L’emmerdeur (2008). Rencontre avec Francis Veber.

décembre 15, 2008 at 11:44 3 commentaires

emmerdeurComédie française

Réalisation : Francis Veber
avec Richard Berry, Patrick Timsit, Pascal Elbé

Date de sortie : 10 Décembre 2008

Distribution : TFM Distribution

Synopsis : Deux chambres d’hôtel contiguës. Dans l’une, un tueur, Ralph Milan. Dans l’autre, un suicidaire, François Pignon. Pignon a un chagrin d’amour. Ralph, un homme à abattre. Entre les deux chambres : une porte de communication. Et quand elle s’ouvre, Ralph, la machine à tuer parfaitement huilée, voit débarquer l’énorme grain de sable qu’est François Pignon.

Relecture fade et sans finesse du film d’Edouart Molinaro, L’emmerdeur de Francis Veber peine à faire oublier le tandem burlesque Brel-Ventura, malgré l’enthousiasme du duo Berry-Timsit. Quelle utilité ? Réponse avec François Pignon alias Patrick Timsit, et son créateur original, Francis Veber, cinéaste auto satisfait.

emmerdeur1

Une petite chose sans importance

Pourquoi reprendre cette histoire ?
Francis Veber : De toutes les histoires que j’ai écrites L’emmerdeur est la seule que j’ai eu envie de reprendre. L’idée de la rencontre d’un suicidaire et d’un tueur, dans un hôtel, par le biais d’une porte communicante est un pitch très fort. Et j’avais le sentiment qu’il n’avait pas été mené à bout dans ses adaptations théâtre et cinéma.

Comment est né L’emmerdeur ?
Francis Veber : Je l’ai crée en 1971, pour le théâtre. La pièce s’appelait Le Contrat. Elle a donné lieu à une première adaptation au cinéma en 1973 par Edouard Molinaro avec Lino Ventura et Jacques Brel. A la suite de quoi, Billy Wilder, mon héros, ma légende, a racheté le sujet pour la MGM. Il en a fait The front page [Spécial première (1974)] avec Jack Lemmon et Walter Matthau, qu’il a complètement loupé, parce qu’il a pris un comique pour jouer le tueur. Ça ne peut pas tenir si le tueur n’est pas dangereux. Si à l’époque il avait pris un Charles Bronson ou un Eastwood, le film aurait eu du corps. Et puis j’avais oublié cette histoire lorsqu’un jour Michel Sardou, qui venait d’acheter le théâtre de la porte Saint Martin a voulu remonter L’emmerdeur. Je l’ai donc récrite et j’ai composé le casting. Richard Berry paraissait un tueur plausible, avec la charge et la violence d’un Pacino, même s’il n’avait pas la carrure de Lino Ventura. Il ne me manquait plus que le comique. J’ai pensé à Timsit que j’avais vu au cinéma dans deux emplois très différents. Dans Le Cousin de Corneau, il jouait une balance avec la force et la brutalité d’un James Cagney. Quand il écrase le visage de ce type dans du verre pilé avec le thé à la mente, il y avait une violence, une méchanceté chez ce gars, qui n’était qu’un rigolo dans Pédale douce. Ils ont accepté de me suivre dans cette aventure et le duo est devenu imparable. Quant à Patrick Timsit, je peux le dire il reste mon pire Pignon, plus manipulateur, complexe et égoïste qu’aucun autre. On a eu 2 ans de succès et un jour ils m’ont proposé d’en refaire un film. La pièce a donc été un processus de maturation, d’où cette ultime réadaptation et modernisation. D’ailleurs maintenant c’est presque un trio avec l’arrivée de Pascal Elbe. C’était un pied fantastique de les diriger. Ils ont le même humour et la même tendresse. Je ne sais pas ce que la critique va en dire, ça me fait toujours peur, mais pour moi, ce film a été la réalisation d’un rêve.
Patrick Timsit : On voulait faire L’emmerdeur avec Francis Veber, et pas un remake du film de Molinaro. Voilà pourquoi il y avait cette motivation et cette force. Francis Veber avait envie de reprendre cette histoire avec ce pitch formidable, pour en faire une vraie comédie. C’est lui le papa de L’emmerdeur et il était le seul qui pouvait maltraiter un tel scénario pour enfin réaliser son propre film comme il l’entendait. Mais bien évidement cela n’enlève rien à L’emmerdeur de Molinaro. Ce sont deux films complètement différents.

Mais L’emmerdeur d’Edouard Molinaro était déjà une comédie ?
Francis Veber : Pas vraiment, il y avait une erreur de casting : Brel. Ce n’était pas un acteur de comédies. Il avait l’air drôles parce qu’il est ficelé par la situation. Le grand avantage de L’emmerdeur de Molinaro, c’est Lino Ventura. C’est un immense contre champs de comédie. Il avait la puissance pour démultiplier les effets comiques de Brel. Mais, on ne pouvait pas tout lui demander. Jamais il n’aurait accepté d’embrasser une femme sur la bouche, jamais il n’aurait fait les tics que fait Richard Berry lorsqu’il est sous amphétamines. Il avait sa dignité et quand il ne voulait pas faire quelque chose il disait : « c’est pas dans ma morphologie ». Un autre point, le psychiatre qui était interprété par Jean-Pierre Darras, il était joué sautillant, il n’avait pas la sincérité que Pascal Elbé donne au personnage, donc ce n’est pas du tout le même film. En plus c’était un long métrage très statique avec un défaut fondamental : c’était un coproduction franco italienne. Tout était doublé en voie de synchronisation, c’est insupportable ! Il n’y avait plus aucune spontanéité. Donc j’avais plein de raisons d’être frustré. C’était du beau travail, mais ce n’était pas mon film. Et quitte à risquer un parallèle extrêmement prétentieux, imaginez qu’un jour Mozart revienne pour diriger ce qu’il a écrit il y a des siècles, est-ce qu’on lui dirait Karajan l’a fait avant vous ? Non, parce que c’est sa musique. Alors bien sûr, je ne suis pas Mozart malheureusement et je ne me compare pas à lui mais qu’on arrête de me parler du film de Molinaro !

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Comment définiriez-vous votre direction d’acteurs ?
Francis Veber : Elle est pointu et précise. Je peux bloquer sur un mot ou sur une simple intonation. Donc je n’aime pas l’improvisation. La direction d’acteurs, c’est de la musique. C’est une partition que l’on accepte de jouer, si on la chance d’être choisi. C’est comme un 1er violon. Pour moi, les acteurs apportent leur maturité, leur personnalité, mais ils ne doivent pas toucher au texte.
Patrick Timsit : Il compose avec nous pour faire sa musique, c’est exactement ça.

C’est aussi, un film sur la solitude ?
Patrick Timsit : C’est un film sur la solitude, si vous voulez, mais ça on le comprendra plus tard. J’avoue que cette chambre d’hôtel impersonnelle et froide peut y contribuer. Pignon est aussi un être esseulé que tout le monde fuit.

Comment définiriez-vous votre direction d’acteurs ?
Francis Veber : Elle est pointu et précise. Je peux bloquer sur un mot ou sur une simple intonation. Donc je n’aime pas l’improvisation. La direction d’acteurs, c’est de la musique. C’est une partition que l’on accepte de jouer, si on la chance d’être choisi. C’est comme un 1er violon. Pour moi, les acteurs apportent leur maturité, leur personnalité, mais ils ne doivent pas toucher au texte.

La saga des Pignons va-t-elle se poursuivre ?
Francis Veber : Oui car Pignon m’aide à écrire. Le meilleur, c’est Timsit. Villeret avait quelque chose d’angélique, il avait l’ingénuité du rôle. Patrick a la puissance et le côté manipulateur du personnage.

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Pourquoi avoir voulu faire un remake de L’emmerdeur, comédie populaire d’Edouard Molinaro construite autour de l’improbable duo Brel/Ventura ? On s’interroge d’autant plus que l’histoire de cet Emmerdeur bis, n’a pratiquement pas changée. François Pignon n’est plus VRP en chemise, l’e-commerce ayant supplanté le porte à porte, mais photographe. Quant à Monsieur Milan, il n’entre plus désormais à l’hôtel avec son fusil, mais évolution du terrorisme oblige, son arme l’attend, cachée dans un coin de sa chambre de Nice et non plus de Montpellier. Malheureusement, 35 ans après, notre tueur aura toujours autant de mal à mener son contrat à bien, avec dans ses pattes un individu suicidaire bien décidé à lui pourrir la vie. Ceux qui découvre L’emmerdeur esquisseront peut être quelques rire devant cette pantalonnade bas de gamme, du trio Richard Berry/Patrick Timsit (casse-pieds à souhait) / Pascale Elbe (égale à lui-même comme à l’accoutumé) en surrégime. Ça crie, ça minaude, le tout filmer dans un hôtel cheap façon carton-pâte. Quand aux plans d’extérieur, censé être des moments de respiration, ils s’apparentent ici à du remplissage puisqu’ils ne sont prétexte qu’à des blagues futiles (scène ridicule de l’accident en chaîne) ou des plages d’humour pipa-caca (scènes du trajet dans le véhicule de police). Comédie vulgaire, pathétique L’emmerdeur ne provoque pas grand-chose de plus qu’un ennuie profond. Comment dans ces conditions réussir à oublier l’originale, sa mécanique huilée et sa ritournelle à l’accordéon ?

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3 commentaires Add your own

  • 1. Arnaud  |  mai 19, 2009 à 11:39

    Bravo Francis Veber pour votre talent !
    Mais dites plutôt : A mon sens , Brel ….
    A mon sens et je pense ne pas être le seul , BREL comme VENTURA crèvent l’écran ….Merci Jacques d’avoir accepté ce rôle , c’est toujours merveilleux de te retrouver .

    Réponse
  • 2. Rythmelunaire  |  octobre 22, 2009 à 9:59

    L’Emmerdeur n’est pas un remake du film de Molinaro, c’est le film de Molinaro qui a été une adaptation de la pièce : « le contrat » de Weber.

    Que l’auteur ai décidé de réadapter sa pièce n’est pas une mauvaise chose, d’autant plus que la nouvelle édition n’est pas qu’une simple reprise. On y trouve de nouvelles idées, de nouveaux gags, une mécanique plus moderne. Si on se décide d’oublier la prestation du tandem Ventura-Brel, on peut se rendre compte que cette mouture là est bien meilleure que la précédente. Pas de fioritures inutiles, on va à l’essentiel pour mettre en marche la mécanique comique. Bref, cette version 2008 est un pur chef d’oeuvre, dans la lignée du placard et du dîner de cons.

    Réponse
  • 3. Aşkın Kurtoğlu  |  octobre 4, 2010 à 4:21

    Thank You Man.

    Réponse

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