La merditude des choses : Félix van Groeningen (2009)

décembre 18, 2009 at 9:35 1 commentaire

Comédie dramatique belge

Titre original : Die Helaasheid der Dingen

Réalisation : Felix Van Groeningen
Avec Johan Heldenbergh, Koen De Graeve, Pauline Grossen…

Date de sortie : 30 décembre 2009

Distribution : MK2 Diffusion

Synopsis : Gunther Strobbe a 13 ans et une vie compliquée. Le jeune garçon partage le toit de sa grand-mère avec son père et ses trois oncles. Quotidiennement, il baigne dans un climat de beuveries effrénées, de drague éhontée et de glande constante… Tout porte à croire qu’il subira le même sort, a moins qu’il ne parvienne à se « démerder ».

Avec La merditude des choses, le réalisateur belge Félix van Groeningen donne une bonne claque au cinéma égocentrique et bourgeois qui inonde nos salles. Radical et expiatoire, le portrait au vitriol de cette famille éthylique pourrait bien être le meilleur vaccin contre la culture du « bon goût » qui ronge nos sociétés.

We’re a happy family

L’impertinence ne s’apprend pas. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder le parcours du cinéaste flamant Félix van Groeningen. A 26 ans, il imposait déjà à l’écran une radicalité formelle et narrative surprenante avec Steve + Sky, histoire d’amour relativement crue de deux jeunes d’une vingtaine d’années en perte de repères. Un talent qu’il confirma trois ans plus tard, avec Dagen zonder lief, portrait de six trentenaires en proie au doute, craignant que l’aire du « tout est possible » n’ait cédé la pas au « tout est joué ». Pour son troisième long métrage, il décide de frapper fort en adaptant le roman autobiographique de Dimitri Verhulst : La merditude des choses, publié en 2006, sans pour autant abandonner son style tranchant. Seule motivation, être meilleur que le livre. Une entreprise ardues tant l’ouvrage allie à merveille humour, cynisme, et réalisme. Félix van Groeningen donne donc vie à la famille Strobbe, où le jeune Gunther, futur écrivain, n’a alors que 13 ans. Il vit dans une bourgade sordide au doux nom de Trouduc-les-Oyes où il partage le toit de sa grand-mère avec son père et ses trois oncles que la sainte femme essaie en vain de canaliser. Quatre grands gaillards braillards, paillards, bagarreurs et glandeurs qui vident les verres comme s’il en allait de leur vie, et qui sont, pour le jeune Gunther, le seul modèle masculin que la vie lui ait donné. Un quotidien poisseux entre les murs de la maison assaillie d’huissiers et les bars, entre réputation démolie et gueule de bois sévère. Et des gueules, ces comédiens remarquables en ont des fameuses, de celles qui ont désertées le cinéma de nos latitudes.

Seuls les seuls
Impressionnant, déconcertant, drôle et inventif à la fois, La Merditude des choses ne peut laisser indifférent. Loin de la fable grotesque ou salace, Félix van Groeningen peint un condensé de vie. Une existence triste, pathétique et pourtant pleine de légèreté. Entre solitude et déchéance assumée, les Strobbe regardent leur vie leur échapper. Ils s’enlisent, refont surface dans un réalisme cru avec comme seul espoir la bière. L’alcool comme carburant de la vie. Un élixir aux effets pervers indiscutables. Et au milieu d’eux, ce gosse qui envie et redoute en même temps ce modèle social que lui tendent ses pères, fiers d’un nom qu’ils ne laisseront jamais souiller et droits dans leurs bottes surtout quand ils titubent. Ni complaisant, ni parodique le cinéaste suit ses personnages, les regarde s’élever et tomber, caméra à l’épaule. Il ne juge pas, n’appuie jamais sur la corde sensible et n’embellit en rien leur univers. Contrairement à Scola dans Affreux, sales et méchants, il ne les accable pas. Il maintient une juste distance générant un sentiment antagoniste de tristesse et de drôlerie poussé à l’extrême. Qu’il s’agisse des scènes de beuverie filmées jusqu’à la nausée, des débordements euphoriques devant un concert télé de Roy Orbisson, ou des rapports père/fils. C’est dans cet excès qu’il puise sa justesse et son humanité. Auréolé de l’amphore d’or au festival du Film Grolandais de Quend ce film devrait bouleverser bien plus que le paysage cinématographique du plat pays.

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Loup (2009). Rencontre avec Nicolas Vanier. Gamines (2009). Rencontre avec Eleonore Faucher.

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