L’artiste et son modèle : Fernando Trueba (2013)

mars 10, 2013 at 5:07 Laisser un commentaire

L'Artiste et son modèleDrame, France & Espagne

Réalisation : Fernando Trueba
avec Jean Rochefort, Aida Folch, Claudia Cardinale

Date de sortie : 13 mars 2013

Distribution : Bac Films

Après Chico et Rita (2010), Fernando Trueba réalise un film sur l’artiste au travail qui parlera autant au cinéphile exigeant qu’au grand public en évitant les écueils du genre dans lesquels s’était fourvoyé Renoir.

Porté par un noir et blanc subtile (même s’il manque quelque peu de contrastes sur les scènes tournées en studio), l’action de L’artiste et son modèle se déroule en France, à deux pas de la frontière espagnole, durant l’été 1943. Le célèbre sculpteur Marc Cros (impeccable Jean Rochefort), retiré de la fureur du monde, s’enlise dans une monotonie ambiante en attendant de trouver une inspiration nouvelle, pour sa dernière création. C’est d’une jeune espagnole échappée d’un camp de réfugiés que va naître l’étincelle.

L'Artiste et son modèle2

Réalisé de façon plutôt classique à partir d’un scénario écrit à deux main avec Jean-Claude Carrière, L’artiste et son modèle mêle, avec intelligence, occupation, histoire de l’art et sentimentalisme. Appuyé par un mise en scène habile avec un sens du cadre aussi brillant en extérieur qu’à l’intérieur de l’atelier du peintre, Fernando Trueba évite ennuie et redondance. Le travail de création filmé en huit clos devient un lieu d’audace. Pudique, la caméra se substitue à l’œil du peintre sur son modèle (très belle Aida Folch) laissant voir tel fragment du corps puis sa reconstitution sur papier à partir d’un fusain, elle joue également avec les flous, sur-impressionne les pauses pour créer du mouvement et découpe l’écran en deux en utilisant un poteau judicieusement placé dans l’espace. Tout ceci est amené avec tant de légèreté et de finesse qu’on y prête à peine attention. De la même façon les rapports entre ces deux êtres évoluent au fil du temps : la jeune fille recueillie deviendra le modèle, puis l’élève, puis la muse avant de réveiller de vieux démons enfouis.

L'Artiste et son modèle1

Un place prépondérante est laissée aux silences, sans musique, d’où se dégagent des sons (le fusain sur la toile, les bruits de la nature ou les grattements de la spatule sur la sculpture) et d’où brillent de longues discutions sur l’art. C’est là que se glissent sans doute l’analyse la plus sensible sur le coup de crayons de Rembrandt et la plus maligne relecture de la Génèse.

Sérieux, futilité, tendresse s’enchaînent puis un ou deux fondus au noir viennent mettre un terme à cette histoire que le réalisateur dédie à son frère sculpteur. Le final est inattendu, à l’image de la vie. Équilibre et plénitude, voilà comment Marc Cros résume son art qui constitue l’essence même de cette réalisation.

Patrice Chambon

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