Pour elle (2008). Rencontre avec Fred Cavayé.

décembre 2, 2008 at 11:33 Laisser un commentaire

pour-elleThriller français

Réalisation : Fred Cavayé
avec Vincent Lindon, Diane Kruger, Lancelot Roch

Date de sortie : 03 Décembre 2008

Distribution : Mars Distribution

Synopsis : Lisa et Julien sont mariés et mènent une vie heureuse et sans histoire avec leur fils Oscar. Mais leur vie bascule, quand un matin la police vient arrêter Lisa pour meurtre. Elle est condamnée à 20 ans de prison. Persuadé de l’innocence de sa femme, Julien décide de la faire évader. Jusqu’où sera-t-il prêt à aller « pour elle » ?

Thriller âpre et surprenant, Pour elle, brille par son histoire atypique et l’interprétation sanguine de Vincent Lindon dont la seule prestance suffit à générer tension et émotion. Rencontre avec Fred Cavayé, réalisateur de ce 1er long métrage et Vincent Lindon, acteur charismatique et intègre du cinéma français.

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L’amour, à mort

Un premier film difficile ?
Fred Cavayé : J’ai bossé 2 ans mais jamais ne n’imaginais me retrouver en première division, avec Vincent Lindon, Diane Kruger et d’énormes moyens. Donc j’étais plein d’enthousiasme, d’inconscience et j’ai eu beaucoup de chance. Vincent a dit oui tout de suite et tout c’est enchaîné car le film repose essentiellement sur lui. D’ailleurs il m’a été très difficile de trouver l’actrice qui allait interpréter sa femme. J’ai pensé à Diane Kruger, qui a accepté de me faire confiance en acceptant ce rôle central mais un peu en retrait. Elle interprète parfaitement cette femme forte mais brisée, avec ce regard lumineux qui s’oppose au visage buriné de son mari qui vit une vraie descente au enfer.
Vincent Lindon : Un premier film n’excuse pas d’en faire un mauvais. C’est formidable qu’il ait fait un bon film, c’est impressionnant pour un premier film, mais s’il l’avait raté, je le lui aurais dit. Parce que le public, lui il s’en fout que ce soit un premier film. Citizen Kane, c’est un premier film, Les valseuses ou Play Misty for me de Clint Eastwood aussi.

Pourquoi Vincent Lindon ?
Fred Cavayé : D’abord parce que c’est un grand comédien et ensuite parce qu’il a, par rapport au personnage, cette empathie qui fait que s’il tue quelqu’un dans un film, vous allez tous l’excuser plus qu’un autre. Il peut incarner « monsieur tout le monde » à la perfection et en même temps, il transcende ça, en devenant un héros. C’est quelqu’un qui est à la fois très physique, et qui dégage une sympathie immédiate.
Vincent Lindon : J’ai adoré le scénario et j’ai eu envie d’incarner ce personnage. Je pense que je pouvais lui apporter quelque chose. Il y a peut de polar comme celui-ci. On m’en proposé pourtant, mais j’ai toujours refusé. L’année on m’a proposé Pour elle, j’ai reçu et lu 5 scénarios de thrillers. J’ai lu le premier, je n’aimais pas, j’ai lu le deuxième, j’ai trouvé que c’était grotesque, le troisième, j’ai dit, c’est pas moi, le quatrième non plus et quand est arrivé le cinquième, j’étais blasé. J’ai tourné les pages et je l’ai adoré. Je l’ai fait, et j’en suis fier parce que c’est un film atypique.

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Un acteur rare ?
Vincent Lindon : Je crois qu’on m’aime bien parce qu’on ne me voit pas trop au cinéma. Je pense qu’on respecte, d’autant plus un acteur ou un metteur en scène, qu’il sait se faire rare, parce que, quand il vient, il apporte quelque chose de qualité pour lequel il s’est donné du mal. Mais dès qu’on fait plusieurs films, on passe pour quelqu’un qui travaille vite donc qui accepte autant de bonnes choses que de mauvaises. C’est ce que je reproche au cinéma français. Et c’est vrai qu’il y a des acteurs quand disent oui à tout le monde, même si un metteur en scène les veut, quand il l’a, il fait ouais enfin bon, en même temps je suis pas génial mais encore heureux qu’il m’ait dit oui, il a dit oui à machin et à machin. Là moi, ça va très bien, ça ne m’enlève rien du tout et on me reconnaît dans la rue. Mais s’il y a 5 films qui me plaisent à la suite je les ferai, mais je suis très content d’avoir fait ce film et ne pas avoir inondé les spectateur avec des films avant. Les Cornillac, les Jugnot ou les Dubosc, ils tournent trop pour s’acheter de villa et compagnie. J’en peu plus de les voir. J’aime choisir les gens avec qui je travaille et tourner avec eux pour leur talent réel. Pas pour l’argent ou la notoriété. Si vous voulez, je choisi les long métrages dans lesquels je vais jouer exactement comme les spectateurs choisissent les films qu’ils vont voir. Je préfère tourner peu et choisir avec précaution mes films. Je suis content ne pas avoir saoulé les spectateur avant de lui proposer Pour elle.

Pourquoi a t-on envie que la police échoue par sympathie pour ce personnage ?
Fred Cavayé : Le film reprend le thème du chevalier désireux de sauver la princesse séquestrée dans le donjon. Ce personnage, mène un quête louable : sauver la femme qu’il aime, donc on est prêt à le suivre. C’est un juste, quelqu’un qui a une droiture et qui fonce pour son gosse et pour lui, sans se poser de questions. Mais jusqu’où peut-on suivre cet homme et jusqu’où peut-il aller dans le mal pour faire ce que lui juge être le bien ? La terre entière croit Lisa coupable, or nous savons, qu’elle est innocente. C’est tellement injuste qu’on court avec lui.
Vincent Lindon : Ce n’est pas un film d’action avec accessoirement une histoire d’amour mais un film extrêmement romantique. Pour les femme, cet homme prêt à aller jusqu’au bout pour sauver celle qu’il aime, incarne une dimension chevaleresque, à l’heure où l’on vit dans un monde individualiste.

C’est un homme courageux ?
Vincent Lindon : Je serai incapable de vous dire si le personnage de Julien est courageux ou pas, mais ce qu’il fait est très courageux.
Fred Cavayé : Pour moi, c’est un juste, c’est quelqu’un qui a une droiture et qui fonce pour son gosse et pour lui. Il ne se pose pas de questions. Quand il n’y a plus de recours légaux, il va la chercher. Une phrase de Mark Twain, résume à merveille cette histoire : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

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Un type ordinaire ?
Fred Cavayé : On évoque peu la prison parce que je voulais qu’on reste du point de ce prof de français qui ne connaît pas le milieu carcéral. Donc quand Diane est incarcérée, elle disparaît, elle va dans un monde qu’on ne connaît pas, donc je ne montre rien. De la même façon, on a cherché à conserver le côté amateur de Julien qui ignore comment se procurer des faux papiers. Il devait rester un type simple, ordinaire, et Vincent amène parfaitement force et fragilité au personnage.

Pourquoi insister sur ces rapports au père difficiles ?
Fred Cavayé : Tous les metteurs en scène ont des thèmes récurrents. J’aime interroger le rapport au père. Or, dans ce film, il est double : il y a la relation entre Julien et son père mais aussi entre Julien et son propre fils.

Pourquoi ce traitement anxiogène de la ville ?
Fred Cavayé : C’est Paris, mais traitée de manière impersonnelle. On a évité les immeubles haussmannien, on n’aperçois pas le ciel, ni la verdure, il y a beaucoup de tunnel, d’où se sentiment d’étouffement. Je souhaitais que la ville soit à l’image de mon personnage, refermée sur elle-même. Seul la fin laisse entrevoir une ouverture, mais pourquoi et pour combien de temps, à vous de le découvrir.

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