Bilan 13e festival Ciné 32 à Auch

octobre 20, 2010 at 9:19 Laisser un commentaire

Cette année encore, c’est le cœur serré que nous quittons, le dimanche soir venu, la si hospitalière ville d’Auch et son festival enchanteur. Peu de grands noms parmi les 45 films présentés lors de cette 13e édition, mais que de belles découvertes, notamment françaises, qui devraient, à coup sur, marquer les mois à venir.

S’il ne fallait retenir qu’une œuvre phare de Ciné 32, nous nous tournerions du côté du Japon avec Le soldat Dieu, du très prolifique Koji Wakamatsu (sortie le 1er décembre). Cet ancien Yakuza débuta sa carrière en 1959 dans le pink eida, genre dédié au sexe et à la violence, avant de transformer sa caméra en arme politique histoire de dénoncer avec virulence les travers d’un gouvernement hypocrite. Virulent, engagé et frondeur il propose ici une relecture adroite et radicale de Johnny s’en va en guerre (1971, Dalton Trumbo). Tourné en deux semaine (un durée relativement longue pour lui), en prise direct et sans répétition préalable, Le soldat Dieu mêle à merveille images d’archives de la seconde guerre sino-japonaise, scènes de violence crue et quotidien d’une femme désespérée, celle du lieutenant Kurokawa qui regagne son foyer couvert de médailles mais privé de la parole, de ses bras et de ses jambes. Tout la village se tourne alors vers cette épouse, Shigeko qui reçoit en guise de mari un homme tronc aigris, devenu héros national. Brûlot antimilitariste le film dénonce la violence légitimée par un état en temps de conflit, balaie d’un trait l’idée d’une guerre juste où les humains tuent, violent, démembrent et brûlent en toute impunité.

Plus léger, I wish I knew nouveau documentaire chinois de Jia Zhand Ke (sortie en 2011) explore l’histoire de Shanghai depuis 1930. Si on y retrouve avec plaisir la beauté fascinante des ses images et de ses cadres, sa langueur lorsqu’il filme cette mégapole portuaire, la longueur des interviews face caméra déroute un peu et altère la magie de son cinéma.Très attendu aussi, Somewhere, dernier long métrage de Sofia Coppola (sortie le 5 janvier 2010) a nécessité deux projections pour assouvir la curiosité des cinéphiles venus assister aux errements de Johnny Marca, acteur à la réputation sulfureuse en repos au sein d’un grand hollywoodien. Sa solitude se brise lorsqu’un matin, sa fille de 11 ans, Cleo le rejoint pour quelque temps. Entre fraîcheur, onirisme et moments de grâce soulignés par la musique de Phoenix, Somewhere devrait plaire à ceux qui aiment le cinéma de la réalisatrice sans pour autant convaincre les autres. Autre agréable surprise, la présence de La femme sans piano, second long métrage de l’espagnol Jovier Robello, qui devrait sortir en France en 2011. La déambulation nocturne de Rosa, femme mariée et épouse fidèle souffrant d’acouphènes autant que d’ennuie n’a rien perdu de sa fascination malgré un second visionnage. Si le film souffre peut être de quelques longueurs, le spectre de Jacques Tati continue de le hanter pour notre plus grand plaisir. Enfin, puisque nous parlons de beaux moments de cinéma comment oublier la première projection du nouveau long métrage de Frédéreic Sojcher, HH [Hitler à Hollywood] (sortie en mai 2011). Merveille d’intelligence et d’inventivité le cinéaste belge propose un documentaire où se mêlent le vrai et le faux à un rythme si effréné qu’il devient difficile de les dissocier. Son thème le cinéma et l’hégémonie d’Hollywood sur le 7ème art européen. Son point de départ un reportage de Maria de Medeiros sur Micheline Presle qui n’a qu’un seul souhait, revoir un film dans lequel elle a tourné à la fin des années 30. Réaliser à Hollywood par un cinéaste allemand oublié cette quête va révéler un complot qui pourrait bien les mettre toutes deux en danger. Réaliser avec un budget modeste et l’aide d’appareils photo numériques, HH lorgne vers la BD, utilise des personnalités qui incarnent leur propre rôle ou presque, et se joue des genres autant que des couleurs. Malgré son apparente légèreté, ce n’est qu’après son visionnage qu’il se savoure et révèle ses nombreuses audaces.

Mais les plus belles surprises, parce qu’inattendues, venaient du cinéma français porteur d’une douce vitalité. A commencer par un superbe film d’animation nourrit aux films noir et aux néo polar américain, produit par les studios Folimage et signé Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, Une vie de chat (sortie le 15 décembre). Le chat en question c’est Dino qui partage sa vie entre deux maisons, celle de Zoé, fille de commissaire le jour et celle de Nico, cambrioleur habile au grand cœur pas si loin que ça de La main au collet d’Alfred Hitchcock, la nuit. C’est par son entremise, bien involontaire, que ces deux là font se rencontrer et braver bien des dangers. Vive et amusante cette réalisation graphique soignée et très personnelle émerveillera les petits mais aussi les plus grands grâce à ses références cinématographiques si finement placées. Tout aussi inventif mais plus conceptuel et surtout abondamment nourri de série B, Rubber (sortie le 10 novembre), nouveau long métrage de Quentin Dupieux, alias Mr Oizo pour les amoureux de musiques électroniques, nous conte les aventures d’un pneu tueur en plein désert californien. Réalisé à l’aide d’un appareil photo numérique et de trucage à l’ancienne, cet objet, le plus mort qui soit, parvient à prendre vie devant nos yeux ébahis. Moins désarmant, le cinéma de genre s’immisce dans deux belles réalisations pour mieux les pervertir. Dernier étage gauche gauche (sortie le 1er décembre), premier long métrage d’Angelo Cianci, débute comme une banale prise d’otage pour glisser vers une séquestration volontaire, celle de François Echeveria, huissier de son état. L’appartement devient alors un refuge où la parole se libère laissant dériver le film d’action vers une absurde comédie humaine. Propriété interdite d’Hélène Angel (sortie le 19 janvier 2011) préfère se jouer du thème de la maison hantée en l’habitant d’êtres en apparence plutôt sains. Entouré d’un vaste jardin et d’arbres centenaire la charmante demeure familiale nécessite de menus travaux pour y vivre ou simplement pour être vendue. Pourtant Claire ne s’y sent pas à l’aise. Les souvenirs, entre autres l’assaillent. Elaguant et agréable, cette chronique familial change de ton, creuse l’angoisse, joue entre réalité et fantasme lorsqu’un un trou est découvert dans la cave. Si l’on pense à Ils (2005) de Xavier Palud, on retiendra surtout de ce film son rapport à l’autre, loin des clichés et des bons sentiments.

Un écueil que n’a pas su éviter Nicole Garcia avec Un balcon sur la mer (sortie le 15 décembre), nouveau drame bourgeois avec en toile de fond l’indépendance de l’Algérie. Plus léger mais tellement délicat, on préféra, malgré quelques facilités scénaristiques, Les émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris (sortie le 22 décembre). Le couple Isabelle Carré/Benoît Poelvoorde fonctionne à merveille en anxiogènes maladifs amoureux de chocolat. Une comédie sucrée à consommer avec modération sous peine de crise de foie. Une recommandation inutile en revanche pour Potiche (sortie le 10 novembre) douzième long métrage de François Ozon, venue clore joyeusement ce festival. Quel plaisir de retrouver toute la verve que le cinéaste déployait dans 8 femmes. Il constitue un casting brillant, s’approprie le vaudeville de Barillet et Grédy en le modernisant, et interroge la place des femmes dans la société autant qu’en politique. S’inspirant des screwball comédies, il reconstitue les années 70 en forçant sur les couleurs, rappelant ainsi l’univers de Jacques Demy, et la misogynie de l’époque. Les mots claques, les répliques fusent, l’occasion de glisser un clin d’œil à Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal ou encore Bernard Thibaut, dont le personnage de député maire et ex-syndicaliste incarné par Gérard Depardieu apparaît comme un écho bienveillant. Bienvenue en 1977 où Mr Pujol, véritable despote, doit laisser momentanément les commandes de son usine à sa gentille épouse, qui galvanisée par cette expérience de leadership n’hésitera pas à mettre un terme à sa vie de potiche. Mais loin de se contenter d’une simple guerre des sexes, c’est la société actuelle et le monde politique d’aujourd’hui que François Ozon égratigne sur un ton endiablé.

Plus brut et plus inquiétant aussi, Commissariat de Ilan Klipper et Virgil Vernier (sortie le 10 novembre) est un documentaire hallucinant, composé de longs plans, sur le quotidien d’un commissariat d’une ville de province. A travers les nombreux témoignages, c’est la solitude et de la détresse ordinaire qui se dessinent. Enfin, pour finir sur une note joyeuse, Les nuits de sister Welsh de Jean-Claude Janer (sortie le 27 octobre), comédie sentimentale onirique sur l’adolescence où une jeune fille Emma rêve sa vie et transforme sa mère absente en héroïne romantique de l’aire victorienne. Un peu bancal, un peu naïve cette agréable réalisation offre l’occasion de retrouver l’actrice Louise Blachère, découverte dans La naissance des pieuvres (2007) de Cécile Sciamma et d’apprécier la musique d’Animal Collective qui ont offert un titre au cinéaste pour l’occasion.

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Au fond des bois (2010). Rencontre avec Benoît Jacquot Coffret Frank Borzage, le 3 novembre 2010

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