B.A.T. [Bon à tirer] : Peter et Bobby Farrelly (2011)

mai 5, 2011 at 11:04 Laisser un commentaire

Titre original : Hall Pass
Comédie, Amérique

Réalisation: Bobby Farrelly, Peter Farrelly
Avec Owen Wilson, Jason Sudeikis, Jenna Fischer…

Date de sortie : 27 avril 2011

Distribution : Warner Bros. France

Flanqués d’une idée et d’un titre français laissant présager du pire, les chantres du mauvais goût hollywoodien ont visiblement préférés réduire la voilure, quitte à nous laisser sur notre fin.

Orfèvres des comédies trash, douillettement installés au coeur du système hollywoodien, Peter et Bobby Farrelly enchaînent les blagues scatologiques et régressives depuis des années. Une carrière qui culmina avec Mary à tout prix, bien que leurs meilleurs films soient un peu moins connus mais plus mature : L’Amour extra-large, Les Femmes de ses rêves, et surtout Deux en un, sur deux frères siamois. Avec B.A.T. [Bon à tirer], Peter et Bobby Farrelly quittent l’univers post-adolescent en partant d’un postulat original et bien observé : la routine et l’usure d’un couple marié. Certes, rien de nouveau en prévision, mais traité de leur point, celui de gamins attardés prenant de l’âge et avec leurs armes habituelles, le sujet pouvait se révéler destructeur, voire jouissif.

Car dans leur monde, les hommes pensent plus allégrement avec leur entrejambe qu’avec leur cervelle. Incapable de ne pas mater le postérieur alléchant des jolies filles en fleurs, Rick et Fred (Owen Wilson et Jason Sudeikis) deviennent insupportable. Ils laissent transparaître tant de frustration sexuelle que Maggie et Grace (Jenna Fischer et Christina Applegate), leurs épouses, exaspérées par leurs frasques, décident de leur laisser le champ libre sous la forme d’un B.A.T., une autorisation hypocrite d’assouvir librement toute envie de drague pendant une semaine.

Mais alors que l’on attend un humour gras plus que grivois déboulant sur l’écran au top donné par ces fidèles épouses aisées, le rire naît de l’écart qui se creuse entre le désir fantasmé de cette semaine de liberté totale par Rick et Fred et la réalité qu’ils vont vivre. Mariés depuis 15 ans, les voilà lâcher en ville, prêt à se jeter sur tout ce qui bouge. Seulement voilà, la mémoire a cette fâcheuse tendance à corriger, en mieux, d’handicapants défauts comme cette incapacité totale à être la machine à sexe révée. Superbes spécimens de loosers un peu fleur bleue, incapables de draguer, d’aborder une fille ou de tenir l’alcool, cette semaine ne sera pas la sinécure espérée, surtout lorsqu’on entreprend toutes ces activités illicites d’un même mouvement. Sans pitié avec leurs personnages Peter et Bobby Farrelly entament un jeu de massacre avec râteaux, fuites, scato et chose sidérante, deux verges montrées en très gros plans.

Pourtant B.A.T. [Bon à tirer] apporte à son traitement de la crise de la quarantaine un regard neuf en y amenant une certaine mélancolie. Rick et Fred se sentent jeunes. Même s’ils des ont boulots enviables, ils ne sont pas intégrés dans le monde bourgeois où évoluent leurs épouses. Il suffit de regarder cette scène désopilante où les meilleurs amis de leurs femmes les invitent à visiter leur luxueuse demeure. Nos deux comparses dénotent. Ils n’ont ni l’allure, ni les manières. Ils le savent et ils s’en foutent, ce qui va générer en eux une résurgence punk viscérale sous forme de logorrhée frondeuse. Mais parallèlement ils ne peuvent pas non plus se fondre avec des étudiants. Le côté cool T-shirt Harward et pantalon à pinces n’existe plus depuis Reagan et ils ne sont pas cool. Le dispositif comique de Peter et Bobby Farrelly consiste donc à les poser dans des univers où ils font tâches. Ils sont ringards partout, lourds et inadaptés. Voilà qui pose la question de l’âge. Quand arrête t-on d’être jeune ? Quand devient-on adulte ? Faut-il faire des concessions ? Faut-il rentrer dans le rang, un jour ? Le B.A.T. n’en est-il pas une première étape ?

Car cette inaptitude à profiter du « bon à tirer » finit par un curieux revers. Par souci de puritanisme (dont ils se moquaient en ouverture), Peter et Bobby Farrelly s’empressent de ramener illico leurs personnages dans le droit chemin, même si …

Patrice Chambon

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