Les bureaux de Dieu (2008). Rencontre avec Claire Simon.

novembre 6, 2008 at 2:29 Laisser un commentaire

bureaux1Comédie dramatique française

Réalisation : Claire Simon
avec Anne Alvaro, Nathalie Baye, Michel Boujenah

Date de sortie : 05 Novembre 2008

Distribution : Shellac

Synopsis : Djamila aimerait prendre la pilule parce que maintenant avec son copain c’est devenu sérieux. La mère de Zoé lui donne des préservatifs mais elle la traite de pute. Nedjma cache ses pilules au dehors, car sa mère fouille dans son sac. Hélène se trouve trop féconde. Clémence a peur. Adeline aurait aimé le garder, Margot aussi. Maria Angela aimerait savoir de qui elle est enceinte. Ana Maria a choisi l’amour et la liberté. Anne, Denise, Marta ,Yasmine, Milena sont les conseillères qui reçoivent, écoutent chacune se demander comment la liberté sexuelle est possible. Dans les bureaux de Dieu on rit, on pleure, on est débordées. On y danse, on y fume sur le balcon, on y vient, incognito, dire son histoire ordinaire ou hallucinante.

Avec Les bureaux de Dieu, Claire Simon pose un regard sensible sur le quotidien d’une permanence du planning familial et dresse un bilan alarmant de la condition féminine en France aujourd’hui. Rencontre avec Claire Simon, cinéaste audacieuse adepte du cinéma direct.

bureaux2

Coûte que coûte

Comment à débuter l’idée de ce film?
Claire Simon : J’ai construit ce film à partir de scènes que j’ai pu observer dans un planning familial de Grenoble entre 2000 et 2007. J’ai découvert un lieu extraordinaire et actuel de la transmission intergénérationnelle entre femmes. Beaucoup de femmes ou de jeunes filles arrivent là en cachette de leur famille, de leurs amis ou amies, ou même de leur médecin de ville. Elles viennent car elles sont devant des choses difficiles à vivre, à dire ou à penser en privé et en société. J’ai eu envie de peindre toutes ces femmes, leurs gestes, leurs silences, celles qui passent et les reçoivent, la lassitude et l’enthousiasme.

Pourquoi décider d’en faire une fiction plutôt qu’un documentaire ?
Claire Simon : La question ne s’est pas posée car c’était simplement impossible de faire un documentaire. Je voulais avant tout filmer la parole et pour ça j’avais besoin d’installer une caméra pendant l’entretien. Je ne pouvais pas, ça n’aurait eu aucun sens. D’abord la conversion perdait sa liberté et sans parlait du respect de l’anonymat de la personne et la conversation qui y était tenue. Cette question du secret m’a détourné du documentaire. Donc il fallait faire autrement. Bien sur que je me suis demandée comment raconter ce que je voulais filmer, comment raconter aussi ce que j’avais vécu vu et vécut dans ce centre du planning familiale. Il fallait construire une histoire. Comme j’aime l’idée d’être à cheval entre la fiction et le documentaire, j’ai assez vite choisi de faire rejouer les conversations, ces bouts de vie que j’avais enregistrées par des acteurs. Ces bribes de réalité sont devenu mon scénario. Mais je n’ai pas réécrit les dialogues. Du coup, dans ce documentaire, je filme des figures légendaires, plus que des cas sociaux. Je voulais aller à l’encontre des préjugés des spectateurs et filmer des femmes que les touches et envers qui ils pourraient se reconnaître. Donc la fiction permettait cet universalisme.

bureaux3

Pourquoi avez choisi de longs plans séquences et de nombreux champs contre champs pour vous exprimer ?
Claire Simon : Je cadre mes films, c’est plus simple pour moi. Mais, souvent j’aime beaucoup ne faire qu’un seul plan, ça me permet de fabriquer tout de suite, le film que je vois et comme çà d’en être le premier spectateur. Après, ça donne aussi une impression de réalité, d’urgence que je trouvais justifier pour raconter cette histoire. Ça brouille un peu plus les cartes entre documentaire et fiction. Quand aux champs contre champs, ils me permettent de mettre l’accent sur les mots et la parole. Car si vous vous souvenez, on ne voit pas la tête de la personne qui parle, pendant l’entretien, on voit celle qui écoute et on voit la scène. La parole est entre les personnes donc je filme plus celle qui écoute plus que celle qui parle. Et au cinéma, on peut entendre une chose et en voir une autre.

C’est un film sur l’écoute ?
Claire Simon : Si voulez, puisque les tragédies les plus modernes et ancestrales se disent là, à l’ombre des moulures poussiéreuse d’anciens appartements bourgeois occupés par des femmes libres qui ont choisi de faire un métier qu’elles inventent au fur et à mesure, un métier qui consiste à écouter d’autres femmes aux prises avec leur liberté d’aimer, d’avoir des enfants, maintenant, un de ces jours ou jamais.

Comment avez-vous choisi les actrices ?
Claire Simon : Je voulais des actrices connues pour incarner les professionnels du planning familial, pour rendre hommage à ces femmes. Donc elles incarnent tous les modèles de femmes. Elles sont belles et elles sont à l’écoute. On ne montre jamais au cinéma de femmes qui écoutent. Quant aux personnes qui viennent à ce planning, donc qui interprète les clientes, elles sont interprétées par des actrices non professionnelles. Mais personne ne savait, à l’avance, avec qui il allait jouer, un peu comme quand on se présente au planning, on ne connaît pas son interlocuteur. Je voulais, par ce dispositif, faire que chaque personnalité s’exprime, autant du côté des professionnelles que des clientes. Les actrices étaient donc très libres. Et très vite, leur texte, qui à la base n’était qu’une simple retranscriptions d’entretiens, sonne comme un texte classique, comme du Racine, tout en conservant sa véracité.

bureaux4

Pour choisir Les bureaux de Dieu comme titre ?
Claire Simon : Je n’en ai jamais changé depuis le second jour de tournage. C’est un paradoxe ce titre. J’aimais cette idée de juxtaposer Bureau et Dieu, d’autant plus que ce planning familial est en plus situé, dans un appartement bourgeois, perché au dernier étage d’un immeuble vétuste, avec juste une toute petite plaque posée près de sa porte, en bas de la rue. Le monde est en bas, à leur pied, donc quand ces femmes du planning familial le contemplent du haut de leurs fenêtres, elles sont comme des déesses quelque part. Après, j’ai bien cherché à changer ce mot de Dieu, pour ne pas jouer une sorte de provocation, mais je n’y suis pas parvenu. Mais c’est regret, j’aime beaucoup ce titre.

Quelle était la motivation de ce projet ?
Claire Simon : Je voulais faire un tableau, un état des lieux, le plus objectif possible du planning familial et de notre société après 40 ans de pilules. Et je dois reconnaître que le constat est amer puisqu’il est moins facile aujourd’hui de faire un IVG en France qu’il y a 20 ans !

interligne

Avec Les bureaux de Dieu, Claire Simon réussit à nos faire vibrer en nous ouvrant les portes d’un lieu où déboule sans prévenir le théâtre de vies ordinaires. Djamila qui souhaiterait prendre la pilule, croise ainsi Nedjma forcée de cacher ses moyens de contraception pour ne pas que sa mère les trouve ou Hélène qui en est déjà à son second avortement. Des histoires, des détresses qui se réfugient dans ces bureaux de dialogue, d’écoute et de conseils. Des femmes, des filles, en proie à des situations de solitude, de désarroi ou d’angoisse faces à un combat que l’on pensait gagner depuis longtemps : le droit de disposer de son corps. Salutaire et effarant, Les bureaux de Dieu révèle combien le poids des traditions ou des préjugés prive encore les femmes de leurs libertés les plus intimes. Claire Simon utilise alors tout son talent, ose une mise en scène soignée et inventive et s’entoure d’actrices criantes de vérité pour nous ouvrir les yeux. Sans militantisme, sans moralisme, sans caricature, Les bureaux de Dieu sont à la fois un concentré de vie, un divertissement pédagogique sur un sujet (re)devenu tabou, et une source de questionnement sur la condition féminine à l’aube du XXIe siècle. Et si sa forme s’avère un peu redondante, qu’importe si ce film peut faire changer les choses.

Publicités

Entry filed under: Cinéma français, Critique, Interview. Tags: , , , , , , .

Magique (2008). Rencontre avec Philippe Muyl. Vilaine : Jean-Patrick Benes & Allan Mauduit (2008). Rencontre avec Jean-Patrick Benes et Marilou Berry.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Articles récents

Archives


%d blogueurs aiment cette page :