Les chants de Mandrin : Rabah Ameur-Zaïmeche (2012)

janvier 24, 2012 at 8:25 Laisser un commentaire

Drame historique, France – Prix Jean Vigo 2011

Réalisation : Rabah Ameur-Zaïmeche
avec Jacques Nolot, Christian Milia-Darmezin, Kenji Levan

Date de sortie : 25 janvier 2012

Distribution : MK2 Diffusion

Avec Les chants de Mandrin, Rabah Ameur-Zaïmeche refuse tout élan épique pour composer une ode aux esprits libres et un hymne puisant à ceux qui se lèvent contre leurs oppresseurs.

A ceux qui alléchés par le titre espéreraient découvrir batailles sanglantes et poursuites à cheval, passez votre chemin. Car si Les chants de Mandrin marquent bien une rupture formelle avec les œuvres précédentes de Rabah Ameur-Zaïmeche, les mêmes questionnements identitaires et frondeurs nourrissent ce film en costumes. Voilà dix ans que ce cinéaste s’est fait connaître avec Wesh Wesh, qu’est ce qui se passe?, formidable regard sur la banlieue. Puis deux longs métrages ont suivi, Bled Number One et Le dernier maquis, pour composer une remarquable trilogie sociale produite sans la moindre compromission artistique. Rabah n’a rien perdu de sa verve et s’il décide de filmer l’hier de la France, c’est pour mieux parler d’aujourd’hui, quitte à grimer les manœuvres en contrebandiers.
Nous sommes à la veille de la Révolution française. Louis Mandrin, célèbre hors la loi devenu héros populaire, vient d’être exécuté à Valence après avoir défié les fermiers généraux en vendant des produits de contrebande à des prix inférieurs aux leurs. Malgré sa mort, ses compagnons avec à leur tête Bélissard (Rabah Ameur-Zaïmeche et sa troupe d’acteurs d’origine maghrébine), décident de poursuivre leur commerce anti-autoritaire aux abords des villages. Ils organisent des marchés sauvages et vendent tabac, étoffes et livres prohibés dont Les Chants de Mandrin un recueil de poésies contenant les prémices de la République. Fasciné, un marquis pré-révolutionnaire (Jacques Nolot) et un imprimeur (le philosophe Jean-Luc Nancy) décident de les rejoindre dans leur combat.

Vive la contrebande. Tourné à la fin de l’automne entre le causse aveyronnais et l’Hérault, le film bénéficie de superbes paysages magistralement cadrés et éclairés, dans lesquels se fondent « les mandrins ». Véritable western néoréaliste, il joue sur les grands espaces et l’attente. Dans une démarche très radicale, Rabah Ameur-Zaimeche impose un rythme très lent à sa narration puis l’accélère brusquement en jouant des ellipses ou d’une montée de tension fictive. Ce chaud/froid produit une sensation de liberté inédite amplifiée par le fait que Rabah dirige ses acteurs comme Bélissard sa troupe : au jugé. L’improvisation domine et apparaît à l’écran. Ainsi le rire nerveux de Jacques Nolot face au sganarélien colporteur, les regards fuyant, l’incertitude de certaines situations ont survécu au montage et ce malgré une mise en scène très épurée. Des anachronismes s’émissent dans le récit comme ces vers de Rimbaud et Lautréamont. De cette sensation d’équilibre instable naît une formidable sensation : celle de voir le film respirer et s’écrire à l’écran devant nos yeux, quitte à perdre le spectateur. Reste ce final intense, celui de la Complainte dissonante de Mandrin porté à bout de bras par Jacques Nolot et ponctuée par l’entrée de Rabah dans la champs de la caméra scandant : «Je regardais la France » comme il dirait : «Mandrin, c’est moi !»

Patrice Chambon

Publicités

Entry filed under: Cinéma français, Critique. Tags: , , , .

Quelques bons disques à (re)découvrir L’oiseau : Yves Caumon (2012)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Archives


%d blogueurs aiment cette page :