The Devil and Daniel Webster [Tous les biens de la terre] : William Dieterle (1941, Carlotta)

juillet 4, 2010 at 11:40 Laisser un commentaire

THE DEVIL AND DANIEL WEBSTER

Un film de William Dieterle
Avec Edward Arnold, Walter Huston, James Craig et Simone Simon

Distribution : Carlotta Films

Fiche produit boutique Carlotta

Date de sortie : 16/06/2010

Variation champêtre sur le mythe de Faust, The Devil and Daniel Webster de William Dieterle constitue l’une des oeuvres phares de la RKO. Sortie en 1941, la même année que Citizen Kane, ce long métrage longtemps oublié puis amputé est enfin disponible dans sa version intégrale de 102 minutes, grâce au travail passionné de Carlotta.

Arrivé à Hollywood en 1930, William Dieterle avait déjà une longue carrière allemande derrière lui. Ce géant de deux mètres avait d’abord été acteur dans des troupes itinérantes puis au cinéma dans une dizaine de films dont Faust (1926) de W. F. Murnau. Après quelques réalisations outre Rhin, la Warner Bros l’engagea. Il y resta jusqu’à ce qu’il fonde sa propre compagnie : la William Dieterle Company. Porté par le succès de The Hunch back of Notre-Dame (1939) adaptation de l’œuvre de Victor Hugo avec Charles Laughton dans le rôle de Quasimodo, il signa un contrat avec la RKO pour y produire, en indépendant, un de ses films les plus ambitieux : All That Money Can Buy devenu par la suite The Devil and Daniel Webster.
Adapté de la nouvelle de Stephen Vincent Benét, le récit nous plonge dans le New Hampshire du XIXe siècle, où vit Jabez Stone, un fermier accablé de maux et de dettes. Désespéré, il accepte un jour de vendre son âme à Mr Scratch qui lui voue un intérêt maléfique, en échange de 7 années de chance et d’or à volonté. La fortune lui sourit alors, mais derrière ce bonheur apparent, l’arrogance et l’égoïsme gagent peu à peu son cœur. Alors qu’il s’isole de plus en plus d’une communauté qu’il asservit et qu’il s‘éloigne de sa famille, le village s’apprête à accueillir le sénateur Daniel Webster, ardent défenseur de l’opprimé et brillant orateur, capable dit-on, de jouter avec le diable…

Mon âme pour deux sous. Tourné juste après Citizen Kane, The Devil and Daniel Webster reprends plusieurs de ces collaborateurs essentiels : le décorateur Van Nest Polglase, le jeune compositeur Bernard Herrmann, qui obtiendra un oscar pour ce film et le monteur Robert Wise. Inclassable et étrange The Devil and Daniel Webster mélange les genres, quitte à dérouter le public américain de l’époque. Film fantastique autant qu’historique – le personnage de Daniel Webster ayant réellement existé – il relève également du mélodrame et du conte philosophique. Oscillant entre critique sociale vive et bonne conscience religieuse, cette réalisation rappelle combien William Dieterle a marqué Hollywood par son engagement politique et ses prises de position. Il n’est donc pas étonnant de le voir proposer ici une relecture du Livre de Job et du mythe de Faust où l’arrière plan social, avec la misère paysanne, apparaît en première ligne. Rappelons-nous que les plaies de la crise de 1929, à peine cicatrisées, sont vives à se raviver devant la nouvelle montée en puissance du capitalisme en ce début de conflit mondial. D’ailleurs, contrairement au Faust allemand, c’est l’argent seul qui motive le personnage de Jabez Stone, pas la jeunesse ni l’amour. Et pour le corrompre le cinéaste a choisi un diable sautillant, sympathique et bigrement charmeur interprété par Walter Huston. Le père de John Huston s’en donne à cœur joie, coiffé d’un petit chapeau bavarois comme un clin d’œil en direction de l’Allemagne nazie. Face à lui, face à l’appât du gain facile et du pouvoir, Daniel Webster (Edward Arnold) politicien honnête aux convictions inébranlables résiste et poursuit sa défense des opprimés, quitte à ne jamais pouvoir franchir les portes la Maison Blanche comme le lui susurre le diable. Pour William Dieterle politique, ambition personnelle et corruption semblent aller de paire. Un message qui peut sembler aujourd’hui un peu naïf, mais qui en 1941, à l’heure où on demandait aux réalisateurs de participer à l’effort de guerre en glorifiant les valeurs morales des Etats-Unis, a pu provoquer quelques remous et conduir plus tard William Dieterle à figurer sur la liste grise du maccarthysme.
Ce sont d’ailleurs ces questionnements politiques qui donnent à cette œuvre tout son sens et évitent de le voir sombrer dans un certains classicisme qui affleure dès son ouverture. Paradoxalement, ils viennent également l’alourdir de longs discours. C’est d’autant plus dommage que The Devil and Daniel Webster recèle de beaux moments de cinéma. A commencer par la photo néo-expressionniste de Joseph August, sur laquelle s’appuie William Dieterle pour créer cette atmosphère fantastique dans laquelle beigne le film et où brille littéralement l’actrice française Simone Simon. Découverte au coté de Jean Gabin dans La Bête humaine (1938) de Jean Renoir, William Dieterle l’appela sur le tournage. Partie aux Etats-Unis, elle refusa La Règle du jeu (1939) pour jouer ici un rôle à sa mesure : la fille du diable, tout en perversité et fausse ingénuité. Une chance pour elle, puisque subjugué par son interprétation, Jacques Tourneur verra en elle sa Féline pour Cat People (1942), inoubliable icône du 7ème art.

Moins moderne que certains de ses contemporains, The Devil and Daniel Webster n’eut qu’un succès mitigé. Il perdit de l’agent et coula la société du cinéaste en même temps que ses désirs d’indépendance. William Dieterle du attendre 1948 pour rencontrer un certain succès avec Le Portrait de Jennie, avant de finir au rang des réalisateurs oublié du grand Hollywood. Ce DVD sonne donc comme une résurrection.

Suppléments :
Un humaniste à Hollywood (24 mn)
Hervé Dumont, historien suisse du cinéma et auteur de William Dieterle : un humaniste au pays du cinéma, présente le réalisateur, son œuvre et revient sur la façon dont The devil and Daniel Webster entremêle le mythe de Faust et le folklore politique associé à la naissance des Etats-Unis.
« The devil and Daniel Webster » version radiophonique de 1938 (30 mn)
On retrouve ici une mise en images de la version radiophonique adaptée de la nouvelle originale de Stephen Vincent Benét, avec déjà une partition de Bernard Herrman.
Screen Directors Playhouse : One Against Many de William Dieterle (1956 – N&B – 25mn)
L’éditeur a eu la bonne idée de glisser en bonus un court métrage que réalisa William Dieterle dans le cadre de la collection Screen Directors Playhouse dans laquelle la plupart des grands réalisateurs hollywoodiens de l’époque purent s’illustrer. Interprété par Lew Ayres & Wallace Ford, en voici le synopsis : Le docteur John Mohler est appelé par le Sénat de Californie pour résoudre une épidémie de fièvre aphteuse qui décime le bétail. Optant pour une solution drastique d’abattage de tous les troupeaux, il doit affronter la réticence des fermiers…

Technique :
– Durée du film : 102 min
– Format film : 1.33 respecté 4/3 – Noir & Blanc
– Langues : anglais
– Son : Le film en VOST.
La bande son, malgré sa belle restauration, manque d’homogénéité entre les dialogues et la musique de Bernard Herrmann, ce qui oblige parfois à garder son le doigt sur la télécommande du volume.
– Image : Nouveau master restauré HB
La définition est d’une excellente qualité et magnifie le somptueux travail sur la lumière.
– Prix : 19,99 €

En partenariat avec :

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Tournée (2010). Rencontre avec Mathieu Amalric. Le nouveau numéro de l’excellente revue : Jeune Cinéma numéro été 2010 vient de paraître !

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