99F (2007). Rencontre avec Jan Kounen.

septembre 26, 2007 at 9:56 Laisser un commentaire

99f.jpgComédie dramatique française

Réalisation : Jan Kounen
Avec Jean Dujardin, Jocelyn Quivrin, Patrick Mille

Date de sortie : 26 Septembre 2007

Distribution : Pathé Distribution

Synopsis : Octave est rédacteur publicitaire. Pour lui, « l’homme est un produit comme les autres ». Il fait et défait les modes en un tour de main. Pourtant, couvert d’argent, de filles et de cocaïne, Octave doute. Deux événements viennent bouleverser le cours sa vie dorée : son histoire d’amour avec Sophie, et une remise en cause professionnelle. Le doué Octave déjante alors et décide de se rebeller contre le système qui l’a créé.

Critique cinglante, brouillonne et primaire de l’univers de la publicité, 99F peine à nous faire prendre pour du cinéma, ce qui n’est qu’un fade produit culturel pour adolescent. Tentative d’explication en compagnie de Yan Kounen, Jean Dujardin et Jocelyn Quivrin.

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La charge de la brigade légère

Une relecture du roman de Frédéric Beigbeder
Jan Kounen : 99 francs est un livre un peu rock’n’roll. Je pense donc que c’est pour cette raison qu’on m’a proposé son adaptation au cinéma. Parce que je suis l’auteur de film trashs et déjantés comme Doberman ou Vibroboy. De mon côté, j’ai accepté cette aventure parce qu’elle m’offrait l’opportunité d’expérimenter, d’être créatif. C’était aussi un virage, qui me permettait de revenir à un cinéma mental, vif, nerveux que j’étais plutôt en train de quitter avec des films plus contemplatifs. Un retour vers cette culture un peu punk, rendu possible parce qu’il y avait un sujet derrière ce film, un fond militant que me donnait l’occasion de taper sur le système de la pub et l’hyperconsommation. Et ça j’en avais envie ! Mais c’est la lecture du bouquin qui m’a amené à faire ce film. J’aime son ton, sa manière de vous faire rigoler avant de vous asséner en quatre phrases, une vérité sur le monde qui vous laisse sans voix.

Du roman au cinéma
Jan Kounen : Le roman n’offrait pas de porte de sortie. C’était un cauchemar final. Or, je n’avais pas envie de construire un film désespéré. J’ai donc accepté ce projet à condition d’en revoir la fin : on va être violent, noir, mais pour le spectateur, il va y avoir cette porte de sortie. Du coup j’y ai glissé des choses personnelles. Ici, c’est la jungle, le monde indigène et leur médecine. Mais c’est encore une mise en abîme puisque c’est une fausse porte de sortie. On ne pouvait pas, compte tenu du sujet, offrir un happy end.

Le ton du film
Jan Kounen : On a dit du livre qu’il était cynique pour attaquer le cynisme. Il y a quelque chose d’identique dans le film. C’est-à-dire qu’il est très cynique et en même temps, je n’ai pas l’impression de l’être. En revanche, il y a une forme de dureté dans l’humour qui permet d’appuyer là où ça fait mal. C’est un univers glacé et méchant. Du coup, dans la salle, on rit franchement, et c’était mon intention, mais il y a aussi des moments où les estomacs se nouent, et c’est normal d’avoir une petite boule à l’estomac, c’est fait pour !

Un film construit comme une publicité
Jan Kounen : La publicité, c’est quelque chose qui doit être fort, ce doit donc être une image qui séduit. Avec ce film, je me suis amusé à pratiquer l’aïkido, c’est-à-dire que je combats ce système là, avec ses propres armes. Ici, je cherchais à montrer que la dimension de publicité c’est-à-dire de manipulation, est utilisée partout. Si ce n’est que la publicité a au moins le mérite de nous prévenir. Donc je manipule les gens pour leur dire regardez comme c’est facile d’être manipuler. Je ne cherche à convaincre personne de rien. Par contre, j’ai envie que les gens s’interrogent, qu’il regardent la publicité un peu autrement.

Nostalgie publicitaire
Jan Kounen : Quand j’ai débuté au cinéma, je trouvais que certains réalisateurs de publicités étaient de vrais artistes. J’en cite d’ailleurs quelques-uns dans le film comme Jean-Paul Goude ou Jean Baptiste Mondino. Ils étaient plus intéressants que pleins de cinéastes, parce que tout d’un coup, sur un clip ou sur une pub, ils me faisaient rentrer dans un univers que je ne connaissais pas. Donc, non, je ne suis pas antipub, puisque j’en réalise encore. Par contre je trouve que ça va mal. J’aimerai que la pub soit un peu différente, moins standardisée, et moins envahissante. Mais j’apprécierais surtout qu’on arrête de nous prendre pour des cons.

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Octave, un rôle difficile ?
Jean Dujardin : Je me suis contentait de suivre les conseils de Frédéric Beigebeder. Il m’avait envoyé un petit texto en me disant : « Jean, tu mets la perruque, les lunettes et la suffisance et ça ira très bien ! ». Et effectivement, tout c’est fait très naturellement. Après je ne crois pas que ce soit un rôle qui risque de surprendre ou de dérouter « mon » public. Non, je crois que les gens sont beaucoup plus ouverts que ça. Ils ne sont pas du genre à sa formaliser en disant : « il nous a choqué Dujardin ». Je crois qu’ils ont envie de me voir dans plein de choses, donc j’essaye différentes situations. Mais au fond, c’est notre métier. Je n’ai jamais dit que je ne serai qu’un comique ou que je travaillerai pour les moins de 12 ans. Et puis j’ai déjà eu des rôles plus complexes, plus sombres, je pense au Convoyeur, à Contre enquête, ou même Mariages. Alors on se souvient évidement que de ce qui brille et de ce qui marche. Mais je n’ai pas peur de surprendre, au contraire, j’ai même l’impression qu’ils me le demandent. Ils me disent même merci pour ça. Et puis c’est un plaisir très égoïste, je m’amuse et j’ai envie de m’amuser.

Fier d’être utilisé pour démonter un système
Jean Dujardin : Je n’ai jamais été super provoc. En revanche, je suis super fier de participer à 99F. Je ne sais pas si ce film marchera, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il va rester ! Et puis c’est génial d’avoir un film comme cela dans une filmographie, non ? Je ressens la même fierté que sur OSS 117. Parce que OSS 117 c’est assez politiquement incorrect aussi. C’était même un peu tendu à l’époque, et ça l’est encore un peu d’ailleurs sur le propos. Mais c’est fait aussi pour ça le métier, non ?

Second rôle derrière Jean Dujardin
Jocelyn Quivrin : C’était moins difficile que je ne l’imaginais. Car Jean a cette intelligence de ne pas tout ramener à lui et de savoir que quand on fait un film, on ne le fait à plusieurs, il faut respecter un metteur en scène et être capable de se reposer sur ces camarades acteurs. J’étais moins habitué aux comédies que lui, forcément, mais il m’a fait de suite me sentir très à l’aise. Mais Jean est tellement généreux qu’il donne envie d’être généreux ! C’est vrai que c’est lui qui m’a choisi, qui m’a présenté à Jan Kounen, pour le rôle, donc je ne peux que l’en remercier. C’est un très bon camarade de jeu ! Ce film était une vraie rencontre avec Jean.

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