L’oiseau : Yves Caumon (2012)

janvier 24, 2012 at 8:44 Laisser un commentaire

Drame, France

Réalisation : Yves Caumon
avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini

Date de sortie : 25 janvier 2012

Distribution : Les Films du Losange

Après l’humour burlesque et fantaisiste de Cache Cache, le midi-pyrénéen Yves Caumon dessine, avec L’oiseau, le portrait intimiste et délicat d’une femme blessée qui s’éveille à la vie.

Porté par l’interprétation magistrale de Sandrine Kiberlain, ce troisième long métrage poétique étonne autant qu’il détonne dans un paysage cinématographique français trop prévisible. Sa force : suivre, une heure et demie durant, un personnage qui refuse toute dramaturgie.
Anne n’a pas d’amis, pas d’enfants, pas d’amants. Anne vit à Bordeaux, une ville que le réalisateur connaît bien, puisqu’il y a étudié la philosophie avant d’intégrer la Femis, et qui donne à cette histoire une atmosphère si particulière. Anne vit seule, déjeune seule, à l’écart de ses collègues, communique peu et refuse sans rougir les avances d’un jeune et séduisant cuisinier qui travaille à ses côtés. Anne a perdu le goût de vivre. Elle est devenue transparente. C’est une ombre qui traverse l’existence. Pourtant un jour son quotidien rationalisé se trouve bouleversé par un bruit inexplicable en provenance des cloisons de son appartement : un oiseau. Sitôt découvert l’animal s’invite chez elle et comble un vide intérieur.
Tourné essentiellement à Bordeaux et soutenu par la Région Midi Pyrénnées, L’oiseau prolonge la forme du conte déjà à l’œuvre dans Cache Cache. Plus contemplatif, il joue sur les longueurs, la langueur et la froideur de son héroïne. Bernard Blancan a laissé place à une Sandrine Kiberlain omniprésente, loin des rôles qu’elle interprète habituellement. Véritable co-équipière d’Yves Caumon, c’est elle qui a su donner un corps et un rythme à ce personnage mutique si touchant.

A tire d’ailes. L’oiseau s’ouvre sur la monotonie quotidienne de cette trentenaire. Les plans, souvent longs, se succèdent au gré de sa routine et de ses errances. Pas de dialogues, juste des sons captés et amplifiés comme le ronronnement des frigos ou le vrombissement d’un mixeur. La sécheresse du propos surprend d’autant que les mouvements de caméra, souvent circulaires, distillent une certaine douceur, un certain bien être. Anne n’est pas triste, ni mélancolique. Anne ne ressent rien. Une seule fois elle laisse échapper quelques larmes, pendant la projection de La vie d’O-Haru, femme galante de Kenji Mizoguchi. A l’écran, une mère voit passer son fils devenu empereur avec l’interdiction de manifester la moindre émotion. Dans cet unique moment d’oublie, Anne exprime la souffrance qui tiraille cette mère. Première craquelure d’une carapace bien épaisse, dans laquelle vient gratter un anodin volatile, réveillant des choses enfouies, une histoire plus lourde, plus douloureuse et jamais cicatrisée. Catalyseur du passé et du présent la tourterelle l’oblige à une confrontation. Chacune s’apprivoise et un besoin de liberté croissant s’exprime. La nature envahit alors l’écran et de l’eau naît une nouvelle thématique si chère au cinéma de Naomie Kawase. Délicat, L’oiseau nécessite de se laisser porter pour mieux se voir emporter.

Patrice Chambon

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