District 9 : Neill Blomkamp (2009)

octobre 10, 2009 at 11:55 Laisser un commentaire

District 9Sombre, violent, radical et totalement envoûtant, District 9 régalera les fans de fantastique voire plus encore. Car derrière le nom ronflant du producteur Peter Jackson, et le marketing tapageur d’internet se cache un metteur en scène convaincant : Neill Blomkamp. D’abord pressenti pour une adaptation cinématographique du jeu vidéo Halo il s’est vu offrir, le projet ayant capoté, l’occasion de développer son court-métrage Alive from Joburg avec un budget d’environ 30 millions de dollars et une totale liberté artistique. Le résultat : District 9, un film de science-fiction dans lequel un individu infecté par un produit alien est contraint de se réfugier dans le camp de rétention extraterrestres qu’il était censé évacuer.

District 9a

Entre divertissement pur et pamphlet politique, District 9 reprend les thèmes forts qui ont fondés le cinéma de genre des années 60 et 70. Critique de l’Etat, des médias, de l’armée et du pouvoir, le tout traité avec distance et cynisme. Son incroyable efficacité repose sur cette capacité à placer cette histoire de SF dans un environnement réaliste. Le travail graphique du camp de rétention sale, envahit de poussière, de reste de nourriture et de déchets de toutes sorte est sidérant. De même sur le plan narratif, Neill Blomkamp s’empresse, dès les premières images de reprendre l’astuce du faux reportage, récemment utilisée dans Cloverfield de Matt Reeves ou Diary of the dead de George A. Romero. Filmée caméra à l’épaule l’ouverture est un condensé d’adrénaline pure avec montage au scalpel, image granuleuse. La rhétorique du direct façon CNN désarçonne. Les gens commentent l’arrivée du vaisseau extraterrestre au dessus de Johannesburg. Leur nom, leur fonction s’affichent à l’écran. Une personne sort du lot : le malheureux fonctionnaire Wikus Van der Merve. Moustache, manque d’assurance, il raconte sa vie. Cet employé dévoué c’est vu chargé d’organiser le déplacement des aliens du District 9, ghetto malsain désormais surpeuplé vers le District 10, un camp de rétention, aux baraquement qui rappellent sensiblement les camps de concentrations de la seconde guerre mondiale. La caméra le suit sur le terrain, où il mène sa campagne d’expulsion. La description de ce no man’s land sauvage et l’implication des médias complices de cette éviction est saisissante. Les détails les plus farfelus comme l’amour immodéré des «crevettes» – surnom des aliens – pour la nourriture pour chats et le caoutchouc des pneus donne une teneur réaliste supplémentaire.

District 9b

Cette confrontation d’un humain très ordinaire avec cette population parquée et méprisée prend alors une dimension symbolique inattendue. Les souvenirs de l’apartheid refont immédiatement surface, et c’est le sort réservé aux clandestins qui s’étale sur l’écran. Car au fond, et c’est un nouveau tour de force, la menace dans ce film est inversée. Elle ne vient pas de cet immense vaisseau stationné au dessus de leurs têtes mais bien de l’homme lui-même qui humilie, exploite et torture les « crevettes ». Ces drôles de bêtes au langage caquetant finissent ainsi à nous attendrir plus que cet homme blanc, anti-héros absolu et égoïste découvrant tardivement les vertus de la désobéissance civile. Si sa transformation en « crevette », est avant tout une mutation physique, occasion d’un travail graphique gore impeccable rappelant l’univers de David Cronenberg avec La mouche, elle s’apparente aussi à une rédemption : en effet, il devient peu à peu ce qu’il méprise.

District 9c

Avec District 9, Neill Blomkamp marque une brèche dans la manière de concevoir le blockbuster en modernisant son schéma narratif et en le nourrissant d’un contenu politique. Espérons que ce mouvement libertaire se poursuive.

Date de sortie : 16 Septembre 2009
Réalisation: Neill Blomkamp
Avec Sharlto Copley, David James, Jason Cope …
Film néo-zélandais, américain.
Genre : Science fiction
Durée : 1h 50min.
Distribution: Metropolitan FilmExport

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