Océans (2010). Rencontre avec Jacques Perrin et Jacques Cluzaud.

janvier 27, 2010 at 9:54 2 commentaires

Documentaire fiction, France

Réalisation : Jacques Perrin et Jacques Cluzaud

Date de sortie : 27 janvier 2010

Distribution : Pathé Distribution

Synopsis : Filer à 10 nœuds au cœur d’un banc de thons en chasse, accompagner les dauphins dans leurs folles cavalcades, nager avec le grand requin blanc épaule contre nageoire, être poisson parmi les poissons.

Après Microcosmos et Le Peuple migrateur Jacques Perrin dévoile et magnifie, dans un somptueux ballet, l’infinie richesse de ces immensités aquatiques. Privilégiant l’émotion aux discours scientifique, Océans émerveille et se dévore comme une superbe fiction du vivant. Rencontre avec Jacques Perrin et François Sorano, guide scénaristique.

Le monde de némo

Comment avez-vous eu l’idée d’Océans ?
Jacques Perrin : Comme pour Le peuple migrateur, il y a, au départ, un rêve de liberté. Ici, celui de nager au milieu des poissons, de faire corps avec eux. Deux aspects essentiels et inédits ont guidés cette réalisation. D’abord on a souhaité tout traduire non pas par l’esthétisme ou le spectaculaire mais par l’émotion. Ensuite on a tenu à avoir toujours des animaux qui soient en mouvement pour saisir l’hydrodynamisme. Ce sont les deux points qui ont orientés nos recherches pendant ces 4 années de tournage. Personne n’avait jusque là pu montrer de telles images. On a souvent observé les espèces de la mer dans des muséums ou des aquariums, donc de façon toujours inertes car le plongeur n’avait pas la possibilité de suivre ces animaux dans leurs déplacements. Or, en arpentant ce territoire, nous avons pris conscience de sa diversité hallucinante. C’est un théâtre de la vie prodigieux que nous méconnaissons. On a donc voulu s’approcher au plus près du vivant, du minuscule jusqu’au plus imposant comme cette baleine de 30 mètres pour en donner une autre compréhension. Mais pour en arriver là, ce fut un vrai défi technique.

Comment avez-vous choisi les espèces ?
François Sorano : On a voulu exprimer tout ce que l’océan pouvait nous donner comme émotions. Et parmi les 240 000 espèces connues, en choisir 4 ou 5 pour en écrire l’histoire aurait été réducteur. Ce n’est pas en racontant la vie des crabes qu’on raconte l’océan. Donc il ne fallait pas aller chercher des espèces, mais ce qui, par elles, pouvait être exprimé. Pour le dynamisme on a ainsi pensé à la cavalcade des dauphins. Car un animal ne se définit pas par sa morphologie mais par les relations qu’ils tissent avec ses congénères. Or, pour décrire le vivant, il faut être au milieu d’eux et ne pas interrompre ses relations. Nos images le montrent d’autant mieux qu’on est proche des animaux et qu’on les accompagne à pleine vitesse. Voilà la grande différence avec des documentaires marins. Mais, pour cela on a du mettre au point les outils adéquat. Car personne n’avait réussi à suivre un banc de dauphins en migration filant à 15 nœuds. C’est d’ailleurs une nouveauté pour les scientifiques. Cette impression d’être nous même dauphin est due au grand angle. Mais il faut être à côte des animaux y compris par temps agité. Et pour cela on a créé une tête stabilisée, pour éviter les vibrations, posée sur un bras de grue qui permet de descendre au raz de l’eau.
Jacques Perrin : Trouver les moyens techniques pour arriver à l’expression que l’on souhaitait a été un travail de très longue haleine. La torpille, tout ce dispositif que vous exposait François, n’a marché qu’à partir de la 3ème année. Je peux vous assurer que les premières images que nous avons ramenées restent inoubliables.

Pourquoi avoir autant soigné le travail du son ?
François Sorano : En faut le son est aussi important que l’image. Il faut savoir que l’eau porte le son, donc le fond de la mer est très bruyant. Le but ici était que le spectateur se sente poisson parmi les poissons, donc il fallait arriver à reproduire le même système de perception qu’eux. Un mouvement de nageoire correspond ainsi pour nous au bruit d’un claquement de fouet. Ce souci du détail participe grandement à l’immersion et accroît la magie des images.

Malgré une prise de conscience écologique, liée à la disparition de certaines espèces, Océans conserve une note d’espoir, qui semble un peu artificielle…
François Sorano : On n’a pas cherché à avoir cette note d’espoir. L’océan est réellement un milieu solide qui tous les jours nous dit : « malgré vos agressions, si vous me laisser un espace de liberté, je résiste ! » On l’a vu tout le temps. Après, dans ce film, il y a aussi de vrais cris comme quand on voit les requins se faire découper vivants les ailerons ou la baleine se faire harponner. Cela dit attention, il s’agit ici d’une image de synthèse. La baleine est réelle mais le harpon lui est virtuel. Donc au final, la réalité est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il y a effectivement certaines zones où on a tout ravagé, où la vie ne plus être comme avant mais où quelque chose viens occuper cet espace. Je pense ici, par exemple, aux sardines qui ont totalement disparu de Nice et qui n’y reviendront jamais.

Peut-on encore parler d’un documentaire ou est-ce une fiction ?
Jacques Perrin : Au départ, on avait des personnages emblématiques du milieu marin comme liens. Mais on s’est rendu compte que s’ils nous permettaient d’accéder aux créatures de la mer, ils ne leur laisser pas la place qui leur incombait. Donc on les a rayé, pour ne conserver que l’histoire symbolique du vieil homme et l’enfant. Du coup on n’est plus du tout dans le documentaire. Ici l’histoire elle est au bout de l’émotion et comme il n’y a pas de commentaire chaque spectateur reçoit ce récit en fonction de sa propre sensibilité. Seuls les animaux s’expriment avec leur langage, ce qui évite les traditionnels discours anthropomorphiques.

D’un point de vue éthique, la présence de sponsors privés dont Véolia, Total ou Edf ne vous dérange t-elle pas ?
Jacques Perrin : Je ne sais pas s’ils voulaient se racheter une conduite, mais il faut bien comprendre que ce film a coûté très cher. Le financement traditionnel pouvait à peine couvrir 50% de son coût. Il fallait donc trouver des partenaires privés dont Total. Il n’y a rien de choquant dans cette démarche car il faut savoir que La fondation Total s’occupe entre autre du conservatoire du Littoral ou du Muséum d’histoire naturelle de Paris. Pensez-vous sérieusement qu’il faudrait se privé de ces deux institutions à cause d’un point vu éthique lié à leur financement ? Je ne le crois pas. De plus, ces partenaires privés nous ont permis de ne pas être le jouet des assurances du marché qui vous dissent ce qu’il faire ou pas. Là on été en dehors de toute contraintes. Je peux le dire on était totalement libre et jamais ils ne nous ont demandés d’arranger leur image. Après effectivement je peux comprendre que l’apparition de leur logo en ouverture puisse gêner. Ce fut effectivement le cas lorsque nous avons présenté le film en Bretagne où la menace de l’Erika pèse encore.
François Sorano : Il faut surtout se poser la vraie question, à savoir : Est ce que ce film sert les océans ? Personnellement, il me semble que la réponse est positive !

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2 commentaires Add your own

  • 1. mauranne  |  janvier 27, 2010 à 12:57

    Vous venez de transmettre d’une façon sensitive tout un monde que le monde d’en haut ignore. Merci.

    Réponse
  • 2. mauranne  |  janvier 27, 2010 à 1:05

    so je recommence à vous dire que vous avez su transmettre les sensations du monde d’en bas au monde d’en haut. Par exemple les sensations des grosses vagues vues d’en bas ouune grosse houle où on se jure que jamais, plus jamais, on ne remettra les pieds sur un bateau de moins de moins de 500 m, au moins ! un un mot merci Monsieur.

    Réponse

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