Cortex (2008). Rencontre avec Nicolas Boukhrief.

février 6, 2008 at 9:48 2 commentaires

cortex.jpgThriller français

Réalisation : Nicolas Boukhrief
avec André Dussollier, Marthe Keller, Julien Boisselier

Distribution : Wild Bunch Distribution

Date de sortie : 30 Janvier 2008

Synopsis : Un flic retraité, à la mémoire défaillante, intègre une maison de repos spécialisée et commence à suspecter des crimes dans l’établissement.

5 ans après Le Convoyeur, Nicolas Boukhrief, s’entoure de la même équipe pour réaliser Cortex, polar puzzle angoissant sur fond de maladie d’Alzheimer. Porté par André Dussollier tout en retenue, ce huit clos silencieux séduit par sa singularité et son humilité. Rencontre avec un réalisateur et une scénariste happés par l’ampleur de leur sujet.

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Une affaire d’identité

Comment vous est venue l’idée de mélanger polar et Alzheimer ?
Frédérique Moreau : On pensait orienter le film vers le fantastique. On s’est donc mis à évoquer ce qui nous faisait le plus peur, à savoir perdre la mémoire. Le scénario s’est alors modifié. L’aspect polar, très marqué du début, s’est peu à peu dilué en découvrant cette maladie, les patients et les gens qui la traitent.
Nicolas Boukhrief : C’est drôle la mémoire, ce dont je me souviens, c’est que l’on voulait tous les deux faire un film sur des gens d’une génération au dessus de la notre. Très vite, on est parti sur un polar et Alzheimer est venu bien plus tard.
Frédérique Moreau : On voulait vraiment s’orienter vers un film de genre. D’ailleurs, dès les premières versions, on a cherché à représenter les hallucinations du malade. Puis Nicolas a préfère la sobriété en refusant de montrer quelque chose auquel on n’accède pas.
Nicolas Boukhrief : Comme pour Le convoyeur, c’est en enquêtant qu’on s’est retrouvé confronté à des réalités humaines qu’on ne soupçonnait pas. J’ai été tellement frappé par l’humanité de ces personnes, que tout l’aspect gothique a disparu. Le film s’est énormément adouci, il a mûri.

Le fantastique revient par bribes ?
Nicolas Boukhrief : Le film devait nous permettre de ressentir le monde à travers les yeux de quelqu’un atteint d’Alzheimer. C’est un film sur la sensation, sur l’émotion et pas du tout intellectuel. Mais on ne pouvait qu’aller vers le fantastique puisqu’on travaille sur une vision altérée du monde.

Le giallo est une source d’inspiration ?
Nicolas Boukhrief : Oui, avec cette idée de qui est le tueur. Effectivement, c’est un genre auquel on a pensé. D’ailleurs la première version du film était plus giallo, au sens graphique du terme, avec plus de meurtres. Puis quand on a découvert la réalités d’Alzheimer, il est devenu giallo uniquement dans le fait que le giallo représentante toujours des meurtres dans un milieu donné : la mode, la politique…

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André Dussollier s’est-il imposé dès le scénario ?
Nicolas Boukhrief : Dès qu’on a commencé l’écriture, j’ai pensait à lui. Il avait une certaine beauté, de la prestance et de la classe. Il fallait à la fois un acteur que tout le monde connaisse et qui en même temps ne soit pas habitué à ce genre de premier rôle. Quelqu’un qu’on n’a pas vu trop souvent pour rentre son personnage crédible et attachant. Dussollier répondait parfaitement à ces exigences. Au début, on nous a dit de prendre Delon, mais ça ne m’intéressait pas de faire Le samouraï a Alzheimer (rires) !

C’est lui qui imprime sa lenteur au film ?
Nicolas Boukhrief : C’est le rythme qu’il a imposé au personnage. Vous savez, on ne filme toujours que le rythme de l’acteur. Et c’est la façon dont il a abordé la maladie aussi. Mais c’est une des données fondamentale de ces endroits la lenteur, la douceur du son.
Frédérique Moreau : Et puis on est dans le tête du personnage donc on perçoit tout comme lui.

Quelles est la symbolique du Rubik’s cube ?
Nicolas Boukhrief : C’est une invention de Titoff, le comique marseillais. Il y a 5 ans, je devais réaliser une comédie, une espèce de film à la John Waters et Titoff, qui n’était pas très connu à l’époque, était d’accord pour le faire. Le personnage principal était un serial killer complètement explosé qui avait un comportement manique avec un objet à définir. Et Titoff m’avait dit à l’époque, pourquoi pas un Rubik’s cube, qui serait comme un animal pour lui et là il est partit dans un ce ces délires où il parlait et jouait avec le Rubik’s cube. Ce film ne s’est jamais fait, mais j’avais gardé cette idée dans un coin de ma tête et au moment de Cortex, je cherchais un objet qui fasse travailler la mémoire au personnage de Dussollier et j’ai pensé au Rubik’s cube. Ce n’est que plus tard qu’on s’est rendu compte que l’on donnait réellement cet objet aux personnes atteintes d’Alzheimer quand elles avaient des moments de stress. Ça les détend. D’ailleurs, c’est même le logo d’une association de malade d’Alzheimer.

Le travail des autres acteurs
Nicolas Boukhrief : Ils étaient tous très préparés et ont tous pris cela très au sérieux. Il y avait comme une sorte de contrat moral sur ce film. On savait tous qu’il fallait être très précis pour ne pas faire injure aux gens qui étaient concernés directement par la maladie. On est content puisque jusque là, les médecins qui ont vu le film trouvent que la représentation d’ Alzheimer est juste, qu’on ne caricature pas. Donc pour moi, le contrat est atteint. Le reste, les entrées, c’est une autre affaire. Je crois qu’au départ on a sous estimé cette matière et qu’au font c’est elle qui nous a embarquée.

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Une rencontre diffusée le 30 janvier, à télécharger ici.

[En cliquant sur ce lien, une page Internet MegaUpload s’ouvrira. Entrez les lettres dans la case correspondante, puis faites OK. Ensuite il faut patienter quelques secondes (le temps du décompte. Puis cliquez sur download, et choisissez l’emplacement du fichier mp3 sur votre disque dur.]

La musique utilisée sur le montage de l’interview est extraite de la BO du film composée par Nicolas Baby.

Bonne écoute !

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Cofondateur avec Christophe Gans de la revue de cinéma culte Starfix, Nicolas Boukhrief signe avec Cortex son 4ème long métrage. Après le succès public et critique de Le Convoyeur (2003), thriller économe sur fond de drame social, le cinéaste refuse la facilité. Cortex est un film lent, angoissant et oppressant. Un huit-clos doté d’un univers graphique très personnel et d’un rythme étonnant. Le temps y semble dilaté. La lente évolution de la maladie, la désagrégation de la mémoire, l’effet des calmants, semblent imprimer leur rythme à l’action. La mise en retrait de la musique, les longues plages de silence inquiètent et hypnotisent. Dussollier, impeccable et touchant, déambule, se débat dans cet univers cotonneux, combat la perte de sa mémoire ainsi que son agresseur potentiel en lisant et prenant des notes.Documenté, filmé au plus près des malades, Cortex nous plonge dans un labyrinthe ouateux, pour une partie de cache-cache mortel.

Pour info, il y a 860 000 malades d’Alzheimer aujourd’hui en France et 225 000 de plus chaque année (source : Association France Alzheimer)

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