Harragas (2010). Rencontre avec Merzak Allouache

mars 3, 2010 at 10:58 Laisser un commentaire

Film drame France Algérie

Réalisation : Merzak Allouache
avec Lamia Boussekine, Nabil Asli, Samir El Hakim

Date de sortie : 24 février 2010

Distribution : Jour2fête

Synopsis : Mostaganem, à 200 Km des côtes algériennes. Hassan, un passeur, prépare en secret le départ illégal d’un groupe d’immigrants vers les côtes espagnoles. Dix « brûleurs » participent au voyage. Harragas est l’odyssée de ce groupe rêvant à l’Espagne, porte ouverte sur l’Eldorado européen.

Loin de l’humour facile de Chouchou, le cinéaste algérien Merzak Allouache revient sur ces terres natales pour témoigner de l’immigration clandestine et sans espoir d’une jeunesse sans avenir. Sec et poétique, Harragas reste à ce jour le film le plus sombre du réalisateur, même si sa productrice, Véronique Zerdoum y décèle, une pointe d’humour. Rencontre.


Véronique Zerdoum : L’univers de Merzak Allouache est tragicomique. C’est quelqu’un de très curieux, très acide par rapport au monde. Il s’impose toujours une distance face à ce qu’il voit, et ce film ne déroge pas à la règle. Chouchou était plus une distraction qui partait d’un sketch de Gad Elmaleh. Ça ne faisait pas parti de son univers. Lui s’intéresse énormément aux faits de société. Il y a 3 ans, il a réalisé un téléfilm pour arte : Tamanrasset, qui décrivait la situation des maliens clandestins en Algérie mais sans pouvoir le tourner sur place. Donc il cherchait un autre sujet pour y revenir et c’est là qu’il a découvert les harragas. Le terme vient du Maroc, il signifie « les brûleurs », ceux qui brûlent leurs papiers mais aussi leur vie en risquant le tout pour le tout. Ça l’a préoccupé. Il y voyait un suicide collectif des jeunes et des moins jeunes qui nécessitait une mesure d’urgence. C’est un phénomène qui dépasse l’Algérie. Ça concerne beaucoup de pays méditerranéens, tout le Maghreb, mais aussi l’Afrique. Ce n’est ni nouveau, ni récent mais ça prend de plus en plus d’ampleur. Aujourd’hui, les algériens ne peuvent plus sortir, ils n’ont plus de visas comme avant car trop compliqués à obtenir. Or, moins on donne la possibilité aux gens de sortir de leur pays, plus on les enferme, plus ils ont envie de partir. Beaucoup partent non pas parce qu’ils n’ont plus d’argent mais parce qu’ils n’ont plus d’espoir ni de perspectives.

Avez-vous obtenu des subventions publiques algériennes pour ce film ?
Véronique Zerdoum : C’est un phénomène qui est connu de tous et qui n’est pas censuré. Les journaux algériens s’en font l’écho donc le gouvernement connaît bien ce problème et ne fait rien pour le contrer. Le film n’est pas une ode ou une incitation à partir. C’est une coproduction franco algérienne, réalisée comme un documentaire, qui dresse un constat de la détresse algérienne. C’est pour cela qu’on a laissé ce film s’exprimer. Mais plus largement le cinéma ne gène pas la vie politique ou économique. Sa place est si dérisoire en Algérie aujourd’hui que le gouvernement n’en a que faire. Il y avait 350 écrans en 1960 et il en reste à peine une dizaine. Donc les jeunes se commentent des films à la télévision et via Internet.

Ces 10 personnes réunies dans cette barque sont-elle une allégorie de l’Algérie?
Véronique Zerdoum : Oui. Merzak Allouache a voulu montrer un microcosme avec ces difficultés à réagir, à exister ou à coexister. Le temps de la traversée les différents aspects de cette société, ses paradoxes, mais aussi ces générosités s’expriment. Tout n’est pas tragique. Il y reste une note d’espoir.

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