Le Havre : Aki Kaurismäki (2011)

décembre 20, 2011 at 8:39 Laisser un commentaire

Drame, Finlande, Allemagne, France

Réalisation : Aki Kaurismäki
avec André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre Darroussin, Pierre Etaix

Date de sortie : 21 décembre 2011

Distribution : Pyramide Distribution

Après Les Lumières du faubourg, Aki Kaurismäki délaisse, avec Le Havre, tout pessimisme pour un humanisme vertueux. Véritable conte philosophique moderne, c’est par l’absurde qu’il y dénonce le sordide.

Ponctuée de clins d’œil à Marcel Carné, Jacques Becker ou René Clair, Le Havre se présente comme une chronique sociale contemporaine décalée sur l’immigration, une oeuvre optimiste sur fond de traque des sans-papiers. Celle menée par le commissaire Monet (Jean-Pierre Darroussin) contre un jeune africain recueilli par Marcel Marx (André Wilms), ex-écrivain devenu cireur de chaussures. Cet homme sans histoire, menant une vie agréable et rangée entre l’amour de sa femme Arletty (Kati Outinen, actrice fétiche de Kaurismäki), son travail et le bistrot du coin, voit son quotidien bousculé par l’arrivée de ce clandestin. Cette rencontre fortuite provoque son réveil social. Présenté ainsi, Le Havre pourrait être rapproché de Welcome de Philippe Lioret pour qui ne connaîtrait pas le cinéma d’Aki Kaurismäki, absent des écrans pendant cinq ans et qui tourne là son premier film en français. Si la prise de conscience reste la même : le sort indigne réservé aux réfugiés sur le territoire européen, le traitement diffère. Pour le cinéaste finlandais, le burlesque apparaît comme la réponse la plus appropriée. A commencer par le traitement du Havre. Si le cœur de l’action se situe bien au sein de cette citée, c’est une ville déréalisée, perçue à travers le prisme déformant du réalisateur qui jaillit à l’écran. C’est un port, celui de Quai des brumes, des boutiques à l’ancienne et des maisons humbles où s’entrechoquent les années 1950 et 2000.

Poésie graphique. Le Havre parle d’immigration, de racisme, de solidarité et de résistance sans fioriture ni didactisme. Même s’il fait référence à une actualité brûlante, le cinéaste s’empare du sujet avec minimalisme et distance, un peu comme Fassbinder, l’humour en plus. Rien d’étonnant alors à ce que Pierre Étaix, dernier héritier du burlesque à la française, figure au générique. Aki Kaurismäki aime le cinéma, Chaplin (le film est un hommage au Kid), Ozu, Melville ou Jacques Tati. Loin d’une apparente désinvolture, le réalisateur apporte un soin méticuleux aux cadres (longs plans fixes), à la lumière, aux couleurs et aux dialogues aussi brefs que subtiles. Quelle meilleure arme que l’humour pour dénoncer les préjugés ou l’indifférence et amener une prise de conscience ? Au pessimisme ambiant, Aki Kaurismäki oppose le comique et la solidarité de classe. Le Havre se déguste alors comme une fable grinçante sur le rapport à l’autre. Loin de tout manichéisme, une confiance en l’homme s’affirme. C’est lui qui, au final, peut triompher, s’il s’en donne la peine, face à la mécanique aveugle de l’appareil d’Etat. Et dans ce havre de paix, c’est Little Bob, l’Elvis du Nord, qui rythme la contestation. Mélodrame révolutionnaire, Le Havre touche à l’universel et bouleverse par son regard délicat.

Patrice Chambon

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