Comme les 5 doigts de la main (2010). Rencontre avec Alexandre Arcady

avril 28, 2010 at 1:11 Laisser un commentaire

Thriller, France

Réalisation : Alexandre Arcady
avec Patrick Bruel, Vincent Elbaz, Pascal Elbé…

Date de sortie : 28 avril 2010

Distribution : ARP Sélection

Synopsis : Ils sont cinq frères semblables et pourtant différents, élevés par une mère devenue veuve trop tôt. L’un d’eux s’était éloigné de la famille, lorsqu’il réapparaît, poursuivi par un gang de trafiquants, il se réfugie parmi les siens en leur révélant un secret. Les cinq, ensemble, vont trouver l’énergie de se défendre et le moyen de venger la mémoire de leur père assassiné…

Avec Comme les 5 doigts de la main, thriller judéo familial abracadabrantesque, Alexandre Arcady revisite en roue libre Le grand pardon et s’enlise dans la caricature. Acteurs livrés à eux même, dialogues indigents et manichéisme : un constat amer en partie racheté par la présence de Patrick Bruel en leader maxima. Rencontre avec Alexandre Arcady Patrick Bruel et Mathieu Delarive.

Comment définiriez-vous votre dernière réalisation ?
Alexandre Arcady : C’est à la fois un film familial et un polar. Une famille ordinaire va être perturbée par le retour du cadet fuyant la pègre et la police. Ensemble, ils font faire face à l’adversité. Il y a ici un peu de L’union sacrée, un peu du Grand pardon et beaucoup de Rocco et ses frères. Mais c’est avant tout un film très personnel auquel je pensais depuis longtemps. J’avais envie de parler de cette fratrie dans laquelle j’ai vécu et de ma mère qui a nous a élevé seule. Et puis, il y a eut cette photo d’enfance que j’ai retrouvée et glissée à la fin du film où on nous voit alignés tous les 5, par ordre de grandeur. L’émotion était là, mais pas suffisante pour écrire un scénario. Le déclic je l’ai eu il y a deux ans en découvrant un fait divers qui s’est passé à Paris où 2 copains ont été agressés par une bande de voyous à coup de pierres et de balles à grenailles. Au lieu de se sauver, ils ont décidé de traverser le boulevard et de se défendre. Et je me suis demandé : qu’est ce qui s’est passé dans la tête de ces garçons pour qu’ils refusent l’inévitable et l’absurde. C’est là que j’ai trouvé l’angle du film : si une fratrie installée dans une vie confortable se retrouve confrontée à la violence pour sauver l’un des leurs, comment réagiraient-ils ?

Patrick Bruel semble incarner ici votre double. Quand avez-vous pensé à lui ?
Alexandre Arcady : D’emblé, c’était une évidence. Mais je n’étais pas certains qu’il accepterait. J’aime Patrick parce que je peux lui proposer des rôles très proche de ma sensibilité. C’est notre 5ème collaboration. C’est un peu mon relais. Dans le coup de Sirocco, il interprétait déjà un peu mon personnage dans la vie. Là pour le rôle de l’aîné je ne voyais pas qui d’autre pouvait le jouer. J’étais l’aîné de cette fratrie et il devait impérativement l’incarner.
Patrick Bruel : C’est très difficile de refuser un rôle à celui qui vous a lancé dans le cinéma. Un des mes grands regrets est de ne pas avoir pu faire Pour Sacha qu’il avait écrit pour moi, à cause d’un problème de dates, puisque je faisais en même temps mon premier Zénith. Là, j’ai lu le scénario et je lui ai dit oui de suite. Peut être parce que nous partageons ce même goût pour la famille. Nous avons tous les deux des enfants et je suis resté très proche de mes miens. J’ai d’ailleurs dans la vie comme à l’écran cette tendance à prendre la fratrie en main. Donc c’est vrai que ce personnage n’est pas très éloigné de ce que le metteur en scène, mais aussi l’ami, voit de moi. Et là, il m’a offert une confiance énorme.
Mathieu Delarive : Sur le tournage Patrick avait vraiment ce côté grand frère que ce soit sur le plateau ou en dehors des scènes. Il nous a vraiment pris sous son aile et il a fédéré le groupe. C’est pour ça que cette fratrie existe vraiment et qu’on la voit à l’image. Parce qu’à l’extérieur elle existait. Il nous a transmis sa générosité autant sur le plateau que dans la vie. D’ailleurs pour moi c’est un film d’amour qu’a réalisé Alexandre Arcady. Un film d’amour de la famille, de solidarité et d’engagement. C’est quelque chose de très fort dans cette histoire.

Justement, les rapports entre frères sont tellement développés que la construction du film en devient manichéenne. C’est la famille, les frères contre les autres ?
Alexandre Arcady : Face au danger, il y a cette solidarité, il y a l’amour qui prédomine et ils vont faire front. Ils font fi de leur histoire et de leurs oppositions pour s’unir.
Patrick Bruel : En effet, il y a un caractère un peu manichéen dans le sens où cette famille reste du bon côté contre l’adversité. Elle n’a pas en son sein un sale mec. C’est une famille unie, complexe mais composée que de mecs bien. Je crois que c’est parce que ça part d’une histoire personnelle réelle. Il n’y a pas une volonté de manichéisme dans l’écriture mais plutôt celle de retracer une vérité personnelle.

Personnellement, une scène m’a dérangée : celle de l’achat des armes. Pourquoi avoir décidé de conduire la fratrie au cœur d’une citée pour s’approvisionner auprès d’islamistes ?
Alexandre Arcady : En écrivant le scénario on s’est posé cette question : comment ces gens, qui sont d’honnêtes commerçants vont pouvoir s’armer ? Alors il y avait 2 adresses, m’ont dit les policiers : soient les voyous, soient les islamistes. Les voyous me disaient le policier c’est un petit peu dangereux parce qu’en général, ils sont voyous et indicateurs. Et quand on veut faire une action en dehors de la police, mieux vaut ne pas acheter des armes chez eux. Restait les islamistes. Pourquoi les islamistes, parce qu’ils en font leur fond de commerce. On s’étonne que les islamistes soient à la tête de vente d’armes, de trafic de drogue, mais c’est leur fond de commerce. Ce sont des fanatiques. On sait très bien ce qu’ils font. Ils sont là pour faire des attentats, pour tuer et pour provoquer. Donc qu’ils vendent des armes à la famille Hayoun ou à quelqu’un d’autre, c’est du business pour eux. A partir du moment où c’est réaliste, je ne voyais pas pourquoi ne pas l’inclure dans ce film. Mais jamais je l’aurais inventé. Maintenant attention, on parle de terroristes, on parle de fanatiques.
Patrick Bruel : Non, mais on parle de business ici, surtout pas de religion. Que de business !

Vous faîtes plus que réaliser ici ?
Alexandre Arcady : Je suis réalisateur, scénariste, dialoguiste et producteur. J’aime bien englober tous ces métiers car ça me donne plus de liberté. Mais, je ne m’imagine pas tourner un film sans en avoir écrit le scénario. C’est impossible. Je ne l’ai jamais fait et je ne saurais pas le faire. Pour moi le travail commence dès l’écriture. C’est là qu’on pénètre le sujet et les personnages. C’est là que ça se forge.

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