Au voleur (2009). Rencontre avec Sarah Leonor.

octobre 5, 2009 at 8:43 Laisser un commentaire

Au voleurDrame, France

Réalisation : Sarah Leonor
Avec Guillaume Depardieu, Florence Loiret-Caille, Jacques Nolot

Date de sortie : 30 septembre 2009

Distribution : Shellac

Synopsis: Isabelle enseigne, Bruno cambriole. Ensemble, ils commencent à croire qu’ils pourraient être heureux. Le jour où l’étau policier se resserre, il l’entraîne dans sa fuite. Au cœur de la forêt, ils se cachent et s’aiment, hors du temps, dans une tentative ultime de tenir éloignée la violence du monde.

Avec Au voleur, Sarah Leonor signe un premier long métrage soigné et incontestablement ambitieux qui malheureusement peine à tenir toutes ses promesses. Rencontre avec une jeune réalisatrice qui connaît son cinéma et offre un bien joli rôle à Guillaume Depardieu.

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L’échappée belle

Il y a un gros travail sur les couleurs que ‘échelonne du gris jusqu’au vert qui domine la seconde partie de votre film…
Sarah Leonor: C’est vrai, mais j’ai surtout apporté un soin tout particulier au travail des matières. Au début tout est très métallique, la porte, les cassiers pour venir par la suite s’opposer à la nature qui envahit la seconde partie. J’ai même amplifié cela avec les sons. Par exemple, en ouverture on entend le bruit d’une grue mais on ne la voit jamais. Je voulais juste que l’on ressente sa présence, l’aspect dur et urbain de l’entourage dans lequel ils vivent. Donc l’ambiance sonore et urbaine devait se faire sentir comme quelque chose de pesant. Cela me permettait de contraster fortement cette première partie du film avec la seconde qui est effectivement dominée par la nature et le vert.

Le travail du chef opérateur est remarquable…
C’est lui qui a permis ce travail des couleurs. C’est le 3ème film que je fais avec ce chef opérateur mais c’est la première fois que nous tournions ensemble en 35 millimètres. On était donc très excité et on a beaucoup expérimenté ensemble. On voulait particulièrement peaufiner le travail sur les lumières naturelles. Même malheureusement ça reste un film à petit budget. On n’a pas pu faire un travail comparable à celui de Terrence Malick qui lui peut se permettre de n’utiliser que de la lumière naturelle de l’aube et du crépuscule. Nous, notre temps était compté.

Les dialogues sont aussi importants que les silences…
Ce n’est pas un film bavard effectivement. Je le voulais comme ça au point que même les silences étaient écrits dans le scénario. Je voulais laisser une place prépondérante à l’ambiance, donc j’ai apporté un grand soin au niveau des sons, j’en ai parlé, mais aussi au niveau de la musique qui est très présente et qui imprime une intensité dramatique aux situations. Parfois elle va même jusqu’à recouvrir les voix. C’est une volonté, ce n’est pas lié à l’usage de tournage.

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Vous êtes resté collé au scénario ou avez vous laissé une part d’improvisation aux acteurs ?
Il y a eu un temps pour écrire le scénario. Mais une fois fini, je l’ai refermé pour me concentrer uniquement sur le comment. Comment vais-je le mettre en scène ? Il me fallait absolument trouvé un langage cinématographique pour raconter au mieux cette histoire.

On compare souvent votre univers à celui d’un film comme La nuit du Chasseur de Charles Laughton. Ce fut une de vos sources d’inspiration ?
C’est flatteur bien sûr un tel rapprochement, mais ce n’est pas du tout comparable. Après, si effectivement une ressemblance existe, ce n’est du pas tout fais sciemment. Je pensais plus, à la rigueur, à Coups de feu dans la Sierra de Sam Peckimpah, pour la maturité de ces personnages et le chien que l’on retrouve ici aussi. Mais sans parler de La nuit du Chasseur, il y a comme autre référence inconsciente, les films de Nicholas Ray, notamment Les amants de la nuit. Je ne revendique pas La nuit du Chasseur comme source d’inspiration directe parce que ce film comporte un énorme travail de studio bien trop onéreux pour nous. Cela dit sa thématique rejoins effectivement la notre avec ce monde de l’enfance, et cette remonté du temps. On peut penser aussi à Badlands de Terrence Malick avec ce couple, mais dans ce film il y a une violence que je ne voulais pas ici.

La musique d’inspiration anglo-saxonne que vous utilisez rappelle aussi l’influence du cinéma américain sur votre film…
Oui, d’ailleurs l’idée du retour à l’enfance était aussi contenue dans les chansons que j’ai choisies, comme la comptine folk de Woody Guthrie (Grassy Grass Grass). J’y tenais. J’ai travaillé dans ce sens, et très vite on m’a fais suivre plein de titres en langue anglaise avec des paroles riches qui faisaient référence à la nature. Je trouvais que ça pouvait apporter un plus à l’histoire et à la fuite de mes personnages.

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Où avez-vous trouvé ces coins de nature ?
Pour les paysages de forêt on a tourné dans la campagne autour du Rhin. Cela dit ils ont une apparence de bayou américain. Effectivement on revient vers le cinéma américain une nouvelle fois. C’est une zone protégée où l’homme n’intervient pas. Je suis du coin donc je connais, mais c’est un endroit inconnu des touristes. C’est une zone frontalière où il n’y a rien. Je l’ai découverte un jour d’automne avec des pécheurs assis dans leurs barques à font plats, noyés dans une brume épaisse. Ce fût une sacrée surprise. Et je me suis toujours dit que je retournerai là pour tourner. D’ailleurs beaucoup de gens du coin ont travaillé avec nous parce ces barques sont typiques et leur maniement diffère de celui d’un canoë. J’ai appris tous cela en réalisant juste avant ce film, un documentaire de commande sur la Meuse. J’ai fait des rencontres, des interviews avec ces pécheurs et ceux qui vivaient autour du fleuve, et ils me parlaient en termes de couleurs ou de souvenirs. J’ai aussi beaucoup filmé le fleuve et avec le recul je dois reconnaître que c’était une bonne école et un passage nécessaire pour faire cette partie du film. Le plus drôle, c’est que dans cet endroit, on été perdu mais surtout on été tributaire du temps. Il y pleut souvent, ce qui a pas mal désarçonné les acteurs. Et au final je crois que ces lieux eux-mêmes ont imprimé un rythme plus lent au tournage et au film.

Puisqu’on on en est à parler des acteurs, comment s’est fait votre casting ?
Florence Loiret Caille avait joué un rôle muet qui m’avait marqué dans Trouble every day de Claire Denis. C’est pour cela que aussi que j’ai fait appel à elles et je trouve d’ailleurs qu’elle dégage cette même présence que ces actrice des film muet des 20’s. Elle est à part et avec Guillaume Depardieu, ce sont deux acteurs très instinctifs. Guillaume me touchais par ce qu’il était et quand je l’ai vu chez Rivette dans Ne touche pas à la hache, je l’ai trouvé fort. Je l’ai donc rencontré pour lui proposer le rôle. Dès que je les ai vu tous les deux ensembles, j’ai eu exactement ce que je cherchais. Il dégager cette énergie, cette intensité autant par leur présence, par leur corps que par les dialogues.

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En plus des personnages physiques, l’autre présence marquante, c’est celle de l’Allemagne. Pourquoi ?
J’ai grandi en Alsace, d’où le poème en allemand du début. Après effectivement on trouve le personnage Florence Loiret Caille qui est professeur d’allemand et plus tard il y aura ce bunker. Pour elle, l’allemand rappel la frontière, c’est une ouverture sur le monde qu’elle a rêvée et qu’elle espère. Elle le dit à un moment à une de ces élèves. Quant au bunker, il est situé en Alsace. Il apparaît comme une résurgence de l’histoire et du problème identitaire de l’Alsace. En plus, ce n’est pas une cabane, mais c’est du dur, c’est l’abri absolu et indestructible.

Par les thèmes abordés, mais plus par la démarche de produire un cinéma français différent, audacieux, on pourrait faire un parallèle avec Alain Giraudie…
C’est amusant que vous me parliez de ça, parce que le connaissait comme ça, mais quand un jour, j’ai vu l’affiche de son dernier film avec ces deux personnes qui courraient dans une rivière, je me suis dit c’est gros, c’est la même thématique que moi. Et oui, on retrouve cette idée de fuite pour arriver à respirer, mais je ne crois que nous l’abordons de la même façon. Pour moi, c’est du western nouveau avec l’idée de l’homme et de la nature. Je parle de western car je travaille sur des bases de films classiques et populaires comme le thème du cambriolage, de la fuite… donc je travaille sur des figures simples qui sont communes à bien des films.

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Quelque part en province. Bruno (Guillaume Depardieu), vivote de menue rapines, qu’il revend au plus vite. Isabelle (Florence Loiret Caille), professeur d’allemand dans un collège s’ennuie et rêve d’espaces. Sur la pavé, un choc. Une brève rencontre. Ils se revoient, s’aiment et s’enfuient. Laissant leur univers urbain et métallique derrière eux, les voilà partis à travers champs, sur les flots pour une fuite éperdus dans un univers onirique dominé par la nature. Le film s’envole alors et nos emmène vers l’inconnu, nous ramenant vers l’enfance pour une course aux gendarmes et aux voleurs. Débordant d’idées, de références cinéphiles, dommage que ce premier long métrage peine à trouver sa voix.

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