Faubourg 36 (2008). Rencontre avec Christophe Barratier.

septembre 24, 2008 at 9:00 Laisser un commentaire

Comédie dramatique

Réalisation : Christophe Barratier
avec Gérard Jugnot, Clovis Cornillac, Kad Merad …

Distribution : Pathé Distribution

Date de sortie : 24 septembre 2008

Synopsis : Dans un faubourg populaire du nord de Paris en 1936, l’élection printanière du gouvernement de Front Populaire fait naître les plus folles espérances et favorise la montée des extrêmes. C’est là que trois ouvriers du spectacle au chômage décident d’occuper de force le music-hall qui les employait il y a quelques mois encore, pour y monter un « spectacle à succès ».

4 ans après le succès inattendu des Choristes, Christophe Barratier s’entoure des mêmes têtes d’affiches, pour exalter bons sentiments et esprit de groupe sur fond de music hall. Carte postale chorale du Paris fantasmé des années 30, Faubourg 36 enchantera les chœurs sensibles d’un public déjà acquis. Rencontre avec la grande distribution du cinéma populaire.

La belle équipe

Comment aborde t-on l’après Choristes ?
Christophe Barratier : Mieux parce qu’on gagne en confiance, même si des doutes persistent. J’ai toujours pensé que mon salut viendrait de ma capacité à écrire un second scénario personnel pour prouver que ce succès était mérité et légitime. Je désirais un film universel, plus ambitieux mais je ne voulais pas d’une coquille vide aux beaux décours. J’ai vu trop de réalisateurs qui après un succès oublient d’écrire un scénario solide avec des personnages forts. Donc pendant deux ans j’ai peaufiné mes personnages. Je crois que c’est là que réside la force de mon cinéma.

Le choix des premiers rôles
Christophe Barratier : J’ai débuté l’histoire avec la certitude que ce serait Gérard Jugnot et Kad Merad, après ce qu’on avait vécu sur Les Choristes. Sans oser parler de famille, j’aime bien l’idée de retrouver régulièrement les mêmes personnes. En revanche j’avais deux doutes : d’abord Clovis Cornillac, que je ne connaissais pas mais que je souhaitais pour ce rôle, au point d’écrire son personnage, avant qu’il ne l’accepte, et enfin Nora Arnezeder dont je n’imaginais même pas l’existence avant ce casting. Je rêvais d’une vraie chanteuse, douée pour la comédie, façon Judy Garland, et Nora répondait non seulement à ce que j’attendais, mais plus encore, puisque ses essais sur pellicule ont fait l’unanimité. C’est très rare de trouver des gens comme elle en France.

Est-ce que c’était facile de tourner avec une telle équipe ?
Nora Arnezeder : C’est fascinant, ce n’est pas facile. C’est des craintes, la peur de trop en faire ou pas assez, voire de décevoir. Mais finalement je suis arrivé sur ce tournage comme la petite comédienne en devenir que j’interprétais et j’en suis ressorti grandie. Je sens vraiment que j’ai progressée. C’était assez extraordinaire, je me sentais comme dans une bulle, un rêve, au milieu de si grands acteurs.

Pourquoi revenir sur ce passé de la France et ne pas traiter une période plus contemporaine ?
Christophe Barratier : En réalité, je n’ai aucun attachement particulier à cette époque. Un jour Reinhardt Wagner, mon compositeur, m’a envoyé une série de chansons qui traitaient d’un petit quartier de Paris dans les années 30. C’était des petits clins d’œil, pas des parodies, mais il y avait comme un parfum d’époque des petits quartiers du Paris populaire qui m’évoquait des images. L’idée de recréer ce Paris d’avant guerre et donc née de là. Je n’ai donc pas décidé, au départ, de faire un film sur les années 30. Après j’aime le cinéma de studio, le cinéma de récréation qui nous permet d’explorer les temps anciens. Mais, je n’ai aucune nostalgie des années 30. Je n’aurai absolument pas voulu y vivre. Mais j’aime redécouvrir ces moments qui sont riches en histoires. Quant à la contemporanéité, je ne cherche pas à la fuir, c’est seulement que pour le moment, elle ne m’a pas encore inspiré. Le jour où ce sera le cas, je vais évidement faire quelque chose de contemporain, mais pour le moment, ce qui m’inspire, ce sont nos pages d’histoire. Pour ce film, j’ai vécu 4 ans immergé en 1936, et j’y vis encore. Passer 4 ans dans une époque que je ne connaissais pas, c’est d’une richesse inépuisable. J’ai acheté tous les journaux de 1935 à 1937, j’ai réappris le quotidien des français. J’aime m’immerger dans l’histoire pour proposer aux spectateurs ces voyages dans le temps. Mais loin de moi l’idée de professer que c’était mieux avant. C’est meilleur aujourd’hui et je pense qu’on vit dans le meilleur des mondes possibles. Mais il y a aussi, dans le passé, cette matière de cinéma, de visuel. Il suffit de voir les acteurs quand on les habille en costume et qu’on les plongent dans les décors. Il y a quelque chose qui s’allume dans leur regard, qui pétille davantage que lorsqu’on décide de tourner à même la première rue venue. C’est pareil pour le public.
Gérard Jugnot : Cette époque est riche d’enseignements à la fois tragiques et heureux. Je crois que c’est là qu’il faut rechercher une passerelle avec Les Choristes. Avec ce second film, Christophe a forgé une route, il montre avec une maîtrise et une technique de cinéaste formidable, qu’il est un auteur qui aime développer les thèmes de la fraternité et la solidarité grâce au chant. On a ici trois coulions, trois sans grade qui se retrouvent sur le pavé et qui vont retrouver l’espoir, la dignité en chantant et en dansant leur vie. Ce n’est pas du passéisme.

Le plus ici c’est que vous abordez des thèmes plus politiques qui font écho au monde contemporains ?
Gérard Jugnot : Regardez comme Les Choristes ont raisonné dans les banlieues, c’est un truc insensé. C’est un film qui a touché beaucoup plus les mômes que l’Esquive dans lequel ils ne se voyaient pas sublimés, mais ils y voyaient leur quotidien. Je crois que c’est la même chose avec Faubourg 36, c’est ce rêve de fraternité.
Christophe Barratier : Dès qu’on situe un film dans une société quelle qu’elle soit, il y a forcément du politique et il y en a forcément là. C’est pour cela que le front populaire est intéressant, c’est très riche. 1936 n’est pas 1935, c’est très particulier. Le retour de la gauche après 20 ans d’absence, ce fameux train de réformes dont les congés payés font parti, sans oublier la semaine de 40h et pour la première fois un syndicalisme qui s’exprime. Les grèves de 1936, c’est 2 millions de personnes avec un esprit très fraternel. Je trouve touchantes ces photos d’ouvriers qui levaient le poing d’autant que cet engagement là, il a disparu aujourd’hui. Il suffit de regarder la gauche qui préfère s’étriper pour savoir qui va la diriger.

Qu’est ce qui a séduit dans ce film ?
Gérard Jugnot : C’est son aspect politique bien sur, mais c’est surtout son aspect humaniste. Puisque ce sont des gens simples qui tombent. Et ça, mon personnage, ce machiniste malmené par la vie, il en a des malheurs pour le coup, mais grâce à cette amitié il va pouvoir retrouver une dignité et la force de se regarder dans une glace. Ce que je trouve formidable avec ce film c’est qu’il est profondément triste, désabusé. Le monde décrit danse sur un volcan, il y a la guerre d’Espagne qui pointe, le fascine, le nazisme et en même temps il y a cette éclaircie où se dessine cette réussite humaine.
Clovis Cornillac : J’aimais l’idée de montrer ces gens qui travaillaient dans un théâtre mais qui n’étaient absolument pas voués à être artistes interprètes. C’est pas son truc lui à Milou. Et je trouve très beau qu’à un moment ils prennent leur destin en main. Ça dénote face à notre époque où on a tendance à nous isoler, à nous dire que rien n’est possible. Et pourtant, historiquement c’est arrivé. C’est parce que ces gens se sont battus en 1936 que nous bénéficions toujours des congés payés.

C’est du cinéma populaire ?
Gérard Jugnot : Ici le cinéma c’est la vie en mieux. Les personnages sont plus humains, plus dignes, l’amour y est plus fort, plus éternel. Donc oui, c’est un cinéma populaire dans la mesure ou il véhicule le rêve que la vie est belle alors qu’on sait tous très bien qu’elle se termine mal. Le cinéma n’est pas la vie. Il ne la changera pas.
Clovis Cornillac : En tout cas ce cinéma là, il n’a pas cette prétention, ce n’est pas un Ken Loach. On le voit, dans le projet il y a un côté fable. Il n’est pas question ici de faire un documentaire.

Quelles on été vos références cinématographiques ?
Christophe Barratier : A par La Marseillaise de Renoir et La vie est à nous qui était des œuvres politiques de propagandes, je me suis imprégné du parfum de films d’époque comme Le crime de Mr Lange ou Le jour se lève qui sont profondément emblématiques de 1936 dans la mesure ou ils portait à la fois de grandes espérances et toute une détresse qui allait ensuite tomber sur le peuple français. Mais bien évidement, je n’avais pas envie de faire un film au format carré et en N&B. Après, de toutes ces références, il ne reste que des archétypes de ce cinéma : celui de l’aristocratie ouvrière façon Gabin, le monsieur tout le monde façon Blier, la jeune première façon Morgan ou les grands salaud flamboyant façon Jules Berry. Après, on a tournait entièrement le film en studio.

Pourquoi faire appel au chef opérateur Tom Stern ?
Christophe Barratier : Quand on m’a parlé de Tom Stern, j’ai dit que je le connaissais ayant pu apprécier son travail sur Million dollar baby ou Mystic river de Clint Eastwood. Mais il me semblait insensé de la faire venir des Etats-Unis. Heureusement pour moi il vivait dans le Gers. Je lui ai envoyé le scénario et quand il a vu que le projet n’était pas bidon, il a dit bingo. Je le voulais car avec son expérience de studio, il savait manager une grosse équipe et techniquement il faisait des lumières avec un parti pris fort or c’était justement ce que recherchais. Je voulais échapper au réalisme, créer un Paris idéal avec un parti pris esthétique très appuyé que peu de personnes en France était à même de m’offrir.

Cette collaboration était un moyen de mieux exporter le film ?
Christophe Barratier : Non, pour moi ce qui fait la valeur d’un film étranger, c’est l’universalité des sentiments et des personnages. Ce n’est certainement pas un décor. Si j’ai bien compris une chose avec Les choristes, que tous considéraient comme un film trop franco français donc invendable à l’étranger, c’est qu’il y a des sentiments universels. La preuve, le film c’est très bien exporté !

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1er Festival du Cinéma Roumain, Toulouse, 15 au 21 Sept. 2008 13e Festival Cinespana 2008

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