Tomboy : Céline Sciamma (2011)

avril 19, 2011 at 10:55 1 commentaire

Drame, France

Réalisation : Céline Sciamma
avec Zoé Héran, Malonn Lévana, Jeanne Disson

Date de sortie : 20 avril 2011

Distribution : Pyramide Distribution

Trois ans après Naissance des pieuvres, Prix Louis Delluc du premier film 2007, Céline Sciamma affine son écriture et prolonge ses questionnements autour du trouble identitaire avec un second long métrage audacieux et sublime : Tomboy.

Une formation de scénariste en poche, la carrière de Céline Sciamma débute dès sa sortie de la Fémis avec Naissance des pieuvres, qui n’était, à l’origine, que son scénario de fin d’étude qu’elle devait présenter devant un jury. Permis eux siégeait Xavier Beauvois, qui l’encourage à en faire son premier long-métrage sans même avoir réalisé jusque là le moindre court. Céline Sciamma y explore les affres de l’adolescence et l’ambiguïté des sentiments avec un point de vue et des partis pris de mise en scène enthousiasmant. Elle fait disparaître les adultes du champ et renvoie les garçons aux rôles de figurants pour ne se focaliser que sur trois adolescentes. Le film est salué par la profession : prix junior du meilleur scénario en 2006, sélection à Cannes en 2007 dans la catégorie « Un certain regard », prix de la jeunesse au Festival du film romantique de Cabourg et prix Louis-Delluc du premier long-métrage, ainsi que plusieurs nominations aux Césars 2008. Un beau début pour un jeune scénariste devenue une cinéaste à suivre.

Après ce 1er succès, elle se tourne vers l’écriture d’une série télé : Les Revenants puis d’un film Ivory Tower avec Chilly Gonzales, qui lui redonne l’envie de filmer. Démarre alors ce projet qui va se finaliser incroyablement vite, Tomboy, que l’on pourrait traduit de l’anglais par « garçon manqué ». L’histoire de laure, 10 ans (incroyable Zoé Héran) qui, arrivant dans un nouveau quartier, répond par un mensonge à une question très simple posée par une jeune fille Lisa : « comment tu t’appelles ? », « Michael » répond Laure. L’été débute, les vacance aussi, combien de temps cette usurpation d’identité va-t-elle pouvoir tenir ? Quelques en seront les conséquences ?

Moins d’un an sépare l’écriture de Tomboy de sa sortie en salle. Une urgence nécessaire à l’intrigue. Le film s’est tourné en 20 jours, avec une équipe de quatorze personnes et se compose de 50 séquences réparties sur seulement 2 décors (un appartement et une forêt à Vaires-sur-Marnes). Le tout réalisé à l’aide d’un appareil photo Canon 7D pour étant être au plus près des enfants. Refusant tout psychologisme, Céline Sciamma a pensé Tomboy comme un récit d’infiltration où un flic se ferrait passer pour un mafieux à la faveur d’une méprise. On vit donc ce qui lui arrive, on craint que son secret ne soit découvert un jour et on s’amuse de voir avec quel ingéniosité Laure/Michael apprend le masculin (cracher jouer au foot, marcher d’une certaine façon…) et parvient à désamorcer tous les pièges, dont cette baignade rendu possible grâce à un peu de couture et de pâte à modeler.

Mais au-delà de la question des genre et de l’éveil des sens (une histoire d’amour allant éclore), Tomboy apparaît comme une chronique d’une part d’enfance qui s’inscrit brillamment dans la longue ligné des films sur l’enfance et ses jeux, tradition héritée de films de Maurice Pialat, François Truffaut, Jean Eustache, Robert Bresson, Volker Schlöndorff ou Rob Reiner ! Des jeux cantonnés à un lieu unique, dépourvu d’adultes, la forêt, un espace filmé en plan plus larges où Laure est Michel. A l’inverse dans l’espace intime, l’immeuble les cadres se resserre (cadre de porte, fenêtre…) et Laure semble plus à l’étroit dans son rôle de jeune fille exemplaire.

Loin de tout sensationnalisme (la musique de Para One n’intervient qu’à une seul moment) et discours moralisateur, Tomboy raconte une prise de liberté : mentir. Mais plus le mensonge dure, plus il accroît les contraintes et réduit cette liberté avec la peur que le secret soit révélé. Alors que ce passe t-il si la supercherie est découverte ? Réponse en allant voir ce film porté par cette belle idée de fin ouverte superbement mise en scène et qui ne peut exister que si l’on accepte de dépasser les barrières de l’analyse psychologique.

Avec Tomboy, Céline Sciamma réalise un des plus beau long métrage français de ce début d’année. Ces images et l’ambiance éthérée qui se dégage de cette réalisation s’ancre en vous de manière durable et vous laisse le souvenir mélancolique d’une des ces après midi estivale d’enfance.

Patrice Chambon

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