Le baiser de la femme araignée : Hector Babenco (1985, Carlotta)

mars 1, 2011 at 8:28 Laisser un commentaire

LE BAISER DE LA FEMME ARAIGNEE
Kiss of the spider woman

Un film de Hector Babenco
Avec William Hurt, Raúl Juliá, Sonia Braga

Drame | Brésil, États-Unis | 1985

Distribution : Carlotta

Ni giallo, ni polar, mais brillante réflexion sur l’oppression sociale, Le baiser de la femme araignée étonne par l’intelligence des ses propos et l’originalité de leur mise en forme.

Adaptation du célèbre roman de l’écrivain argentin Manuel Puig paru en 1976, Le baiser de la femme araignée suit la relation complexe qui se noue entre deux hommes que tout oppose. Valentin (Raúl Juliá), un journaliste révolutionnaire incarcéré pour ses convictions politiques et Molina (William Hurt), un étalagiste homosexuel condamné pour détournement de mineur. Alors qu’en temps normal, chacun d’eux n’aurait éprouvé pour l’autre que désintérêt ou dégoût, l’exiguïté des lieux les amène à dialoguer. Mais le simple acte de parler est-il vraiment sans danger lorsque l’on vit sous le joug d’une dictature ?
Révélé en 1981 avec le film Pixote, la loi du plus faible, décrivant déjà sans ambages la brutalité de l’univers carcéral brésilien, le cinéaste d’origine argentine Hector Babenco décida, en 1984, de porter ce livre, tout en paroles et en rêves, à l’écran. Il en conserva l’idée d’un huis clos fantasmagorique où se mêlent le quotidien sordide d’une cellule et un imaginaire débridé, seule échappatoire possible pour l’esprit. Des souvenirs que Molina puise dans sa mémoire peuplée de vieux films et qu’il partage généreusement avec Valentin. Une histoire, comme une mise en abîme, revient en boucle et sert à la fois de fil rouge et de respiration. Un long métrage de propagande nazi, comme le nota assez rapidement son codétenu gauchiste, venu casser la narration et la sensation d’enfermement. Une amusante histoire d’espions, de résistants et de collabos, sur-jouée et éclairée comme une réalisation de Fassbinder. Qu’importe l’intrigue, aussi convenue soit-elle, cette œuvre partisane viendra faire oublier les coups et les souffrances infligées au corps par un régime totalitaire.

L’archétype de la femme soumise
Le baiser de la femme araignée s’ouvre sur des mots et non des images. Molina entame un long monologue avant que la caméra ne balaie le périmètre de la cellule et ne s’arrête sur un William Hurt très efféminé. Vêtu d’un déshabillé à fleurs, couleur pastel, l’acteur se délecte dans son rôle de femme soumise et fière de l’être. Un être imaginé par Manuel Puig pour dénoncer la soumission exercée par le machisme et dénoncer un monde dominé par le pouvoir de l’argent ou des armes. Jamais grotesque ni caricatural, Molina (que Burt Lancaster souhaitait interpréter) grandit, évolue et devient si touchant que William Hurt, sans doute dans un des ses plus beaux rôles, se vit couronné par un Oscar et un prix d’interprétation à Cannes. Face à lui, Valentin, impeccable Raúl Juliá (La famille Addams, 1992), militant politique prêt à mourir pour ses idées ne vacille pas. Jamais redondantes, leurs joutes verbales, souvent vives, distillent une dose d’humour pince sans rire, d’ironie ou d’onirisme impensables dans un tel lieu. Peu à peu, le film s’installe dans un dispositif risqué, tenant plus du théâtre que du cinéma. Une relation se noue, la confiance s’installe et croit, jusqu’à ce qu’un inattendu rebondissement arrive et étoffe le système narratif. Après un flash-back essentiel, une toile de trahison se tisse et enserre ses victimes consentantes. Car au final, c’est une fable sur la résistance qui se dessine.

Adroit, Le baiser de la femme araignée dresse un portrait inégalé et intemporel de la répression sexuelle, idéologique et physique sous le joug d’un régime totalitaire.

Nominé en1985 aux Oscars dans les catégories du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure adaptation et meilleur acteur, Le baiser de la femme araignée ouvrit à Hector Babenco les portes d’Hollywood, ce qui contribua à repositionner le cinéma brésilien sur le marché international.

Suppléments :
Manuel Puig : les secrets de la femme araignée (9mn)
Retour sur le parcours du romancier Manuel Puig, son exil d’Argentine et les ambitions de son œuvre.
La femme araignée tisse sa toile : un film inédit de Davaid Weisman (2008, 109mn)
Ce long documentaire rétrospectif réalisé par le producteur du film, David Weisman, revient sur les conditions de tournage de ce long métrage.
– Bande-annonce
– Galerie photos

Technique :
– Durée du film : 115 min
– Format film : 1.85 respecté – 16/9 compatible 4/3 – Couleur
– Langues : anglais
– Son : Version originale en 5.1 & Stéréo
– Image : La définition est d’une excellente qualité.
– 2 DVD9
– Prix : 19€99

Patrice Chambon

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