Carte des sons de Tokyo : Isabel Coixet (2010)

janvier 27, 2011 at 9:29 Laisser un commentaire

Drame, Espagne / Japon

Réalisation : Isabel Coixet
Avec Rinko Kikuchi, Sergi López, Manabu Oshio

Date de sortie : 26 janvier 2011

Distribution : Bodega Films

Isabel Coixet délaisse une nouvelle fois l’Espagne pour peindre, avec brio et subtilité, une sensuelle histoire d’amour macabre tokyoïte, orchestrée par Sergi López.

Après Des Choses que je ne t’ai jamais dites (1996), premier film remarqué, réalisé en anglais, Isabel Coixet n’a eut de cesse d’écrire et de mettre en scène des histoires personnelles co-produites avec la France, le Canada et maintenant le Japon. Plus particulièrement Tokyo pour ce nouveau long métrage né, outre des lumières, des odeurs et des sons de cette citée, d’une visite de la halle de Tsukiji marquée par le refus d’une jeune vendeuse de poisson à la criée, d’être photographiée. Hantée par l’image de ses bottes de pluie maculées de glace et du sang des thons fraîchement découpés, elle lui inventa une double vie : celle d’une femme dure, solitaire et blessée travaillant aux halles la nuit se transformant occasionnellement en ange de la mort. Le personnage de Ryu (interprété par Rinko Kikuchi révélée dans Babel en 2006) venait de prendre de vie. S’ajoutent alors plusieurs destins croisés : un amoureux des sons, un homme incapable de surmonter la mort d’un proche ou un vendeur de vins espagnols campé par Sergi López. « Je ne suis pas sensible à la culture japonaise, explique t-il, et je ne me suis pas documenté. Je me sentais plus proche du personnage par le thème du vin. »

Cinéma de l’incommunicabilité
Fruit d’une fascination et d’une connaissance certaine de la culture japonaise contemporaine, Carte des sons de Tokyo séduit par sa beauté plastique (les couleurs de la ville sont magnifiée par la photo de Jean-Claude Larrieu) et l’équilibre ténu de sa construction narrative. Charmée par l’atmosphère des romans de Haruki Murakami et Banana Yoshimoto, autant que par le cinéma nippon, Isabel Coixet construit son intrigue par couches qu’elle assemble soigneusement. Les histoires se juxtaposent, s’entrechoquent jusqu’à l’arrivée tardive mais rendue plausible de Sergi López dans un contexte et une ambiance typiquement asiatique. « Isabel Coixet possède une culture très étendue », souligne Sergi López. « Elle lit beaucoup, regarde de nombreux films et se passionne pour le japon au point de se sentir plus japonaise que catalane. Elle me parlait beaucoup d’Ozu qui tournait avec le même objectif.». Etrange film à l’harmonie subtile, chaque élément prend son temps pour révéler tout son sens. Souvent contemplative, avare en dialogues, cette fable sur l’incommunicabilité moderne apporte un soin tout particulier au traitement du son : bruits de la ville, de pas, de bouches, le tumulte des halles ou le silence d’un cimetière, sans oublier cette voix off, narrateur invisible, guidant autant que déroutant dans un univers labyrinthique où plane le spectre d’Alfred Hitchcock façon Vertigo. « C’est en lisant le scénario que j’ai accepté le rôle », insiste Sergi López. « Jamais je n’aurai pu imaginer une telle histoire, si loin des mécaniques scénaristiques classiques. C’est un bienfait dans ma carrière même si au final c’est l’histoire de Ryu. »

Loin du cinéma espagnol habituel, Carte des sons de Tokyo offre, à qui veut se laisser emporter, un voyage inoubliable avec, en toile de fond, la métropole japonaise.

Patrice Chambon

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