Ao, le dernier Neandertal (2010). Rencontre avec Jacques Malaterre.

septembre 28, 2010 at 2:11 Laisser un commentaire

Western préhistorique, France

Réalisation : Jacques Malaterre
avec Simon Paul Sutton, Vesela Kazakova

Date de sortie : 29 septembre 2010

Distribution : UGC Distribution

Synopsis : Pendant plus de 300 000 ans, l’homme de Néandertal règne sur la planète. Il y a moins de 30 000 ans, il disparaît à tout jamais…Son sang coule-t-il encore dans nos veines? Nul ne le sait, sauf AO… le dernier des Néandertaliens !

Porté par le succès télévisuel des trois volets de L’odyssée de l’espace, Jacques Malaterre retourne aux origines de l’homme pour son premier long métrage de fiction et compose avec Ao, le dernier Neandertal, une épopée romantico-préhistorique d’envergure. Rencontre.

Quel a été le point de départ du film ?
Jacques Malaterre : Le livre de Marc Klapczynski : Ao, l’homme ancien. J’ai tout de suite eu envie de l’adapter. J’étais fasciné par l’idée de suivre le dernier homme de Neandertal avant son extinction parce que j’y voyais l’occasion de réaliser un grand film d’aventure, avec des paysages sublimes, de l’émotion et des thèmes d’actualités. Et après 2 ans d’écriture on y est parvenu tout à conservant l’esprit du roman. Après j’ai profité de mon expérience sur L’odyssée de l’espace pour ne pas imposer d’acteurs connus. Je voulais être crédible. Il fallait quelqu’un de neutre auquel le public puisse s’identifier. Donc après un très long casting j’ai choisi des acteurs anglais, moins frileux et exigeants que la plupart des acteurs français et beaucoup de Roms pour interpréter les Sapiens.

C’est donc une fiction plus qu’un documentaire?
C’est d’abord un film d’aventure romanesque et spectaculaire. Ensuite c’est une œuvre engagée puisqu’elle transmet des valeurs humaines. On n’y parle de l’acceptation ou du rejet de l’autre, d’identité, de maternité, de paternité, de familles recomposées, de nomadisme et de la place de l’homme dans la nature. Et, j’ai voulu une préhistoire réaliste. C’est pour ça qu’il n’y pas d’animaux de synthèse. Il y a un cimetière de mammouth mais qui fait écho à la disparition de Neandertal. Et c’est vrai que pour l’habitat, l’armement ou les outillages, on s’est appuyé sur des conseillers scientifiques, mais c’est une fiction pure.

La disparition de Neandertal reste t-elle un mystère ?
Oui. Les scientifiques s’accordent à dire que d’un côté il y a Homo Sapiens, le conquérant, qui sort d’Afrique, va en Asie, en Europe, en Amérique, aujourd’hui il veut aller sur Mars. De l’autre, il y a Neandertal qui vit en Europe depuis bien plus longtemps et s’y sent bien. Mais quand arrive Sapiens, c’est un choc auquel il n’était pas préparé. Alors il y a eu des groupes qui se sont assemblés, qui ont eu des échanges culturels voire même amoureux et puis il y en a eu d’autres où Neandertal a laissé sa place, et à force, en 10 000 ans il se serait moins croisé avec les siens et il se serait éteint. Je ne crois pas que Neandertal soit plus bête et Sapiens plus intelligent. Je crois qu’ils ont deux cultures différentes. Neandertal est plus rustique mais c’est un grand chasseur qui dispose de techniques élaborées. Sapiens est plus affiné, il a découvert l’aiguille, il orne ses vêtements de coquillages donc il a le sens du beau.

Pourquoi avez-vous décidé d’apposer cette voix off sur le récit ?
On a écrit le scénario comme s’il ne devait pas y en avoir. On a crée un langage. Mais je voulais une voix off qui viendrait raconter ce qu’ils pensent et non ce qu’ils font. Parce qu’ils avaient une pensée élaborée. Il y a beaucoup d’idées reçues à ce sujet. Demandez à un acteur d’interpréter un homme de Neandertal, il ne peut pas s’empêcher de jouer l’idiot. Donc la voix off coupe court à tout ça et permet également de tenir la main à celui qui serait réticent à ce genre de divertissement. Le risque, c’est que si on décroche, ça peut devenir comique. Alors pour éviter cet écueil, j’ai fait très attention. Il y avait 1 mois et demi de répétition sur les documentaires, ici j’y ai passé 4 mois.

Ce n’était pas un peu risqué de choisir de développer autant les aspects psychologiques des personnages ?
Si cette histoire d’amour vous gène, sachez qu’elle est voulu. Pourquoi cela n’aurait-il pas été possible chez nos ancêtres ? Quant au traitement du sentiment de paternité, il faut savoir que nos ancêtres sont des nomades. Mais avant tout ce sont des passeurs de vie. Pour eux le sentiment d’être père n’existait pas. Ils protégeaient la vie, et tous les enfants étaient considérés comme leurs enfants propres. C’est pour cela que j’ai décidé d’autant l’appuyer. Imaginez que si on vivait de cette façon aujourd’hui, le monde serait considérablement meilleur. Mais, je ne tenais pas à donner une vision édulcorée de la préhistoire, ni pour autant tomber dans le spectaculaire.

Pourquoi proposer ce film maintenant ?
Je ne suis pour rien dans les hasards de la production. Il devait initialement sortir en janvier, mais je suis resté coincé avec une équipe de 100 personnes dans la neige. J’ai bien failli perdre le film. Je suis donc très heureux de le voir arriver sur les écrans, même à cette époque.

N’avez-vous peur de vous enfermer dans un genre particulier, la préhistoire ?
Non, parce que je travaille sur de nombreux projets parallèles qui n’ont rien à voir avec celui-ci. J’ai tourné Carmen pour France 2, L’assassinat d’Henri IV, j’écris actuellement un scénario de BD et je tourne un clip pour une émanation des Gipsy kings.

Vous avez toujours tendance à montrer la vie comme une épreuve, avec beaucoup de place à la dramatisation. Est-ce que c’est un effet recherché ou fortuit ?
C’est un trait commun effectivement à tous mes films et pas seulement à mes travaux sur la préhistoire. Je préfère l’émotion, l’âme humaine plus que l’action. C’est sans doute mon passé d’éducateur qui en est la cause. Mais c’est plus par goût et amour de la vie que j’adopte ce ton. Car je ne suis pas pessimiste ou alors comme disait Brel : « pessimiste en pensée mais optimiste dans la vie ».

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