Camille Claudel 1915 : Bruno Dumont (2013)

mars 10, 2013 at 4:45 Laisser un commentaire

Camille ClaudelDrame, France

Réalisation : Bruno Dumont
avec Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Robert Leroy

Date de sortie : 13 mars 2013

Distribution : ARP Sélection

Lorsque Bruno Dumont décide de se lancer dans un biopic, le minimum que l’on soit en droit d’espérer de ce cinéaste c’est un angle d’approche original et un parti pris radical. Que l’on se rassure Camille Claudel 1915 lui permet d’attendre les deux avec une grâce infinie.

Librement inspiré de la correspondance de l’artiste, Camille Claudel 1915 ne distille rien de spectaculaire ou d’épique. Œuvre âpre et exigeante, l’intrigue s’y borne à saisir des moments de la vie recluse de Camille Claudel, alors internée dans un asile du sud de la France par sa famille. Entre espoir et ennuie, cette femme qui a délaissé l’art (ce qui exclut directement cette thématique), erre dans l’attente d’une visite de son frère Paul Claudel.

Camille Claudel2

Juliette Binoche offre ainsi à son personnage toute une palette d’émotions sublimées par les cadrages serrés, et souvent face caméra, du réalisateur. Il s’en dégage une impression de malaise, renforcée par la raréfaction des dialogues, l’absence d’enjeux, de musique et la longueur des plans. Camille Claudel 1915 se présente avant tout comme une réalisation formidable sur les figures de l’enfermement et du labyrinthe. Bruno Dumont y déploie, avec délice, toute sa grammaire (l’enchaînement de portes et de couloirs étroits, les sur-cadrages, les décors géométriques comme les jardins, le châle en laine de l’artiste avec ces mailles grossières ou le décor du tapis de la salle de réception, sans oublier les sœurs, gardiennes de cet espace clos qui, vêtues de leurs manteaux noir, symbolisent des gendarmes…). Il peuple également ce lieu de patientes ahurissantes (ce sont de vrais malades accompagnées de leurs soignantes) qui constituent un véritable bestiaire de la folie. Filmées plein cadre, avec une composition et une lumière digne d’une peinture du XVII, leur présence accentue l’inconfort et isole d’autant le personnage de Camille Claudel.

Camille Claudel1

Camille Claudel est-elle vraiment atteinte de folie ? Bruno Dumont ne tranche pas. Au mieux il lance des pistes pour mieux les brouiller. Car la folie ne se loge peut être pas là où on voudrait nous la montrer. Par une brillante mise en scène (ponctuée par deux mouvements ascendants parallèles), le cinéaste offre à son héroïne, malgré son enfermement physique, un sentiment de liberté sans faille (la promenade au sommet de la montagne) qui viendra jurer violemment avec l’horizon (en apparence dégagé) qui s’offre à son frère. La religion rends t-elle l’homme plus libre ou conduit-elle à un enfermement? Dès lors, par le biais de cette question, nous comprenons que le sort de Camille Claudel est bouclé.

Pour info: le distributeur propose sur le même DCP un making off de 55 minutes pour comprendre comment le cinéaste a travailler avec Juliette Binoche et les acteurs non professionnels. Le GNCR propose également une interview de cinéaste de 15mm qu’il est possible de monter pour un format plus court.

Patrice Chambon

Publicités

Entry filed under: Cinéma français, Critique. Tags: , , , .

Au bout du conte : Agnès Jaoui (2013) L’artiste et son modèle : Fernando Trueba (2013)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Archives


%d blogueurs aiment cette page :