Toutes nos envies (2011). Rencontre avec Philippe Lioret.

novembre 12, 2011 at 3:17 Laisser un commentaire

Drame, France

Réalisation: Philippe Lioret
Avec Vincent Lindon, Marie Gillain, Amandine Dewasmes

Date de sortie : 9 novembre 2011

Distribution : Mars Distribution

Synopsis : Claire, Jeune juge au tribunal de Lyon, rencontre Stéphane, juge chevronné et désenchanté, qu’elle entraîne dans son combat contre le surendettement. Quelque chose naît entre eux, où se mêlent la révolte et les sentiments, et surtout l’urgence de les vivre.

Après les sans-papiers de Welcome, Philippe Lioret s’intéresse au surendettement et à la maladie avec Toutes nos envies, libre inspiration du livre d’Emmanuel Carrère : D’autres vies que la mienne. Rencontre avec un réalisateur anti-démagogique.

Comment est né Toutes nos envies ?
Philippe Lioret : En lisant le livre d’Emmanuel Carrère. J’ai été impressionné et bouleversé. Il m’a fait toucher du doigt quelque chose qui relève de l’intime. L’idée de l’adapter est donc partie de là, tout en sachant pertinemment qu’aucune adaptation fidèle n’était envisageable. D’abord parce que la réussite du livre tenait plus aux commentaires et aphorismes de l’auteur qu’à l’histoire elle-même et ensuite parce que c’était une autobiographie. Dans un premier temps j’ai pensé laisser tomber ce projet, puis je me suis dit que c’était dommage parce qu’il avait un thème fort. J’ai donc changé les personnages, j’en ai inventé d’autres et j’ai repensé les événements. La question qui a nourri ma réflexion était : « Qu’est-ce qu’on prêt à faire et jusqu’où est-on prêt à aller quand survient l’inattendu d’une situation extrême ? Car Je crois que devant un contexte particulier, les gens changent de priorité, tissent des liens que personne ne pouvait soupçonner et, souvent, se surpassent.

La bataille juridique contre les organismes de crédit qui constitue la trame de Toutes nos envies, a-t-elle vraiment eu lieu ou relève t-elle de la fiction?
Elle a vraiment eu lieu. Il s’agit du travail opiniâtre de deux juges, deux petits juges, qui se sont attaqués aux établissements de crédit à la consommation. Ceux qui diffusent des publicités pour dire aux pauvres gens que toutes leurs envies et tous leurs désirs sont possibles à moindre coût. « Cédez à toutes vos envies » comme ils disent. Bien sûr, c’est un mensonge éhonté, c’est la porte ouverte aux tentations. Des millions de personnes crédules, aux revenus modestes, se retrouvent ainsi surendettés. C’est un engrenage terrible. Le livre d’Emmanuel Carrère traite de ce sujet sensible. Mais je n’ai pas choisi de l’adapter à la lettre. Bien au contraire, je l’ai complètement repris avec Emmanuel Courcol pour composer une histoire dans laquelle on pourrait être à la fois touché par cette grande cause et par une rencontre. D’ailleurs quand Emmanuel Carrère a vu le film, il a crié à la trahison. Mais il m’a dit que c’était une belle trahison !

Qu’est ce qui a motivé vos choix d’écriture?
Je ne cherchais pas à écrire une histoire qui donnerait un film à succès. Je m’en fou en général. Ce que je voulais, c’était raconter quelque chose de fort et d’engagé. Il fallait que mon film dise des choses importantes, mais sans forcément les montrer frontalement ou sans les appuyer de manière caricaturales. Je n’aime surtout pas les films à thèse. Je préfère y faire rentrer de l’humanité. Là, je ne voulais pas d’un documentaire. C’est pour cela que le film est très romanesque. C’est avant tout une histoire d’amitié entre un homme et une femme, avec toute l’ambiguïté que cela peut comporter. Mais leur rencontre se fait autour du surendettement.

Comment définiriez-vous la relation de Claire (Marie Gillain) et Stéphane (Vincent Lindon) ?
Pour Claire et Stéphane, cette relation naît spontanément en parallèle de leurs vies et ne met a priori pas en danger leurs couples respectifs. Évidemment, Claire aime Christophe (Yannick Rénier). C’est vraiment l’amour de sa vie. Mais la rencontre avec Stéphane c’est autre chose. Ils découvrent deux façons différentes d’aimer, chacune unique et tellement salutaire. Leur relation à eux est faite de complicité professionnelle, d’une forme d’amour où l’image du père n’est pas loin, et de désir aussi. Bien qu’il n’y ait pas d’ambiguïté dans leur relation, il y en a pourtant une dans le regard des autres. Et il y en aura probablement aussi dans celui du spectateur qui vivra cette rencontre par rapport à sa propre vie et à ses questions.

Pourquoi avoir choisi Vincent Lindon ?
C’est quelqu’un qui a les pieds sur terre, comme vous pourrez le vérifier pour chacun de ses rôles. Il choisit ces rôles pour ça. Le tournage de Welcome, avec lui, a d’ailleurs été un moment de choix, comme je n’en ai jamais vécu avec un acteur. C’est quelqu’un de très impliqué, de très à l’écoute. Il est très instinctif et amical. Tous les deux, on peut dire qu’on est nés sur un plateau de cinéma et qu’on aime s’investir sans compter. Je crois que grâce à cette complicité entre nous, j’ai pu aller beaucoup plus loin que d’habitude.

Et Marie Gillain ?
Je ne cherchais pas une actrice, je cherchais Claire. Je n’avais pas envisagé Marie Gillain avant qu’elle ne vienne tourner des essais pour le casting. Et là, en lui donnant la réplique, j’ai senti que derrière son engagement, affleuraient la fragilité et la grâce que je cherchais. Claire c’était elle.

Christophe (Yannick Régnier) le mari de Claire apparaît comme un personnage sacrifié. Sa femme choisit pour lui ce qui est bien ou mal. Pourquoi ce choix ?
Elle ne choisit pas, elle fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. Elle se bagarre avec l’instant. Mais il n’y a pas de cette analyse là. Elle est dans une forme de transmission. Elle trouve quelque de chose de proche et de maternelle chez Marthe, qu’elle héberge, et ça lui suffit. Elle sait qu’elle peut compter sur elle, pour s’occuper de ses enfants, voir un peu plus. C’est tout. Ça ne s’analyse pas. La fonction de Christophe consiste simplement à laissez autant de place que possible à sa femme. C’est une construction scénaristique. Mais je comprends ce que vous voulez dire. Le souci, c’est que le récit se focalise sur deux personnage : Claire et Stéphane. Quand Christophe passe dans le champ, il apparaît dans l’histoire, mais je ne peux pas le suivre. Ce serait le travail d’un autre film. Donc effectivement certains personnages sont volontairement traités plus que d’autres.

L’écriture, c’est un plaisir ?
C’est plutôt la partie la moins reconnue et la plus difficile des métiers du cinéma. Quand j’écris, c’est des moments de souffrance. Ça peut être des moments de joie absolue quand on a trouvé un truc orignal mais généralement écrire c’est très difficile. Il y a de la concurrence en plus. On en a lu des bons livres ou des bons scénarios. Et c’est vrai que refermer À la recherche temps perdu pour se lancer dans la rédaction d’un roman, demande un sacré courage. Cela dit, quand je sors de la salle après avoir vu un bon film, ça aurait plutôt tendance à me stimuler. Alors que quand j’en vois un mauvais, je suis déprimé. Je me dis qu’on n’a pas le droit d’infliger ça aux gens. Mais le pire, c’est que je redoute de faire quelque d’encore plus mauvais. Enfin, je pense qu’avec Toutes nos envies, je ne m’en suis pas trop mal sorti.

Propos recueillis par Patrice Chambon

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Bonsái : Christián Jiménez (2011) Extrême Cinéma, 13e édition

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