Omar m’a tuer (2010). Rencontre avec Roschdy Zem

juin 21, 2011 at 4:47 Laisser un commentaire

Drame judiciaire, France

Réalisation: Roschdy Zem
Avec Sami Bouajila, Denis Podalydès, Maurice Bénichou

Date de sortie : 22 Juin 2011

Distribution : Mars Distribution

Synopsis : Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa de Mougins. Des lettres de sang accusent : « Omar m’a tuer ». Quelques jours plus tard, Omar Raddad, son jardinier, est écroué à la prison de Grasse. Il parle peu, comprend mal le français. Dès lors, il est le coupable évident. Il n’en sortira que 7 ans plus tard, gracié, mais toujours coupable aux yeux de la justice. En 1994, révolté par le verdict, Pierre-Emmanuel Vaugrenard, écrivain convaincu de son innocence s’installe à Nice pour mener sa propre enquête.

Pour sa seconde réalisation, Roschdy Zem a choisi de rejouer, le plus objectivement possible, le procès d’Omar Raddad (magistralement interprété par Sami Bouajila), pour mieux stigmatiser une justice si expéditive qu’elle su se satisfaire d’un coupable trop évident. Rencontre avec un cinéaste qui, à l’image de Rachid Bouchareb, a préféré la modération pour accroître la portée de son plaidoyer.

Vous étiez-vous intéressé à cette histoire au moment des faits ?
Roschdy Zem : Pas de façon aussi précise que pour préparer ce scénario, mais je suivais son évolution car il y a avait là quelque chose d’inédit et de tragiquement extraordinaire. Longtemps je me suis demandé comment on pouvait infliger 18 ans de prison à un homme avec un dossier aussi fragile, alors que tout laisser prédire un acquittement.

Est-ce l’injustice que se dégage de l’affaire ou la personnalité d’Omar Raddad qui a motivé ce film ?
C’est l’aspect humain. Je trouvais la personnalité du prévenu fascinante. On a souvent dénoncé son attitude et je me suis demandé pourquoi, comme si il y avait un comportement idéal à avoir lorsqu’on est accusé d’un meurtre. Puis j’en suis venu à me captiver pour l’affaire et le scénario a pris une autre dimension puisque j’ai décidé de donner une part importante aux faits et à l’enquête. D’où le personnage interprété par Denis Podalydès, directement inspiré de Jean Marie-Rouart, l’auteur du livre Omar, la construction d’un coupable, qui mène cette contre-enquête.

On voit apparaître en filigrane une justice assez raciste même si vous avez choisi de ne pas insister sur ce point. Pourquoi ?
Parce que Omar Raddad ne s’en est jamais plaint. Il m’a toujours mis en garde contre ça, lors de nos rencontres. Il m’a dit d’abord qu’il été heureux en France et qu’ensuite il n’a pas été confronté au racisme, si ce n’est à la cours d’assise, mais ça c’est trois ans après les faits. Il a insisté sur le fait que les gendarmes ont toujours été corrects avec lui et qu’il n’a jamais été victime de discrimination, c’est pour ça que je n’en fais pas état. Je m’en suis tenu uniquement aux faits avérés. Je ne voulais pas apporter de l’empathie à ce personnage. Je crois que s’il a été considéré comme le coupable du crime de Ghislaine Marchal ce n’est pas parce qu’il est arabe mais parce que son nom était inscrit, donc il était légitime qu’il soit le suspect numéro un. En revanche, le problème c’est que personne n’a voulu voir qu’en dehors de l’inscription rien ne l’accusait.

Avez-vous pensé, un temps, construire une film à charge ?
Ce n’était pas nécessaire et je n’y ai jamais songé car j’ai entendu tellement de témoignages se révélant autant de théories fumeuses que je me suis juré de n’en pas en rajouter. Pourquoi être revendicatif quand les faits avérés le disculpent ? Je ne me sens pas l’âme d’un justicier, mais le film pose des questions : pourquoi tout n’a pas été fait pour prouver sa culpabilité et s’il s’avérait innocent, pourquoi ne pas avoir cherché d’autres pistes. Je ne voulais pas pointer du doigt la justice française, mais ceux qui la représentent sans lui faire honneur. Car, lorsque vous êtes confronté à eux, la loi n’est pas appliquée et le pouvoir d’un homme peut changer votre existence. Je ne dénonce pas un erreur judiciaire, mais une volonté délibérée d’obstruer l’instruction avec des décisions totalement incohérentes. D’où le combat d’Omar Raddad pour être totalement disculpé. Or, seule la médiatisation de cette affaire peut faire accélérer les choses et ce film peut, peut-être, y contribuer.

Propos recueillis par Patrice Chambon

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