La ballade de l’impossible : Tran Anh Hung (2011)

mai 10, 2011 at 6:11 Laisser un commentaire

Romance, Japon

Réalisation : Tran Anh Hung
avec Kenichi Matsuyama, Rinko Kikuchi, Kiko Mizuhara

Date de sortie : 04 mai 2011

Distribution : Pretty Pictures

Adaptation virtuose et contemplative du roman éponyme de l’écrivain japonais Haruki Murakami par l’auteur de l’indémodable Odeur de la papaye verte, La ballade de l’impossible enchante par sa capacité à dépeindre avec volupté, la mélancolie de l’existence.

Onze après A la verticale de l’été (2000), dernier volet de la trilogie sur le Vietnam de Tran Anh Hung, le cinéaste franco-vietnamien retrouve les écrans français avec un cinquième long métrage japonais des plus soigné. Cette longue période de silence fut toutefois entrecoupée par la réalisation, en 2009, d’un thriller psychologique, Je viens avec la pluie, dont la sortie devait se limiter à l’Asie faute de distributeur pour L’Europe. Aucune sortie DVD zone 2 n’est d’ailleurs annoncée, ni disponible à ce jour. Mais l’expérience lui a permis de prendre un tournant décisif dans sa carrière en quittant un genre et un pays dans lequel il s’enfermait. C’est en effet au japon qu’il fit la connaissance de Monsieur Shinju Ogawa, producteur d’Asmik Ace, premier homme à prendre aux mots le cinéaste lorsque celui-ci mentionnait que l’impact du livre d’Haruki Murakami sur sa vie fut tel qu’il n’aspirait qu’à le porter à l’écran. Il suffit alors d’une rencontre avec l’auteur de ce best-seller, vendu a plus de dix millions d’exemplaires au Japon et trois millions à l’international, pour que le projet se concrétise.

Seul différence par rapport au livre, l’histoire ne débute pas sur un flash back provoqué par l’écoute de la chanson Norwegian Wood des Beatles, extraite de l’album Rubber Soul (1965), mais s’ouvre directement sur le Japon de la fin des années 60. Kizuki, le meilleur ami de Watanabe (Kenichi Matsuyana aperçu dans Death note), s’est suicidé. Watanabe quitte alors Kobe et s’installe à Tokyo pour commencer ses études universitaires. Alors qu’un peu partout, les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est, elle aussi, bouleversée quand il retrouve Naoko (Rinko Kikuchi découverte dans Babel puis Carte des sons de Tokyo), ancienne petite amie de Kizuki. Fragile et repliée sur elle-même, Naoko n’a pas encore surmonté la mort de Kizuki. Watanabe et Naoko passent leurs dimanches ensemble et le soir de l’anniversaire des 20 ans de la jeune fille, ils font l’amour. Mais le lendemain, elle disparaît sans laisser de traces. Lorsqu’enfin le garçon reçoit une lettre de Naoko, il vient à peine de rencontrer Midori, belle, drôle et vive qui ne demande qu’à lui offrir son amour.

Découvert en 1994, lors de sa traduction française, La ballade de l’impossible laissa Tran Anh Hung empreint d’une mélancolie poignante, celle du moment où soudain, on prend conscience, trop tard, qu’on n’a pas suffisamment vécu, aimé ou souffert par amour. Profondément touché par le caractère typiquement japonais de l’histoire, le cinéaste ne pouvait l’imaginer hors du Japon bien qu’Haruki Murakami ne s’opposa pas à l’idée de transposer le récit dans le contexte, plus occidental, d’un cinéaste ne parlant pas japonais. Cinéaste rare et méticuleux, souvenez-vous de L’ Odeur de la papaye verte intégralement tourné en studio, Tran Anh Hung façonne un cinéma très précieux, presque littéraire composé de nombreux travelling latéraux, très lents, conférant une certaine apesanteur à la caméra. Parfaitement à l’aise dans cet univers romanesque, il peaufine son style en s’appuyant sur le savoir faire du chef opérateur attitré de Hsiao-hsien Hou (Les Fleurs de Shanghai, Millennium Mambo…) déjà à l’œuvre sur A la verticale de l’été, Mark Lee Ping-Bing. Car qui mieux que lui pouvait rendre palpable l’incertitude de l’amour, la souffrance et la fragilité de l’existence par sa façon si subtile de bouger ses cadres en leur donnant cette sensation d’instabilité et de flottaison. Pratiquement toujours en mouvement, la caméra tourbillonne littéralement décrivant de longs cercles, jusqu’à formé un 360° enivrant, en suivant Watanabe montant en courrant, après avoir reçu une lettre de sa bien aimée, jusqu’en en haut d’un escalier qui débouche sur la cime des arbres dans le plan suivant.

Magique et euphorisant malgré son contenu dramatique, La ballade de l’impossible se savoure comme un mélange improbable entre un roman d’apprentissage façon J. D. Salinger (L’attrape-cœurs) et une relecture de Love story. Chaque sentiment, chaque changement émotionnel trouve en plus un écho dans les musiques de Jonny Greenwood (There Will Be Blood ) ou les plans de nature grandioses, sublimés par un travail somptueux sur les lumières, les couleurs et le hors champs (grillons, pluies, oiseaux, vent…).

Érotique et tragique, La ballade de l’impossible est une promenade inouïe et passionnée à travers les sens. Un monde dénué de la présence d’adultes où l’adolescence prime sur tout.

Patrice Chambon

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