nom qui lui correspondrait plus. Sur le coup je n’y avais même pas pensé, mais au final, ça lui a fait extrêmement plaisir de jouer d’une part, un rôle loin des clichés et des stéréotypes auxquels on le cantonnait et d’autre part, de porter un prénom qui lui corresponde. L’appeler Julien, c’était une autre manière de le franciser et donc de le mettre dans un moule. Là, il s’appelle Mounir! Mais je trouve grave d’en arriver là en 2007! Mon rêve, ce serait que, tout d’un coup, tous comprennent que Aïssa Maïga écrit aussi gros que Romain Duris dans un film, ça marche !

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Mi – saison 2007 à la Cinémathèque de Toulouse Rencontre avec Robert Guédiguian pour la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque de Toulouse.

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