Au bout du conte : Agnès Jaoui (2013)

mars 10, 2013 at 4:21 Laisser un commentaire

Au bout du conteComédie, France

Réalisation : Agnès Jaoui
avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Agathe Bonitzer

Date de sortie : 06 mars 2013

Distribution : Memento Films Distribution

Après un long silence, Agnès Jaoui reprend sa place derrière la caméra. « Pourquoi ? » : c’est l’unique question qui vient à l’esprit après la vision d’Au bout du conte. Car soyons honnête, la réalisatrice a bien peu de choses à raconter, du moins en apparence.

Collage et entrelacements (parfois maladroit) de contes, cette réalisation s’ouvre comme il se doit par un « Il était une fois… » et s’achève sur un détournement ridicule du « Ils vécurent heureux… ». Car Au bout du conte parle d’amour et de foi. S’y croisent une jeune fille qui croie au grand amour, une femme qui rêve d’être comédienne, un garçon qui doute de ces talents de musicien, une petite fille bigote et un homme tourmenté par la prévision d’une voyante.
Au bout du conte se présente comme une suite de scénettes ponctuées par de désagréables images fixes qui deviennent floues, façon tableau impressionnistes. Certaines séquences se répondent, d’autres n’aboutissent pas et l’intrigue devient peu à peu incompréhensible. La citation des contes (véritable exercice de style), replacés dans l’époque actuelle, contribue plus à opacifier les propos de la réalisatrice qu’à les éclairer : Le petit chaperon rouge, La belle au bois dormant, Hensel et Gretel…

Au bout du conte1

Alors certes, on retrouve avec plaisir, et c’est d’ailleurs là le point fort du film, le duo Bacri/Jaoui (deux formidables acteurs). C’est lui qui insuffle à l’histoire cette dose d’auto dérision et de surréalisme bienvenu, notamment par le biais de leurs dialogues savoureux aussi bien écrits qu’interprétés. En ce sens, leur jeu tranche nettement avec celui du reste de la troupe qui a tendance à se laisser porter. Mention spéciale à Benjamin Biolay aussi insupportable sur disque qu’à l’écran.

Mais c’est également du duo Bacri/Jaoui que se dégage l’impression la plus troublante et la plus notable d’Au bout du conte. C’est d’eux que naît la peur de la solitude. Ce sont leurs corps qui expriment le temps qui passe et la fin des vanités. C’est là d’ailleurs que le film détonne : quand il parle et montre la marque des années, avec cette représentation du vieillissement assumé. Jamais ils n’ont été plus incisifs que lorsqu’ils se filment face caméra, plein cadre, sans maquillage et sans artifice. L’image est saisissante : on retrouve leur personnalité, mais leur corps est marqué par le temps, sans qu’ils en soient affectés. C’est d’autant plus intriguant qu’Au bout du conte semble, visuellement, volontairement daté. La présence d’une 205 Peugeot n’est pas là par hasard. Dans ses instants de mélancolie le cinéma d’Agnès Jaoui se permet même alors des airs d’Eric Rohmer.

Quel dommage qu’elle n’ait pas garder ce cap de l’irrévérence pour conclure son conte sur une morale moins bien pensante.

Patrice Chambon

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