Welcome (2009). Rencontre avec Philipe Lioret.

mars 12, 2009 at 3:58 Laisser un commentaire

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Réalisation : Philippe Lioret
avec Vincent Lindon, Firat Ayverdi, Audrey Dana

Date de sortie : 11 Mars 2009

Distribution : Mars Distribution

Synopsis : Pour impressionner et reconquérir sa femme, Simon, maître nageur à la piscine de Calais, prend le risque d’aider en secret un jeune réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage.

Lucide et bouleversant, Welcome, nous laisse entrevoir, le quotidien de ces étrangers qui échouent un jour à Calais en espérant atteindre les côtes anglaises. Traqués, condamnés à survivre dans le froid et la faim, leur rêve de liberté est venu se briser sur les derniers vestiges de notre belle démocratie. Rencontre avec Philipe Lioret, cinéaste humaniste.

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Comme un avion sans ailes

Comment est né ce film ?
Philipe Lioret : Notre idée de départ avec mon coscénariste Emmanuel Ciourcol était cette histoire d’un jeune étrange qui, en désespoir de cause, a tenté de traverser la manche à la nage. Nous sommes donc allé à Calais pour faire des repérages. Nous y avons rencontré des gens de l’association Salam, qui nous on confirmé que beaucoup de clandestins avaient essayés mais vain. En parlant avec les migrants nous compris qu’ils allaient retrouver un membre de leur famille ou une connaissance déjà établis en Angleterre. On avait donc les motivations du personnage de Bilal, ce jeune gars qui essaye vainement de rejoindre l’Angleterre, pour y retrouver sa fiancée. Puis, il nous est apparu évident que pour réussir ce véritable exploit compte tenu de la force des courant et du passage incroyablement dense des tankers, il fallait qu’il s’entraîne. Et quoi de mieux qu’une piscine pour cela. C’est là qu‘il fera la connaissance du maître nageur qu’incarne Vincent Lindon. On avait donc notre intrigue principale qui allait s’étoffer de deux histoires d’amour qui se heurtent à l’ordre absurde du monde. Mais j’ai eu peur que le contexte social soit plus fort que l’histoire elle-même, alors j’ai tout fait pour que les relations entre les personnages dégagent une énergie romanesque et émotionnelle forte. Je ne voulais pas que le plaisir du spectateur soit écrasé par le sujet. Tout est question d’équilibre !

Pourquoi Vincent Lindon ?
Philipe Lioret : On voulait travailler ensemble depuis longtemps. Un jour, bien avant l’écriture du scénario, je lui raconté les grandes lignes de cette histoire sur laquelle nous travaillions avec mon coscénariste. Le contexte social fort et ce personnage du maître nageur, aux motivations assez troubles, lui ont plu tout de suite. C’est passionnant de travailler avec Vincent. Je crois que nous avons en commun l’amour du travail bien fait ce qui nous a grandement facilité la tâche. C’est une exigence personnelle qui a permis à Firat Ayverdi (Bilal), qui n’avait jamais à aucun tournage auparavant, de trouver rapidement sa place et d’être rassuré.

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C’est important pour vous de tourner en décors naturels ?
Philipe Lioret : En décors naturels et surtout sur les lieux mêmes de l’action. Parce que je pense que quand on tourne dans les vrais endroits, on raconte mieux l’histoire : les rues de calais, le gigantesque port trans-Manche, Blériot-Plage et ses ferries qui défilent sans arrêt. Ce sont toutes ces ambiances qui donnent au film sa vérité.

Avez-vous eu des problèmes pour tourner dans la ville et sur la zone hyper surveillée du port de Calais ?
Philipe Lioret : Par chance, le maire de Calais de l’époque, Jackie Hénin, a aimé le scénario. Pour lui cela reflétait assez bien la réalité de sa ville. Il nous a donc grandement facilité l’accès au port Transmanche. Ça accentue le réalisme du film, car tout ce qui y est décrit est vrai : les sacs en plastique sur les têtes, les numéros inscrits sur les mains au marqueurs indélébiles, des méthode qui font échos à un passé peu glorieux de la France. Je dis qu’il faut faire très attention car on nous parle souvent des « justes » qui hébergeaient les juifs, au péril de leur vie pendant l’occupation. Mais là on parle de la France de 2008. Ces bénévoles qui font preuve d’un dévouement incroyable sont toujours à la limite de la légalité à cause de loi très répressive qu’a décidé de ressortir le gouvernement. C’est l’article 21 de l’ordonnance du 2 novembre 1945, qui permet de condamner toute personne qui fournit une aide directe ou indirecte à un immigré en situation irrégulière, à une peine de 5 ans de prison et à 30 000 euros d’amende. Il suffit d’ouvrir cette boite de Pandore pour dissuader n’importe qui du moindre coup de main.

Peut-on dire que votre film est politique ?
Philipe Lioret : Je suis cinéaste et j’ai d’abord voulu faire un film romanesque avec une dramaturgie forte et en phase avec la réalité dans laquelle nous vivons. Je ne veux surtout pas enfermer Welcome dans le ghetto du film militant. Je ne cherche pas à être applaudie ou reconnu par un public déjà sensibiliser à ces problèmes. Je veux que ce film touche le grand public, qu’il lui ouvre les yeux. La compassion, pour moi n’est ni gros mot, ni un truc de crétin. Je ne dis pas que c’est de régler les flux migratoires, je pense juste qu’on n’a pas le droit de laisser ces gens vivre dans ces conditions complètement inhumaine, ni de les criminaliser. Je ne suis pas l’abbé Pierre, je ne propose pas de solutions non plus, mais cette situation me révolte totalement. Alors faute de la résoudre je me permets simplement de la mettre en lumière pour générer si possible une prise de conscience du plus grand nombre. La « protection » de nos frontières s’accompagne, depuis quelques années de mesures inhumaines auxquelles je ne peux pas souscrire : l’obsession du chiffre, la chasse aux étrangers ou les menaces qui pèsent sur ceux qui veulent leur prêter main forte.

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Au delà de l’immigration, c’est aussi un film qui interroge le rapport à l’autre…
Philipe Lioret : Oui, disons que c’est un film à hauteur d’homme, qui raconte des histoires d’amitié fortes qui peuvent nous arriver demain. C’était important cette simplicité pour que les spectateurs parviennent à s’identifier, et comprennent que cette histoire est malheureusement réelle. Depuis janvier, sur les 15 000 personnes que j’ai rencontré aux avant-premières, il n’a y pas eu beaucoup de détracteurs, juste des gens écœurés par cette réalité sordide.

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Deux ans après Je vais bien ne t’en fais pas, Philipe Lioret revient avec une fiction poignante, pensée et réalisée avec la modestie et l’impartialité d’un documentaire.

A une époque où l’on ne cesse de nous proposer une relecture simpliste et dichotomique de l’histoire, avec cette déprimante idée de « justes » apposant gentils et mauvais français durant l’occupation, Welcome nous montre que la réalité est autrement plus complexe. Ainsi on ne connaît pas concrètement les raisons qui poussent le personnage de Vincent Lindon à prendre sous son aile ce jeune clandestin. Ou plutôt on les devine et elles ne sont pas nobles, du moins pas au départ. Il n’est absolument pas concerné par la question de l’immigration clandestine.Il cherche simplement à montrer à sa femme, qui vient de le quitter, qu’il peut, tout aussi bien qu’elle, se mobiliser pour une bonne cause. Et c’est là un des points forts du film : cette zone de flou, de motivations complexes, qui n’est jamais expliquée ou minimisée. Le film n’en est que plus juste et plus humain.

Et il l’est d’autant plus qu’à aucun moment, le thème de l’émigration clandestine à Calais, sujet fort, ne vient jamais écraser l’histoire qui se noue entre chaque protagoniste. Un équilibre précaire, parfaitement maintenu grâce à l’interprétation magistrale de Vincent Lindon, et la prouesse de Firat Ayverdi, qui pour ces débuts devant la caméra, fait preuve d’une maturité évidente.

Si à tout ceci nous rajoutons une réalisation sobre et soignée, Welcome, constitue une des excellentes surprises du cinéma français de ce début d’année.

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Parution du numéro 15 de la revue ciné Versus Coco (2009). Rencontre avec Gad Elmaleh.

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