La fille du puisatier : Daniel Auteil (2011).

mai 4, 2011 at 4:01 2 commentaires

Drame campagnard, France

Réalisation: Daniel Auteil
Avec Daniel Auteuil, Kad Merad, Sabine Azéma…

Date de sortie : 20 avril 2011

Distribution : Pathé

Vingt-cinq ans après le diptyque de Claude Berri, Jean de Florette et Manon des Sources, Daniel Auteuil a choisi, pour sa première réalisation, de redonner vie à un scénario désuet de Marcel Pagnol, La fille du puisatier. Entouré d’une farandole d’acteurs parisiens, tous prêts à en découdre avec l’accent marseillais, la finesse de l’écrivain devait bientôt laisser place à un sentimentalisme naïf sur fond de carte postale provençale.

Amoureux sincère de Marcel Pagnol plus que nostalgique d’une œuvre qui lui a ouvert les portes de la reconnaissance, en interprétant à deux reprises Ugolin au côté d’Yves Montant, Daniel Auteuil souhaitait s’immerger dans l’univers de l’écrivain pour son passage à la réalisation. Mais pourquoi ressusciter l’un de ses films les moins connus et les plus ancré dans la réalité historique et sociale de la France de 1940, puisque tourné en pleine débâcle, pour n’en retenir que ce drame d’un père courage et d’une jeune fille déshonorée par un jeune bourgeois ? L’énigme reste entière.

Ce père c’est Pascal (Daniel Auteuil), le puisatier qui élève seul ses six filles et travaille d’arrache pied avec son employé et ami Félipe (Kad Merad). Un jour, en allant porter le déjeuner à son père, Patricia (Astrid Bergès-Frisbey) rencontre Jacques Mazel (Nicolas Duvauchelle). Elle a dix-huit ans, il en a vingt-six, il est pilote de chasse et beau garçon. Un clair de lune et il lui donne un enfant. Mais avant qu’il ne l’apprenne, le jeune homme est envoyé au front puis porté disparu. Les Mazel (Sabine Azéma et Jean-Pierre Darroussin) crient au chantage.

Les flonflons des cigales, les frondaisons des oliviers et les nappes à carreaux assènent à ce drame campagnard un certain goût du terroir. Une rusticité amplifiée par l’acharnement des acteurs à trouver l’accent parfait, quitte à sacrifier leur qualité de jeux. Mention spéciale pour Kad Merad qui donne à Félipe l’épaisseur d’un de ses personnages de sketches. Quant à la jeune Astrid Bergès-Frisbey, elle incarne son rôle avec tant de préciosité qu’elle laisse transparaître ses sentiments pour l’aviateur dès les premiers plans, ce qui ne laisse aucun doute pour la suite des événements. Seul Nicolas Duvauchelle, régulièrement insupportable, parvient ici à sortir son épingle du jeu avec une interprétation plus en retrait. Mais la plus belle surprise de ce film d’acteurs provient de Daniel Auteil lui-même qui, dans sa deuxième partie, exclut tout le monde. Resté seul face à la caméra, il offre au spectateur de belles tirades qui rendent enfin honneur à Marcel Pagnol.

Côté mise en scène, en revanche, rien de notable. Daniel Auteuil se contente de cadrages serrés et de champ/contrechamp épuisants. Au final La fille du puisatier apparaît comme un travail de bon élève, un peu vain pour une première réalisation aseptisée. L’énigme du choix de l’œuvre portée à l’écran reste d’autant plus grande que son succès devrait déboucher sur une nouvelle adaptation de la trilogie de Pagnol.

Patrice Chambon

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2 commentaires Add your own

  • 1. lion rene  |  mai 15, 2011 à 2:22

    J HABITE AUBAGNE VILLE DE NAISSANCE DE MARCEL PAGNOL. LE PREMIER FILM DE DANIEL AUTEIL LA FILLE DU PUISATIER M A BLUFFE.MAGNIFIQUE ,SUBLIME,LES MOTS ME MANQUENT ET JE NE SUIS PAS LE SEUL DU SUD EST ,LOIN DE LA,D ETRE DE CET AVIS.LES ACCENTS SONNENT JUSTE ET LE CHOIX DES CADRAGES AVEC SENTIMENTS ET EMOTIONS EN GROS PLAN RACONTENT ENCORE MIEUX LA TRAME DE L HISTOIRE.ENCORE BRAVO A DANIEL AUTEIL ET GRAND MERCI.
    LOIN

    Réponse
  • 2. colombies  |  mai 6, 2012 à 3:11

    Ah, c’est vrai que pour plaire à une certaine intelligentsia du monde des arts, et particulièrement du théâtre ou du cinéma, il est souvent de bon ton, en matière de critique, comme dans la mise en scène néo-réaliste, de dépoussiérer les textes, les auteurs, les époques, bref de rompre avec l’intention initiale de l’auteur, souvent simple, si simple qu’on lui cherche a posteriori des objectifs plus ambitieux. C’est vrai, pourquoi « des flonflons de cigales, des frondaisons d’oliviers et des nappes à carreaux » pour dire la Provence ? C’eût été autrement plus audacieux, plus innovant, plus iconoclaste, de placer le décor en plein Paris, de nuit, de coller aux acteurs une gouaille des faubourgs, avec le métro en fond sonore ! Jacques Mazel ? Un demi-sel de quartier ! Patricia ? Une petite junkie en manque ! Le puisatier ? Un tenancier de station service de nuit ! Voilà du neuf ! Autre chose que l’éternelle chanson douce d’une Provence envahie de senteurs, autre chose que ces collines chères à Giono, du côté de Manosque, qui ont chichement nourri tant d’hommes et de femmes, et leur ont donné une incomparable humanité. Moi, les cigales, elles ne me gênent pas ! Moi, l’accent de Marseille, il chante à mes oreilles ! Moi, les massifs calcaires, ils m’enivrent d’odeurs et leurs rudes reliefs me renvoient à la condition d’homme, fragile, originelle. Et je ne suis pas Marseillais ! Mais ça ne s’entend pas sur le Web…

    Réponse

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