Piranha 3D : Alexandre Aja (2010)

septembre 13, 2010 at 8:26 Laisser un commentaire

Épouvante-Horreur, USA (interdit – de 12 ans)

Titre original : Piranha

Réalisation : Alexandre Aja
Avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O’Connell

Date de sortie : 1er septembre 2010

Distributeur : Wild Bunch Distribution

Nourris à coup de 3D et de milliers de dollars, ces petits poissons voraces, n’ont rien perdus de leur mordant. Ils se révèlent même bien plus mal élevés qu’il n’y paraît au premier abord.

Après Mirrors, remake hollywoodien d’un film de fantôme japonais laissant la part belle à l’angoisse et à l’effroi, Alexandre Aja retrouve assez d’immaturité pour revenir aux deux fondamentaux du cinéma horrifique occidental : du sang et du sexe. Cette ambition s’inscrit clairement sur l’affiche et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas lésiné sur les moyens. Théâtre de ce copieux buffet : le Lac Victoria niché, au cœur de l’Arizona. Un lieu d’autant plus idyllique pour nos amateurs de chair fraîche que nous sommes à la veille du week-end de Pâques, en plein Sprink Break, grande messe étudiante où beuverie collective et dévergondage battent leur plein. Réveillés par une banale secousse sismique, nos féroces carnassiers ne feront qu’une bouchée de ces bimbos liftées et de ces jeunes mâles bodybuildés, malgré la bonne volonté déployé par la police locale pour les contrer. Contrairement au trublion Joe Dante qui, dans Piranha (1978), préférait anticiper les dangers de la biogénétique mise au service de l’armée, pour justifier la voracité de ses petites bêtes, Alexandre Aja ne s’encombre pas de telles précautions pour son remake. On entre directement dans le sujet : de jolies filles sexy et un pan de la jeunesse dorée américaine livrée en pâture à une horde de poisons affamés, par un jeune français expatrié aux Etats-Unis. Un spectacle hilarant autant que jouissif avec à la clef quelques records pour le plus grand plaisir du spectateur. Piranha 3D propose des hectolitres d’hémoglobines, un nombre incalculable de paires de seins, voire de phallus, le tout dans une 3D bâclée et étonnamment sans aucune censure.

Puritanisme et purgatoire. Il serait pourtant trop simpliste de le réduire à ces effusions. Alexandre Aja aime réellement le cinéma de genre. Il l’apprécie sincèrement, il le connaît et il sait le déconstruire pour se l’approprier. Il le respecte également, c’est ainsi qu’il est parvenu à insuffler une dose de malaise supplémentaire dans sa version de La Colline à des yeux. Dans Piranha 3D, outre les références et outrance cinématographiques présentes, notamment une effroyable boucherie de masse finale, c’est une image contradictoire de l’Amérique contemporaine qu’il nous livre. Celle d’un pays puritain et toujours prompt à dégainer la morale, mais qui pourtant s’avère prêt à tolérer une fête comme Sprink Break, sorte de rite initiatique moderne, pétage de plomb institutionnalisé et toléré pour ces jeunes gens appelés à constituer la fine fleur du pays. Bref un spectacle assez proche de nos bizutages d’autant plus facile a accepté qu’il se déroule loin des yeux des parents. Une décadence que le réalisateur combat à coup de dents plus affûtées que des rasoirs. Cette folâtre jeunesse n’est ici bonne qu’à servir d’encas à de petits monstres visiblement plus malins qu’eux. L’intérêt alors est de voir quel contrepoint le cinéaste choisit d’opposer à ces étudiants : une mère de famille traditionnelle, shérif de la ville. Parmi, ces enfants, un adolescent de 17 ans arborant un t-shirt « death to the Pixies », avec la tête sur les épaules et les hormones qui s’emballent devant le spectacle que lui offre Spring Break. Calme, introverti, il semble tout droit sorti d’un film de Joe Dante, des Gremlins par exemple ou des Small Soldiers, avec des valeurs d’un autre temps. Un héros d’une autre génération en quelque sorte, pas celui des teenagers d’aujourd’hui. Et d’un coup Piranha 3D semble plus s’adresser à des trentenaires qu’à des adolescents.

Au final, si Piranha 3D, offre un bon moment de cinéma, comment ne pas rester frustré devant cette histoire qui manque de personnalité. En réalisant une efficace série B à l’ancienne mais avec des moyens financiers conséquents, Alexandre Aja, artisan rodé, ne parvient toujours pas à combler les attentes qu’il avait suscité avec Haute Tension.

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